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jusqu’au 17 décembre

allers-retours Centre dramatique de La Courneuve - partenaire réduc’snes

Dans le prolongement d’une longue histoire de coopération franco-algérienne - nous avions notamment salué en 2003 la création de "La nuit du doute" d’Arezki Metref, écriture en réaction aux massacres de 97 ayant particulièrement endeuillé l’Algérie -, le directeur artistique du Centre dramatique de la Courneuve, Dominique BRODIN, a invité de nouveau cette année celui qui en avait signé une mise en scène particulièrement soignée et inventive : Ahmed KHOUDI, metteur en scène associé au Théâtre National d’Algérie, et professeur à l’Institut national d’art dramatique d’Alger.
Allers-retours est une comédie du romancier et auteur dramatique Ödön von Horváth (1901-1938), qui résonne particulièrement dans notre actualité où il ne se passe de jours sans que ne soient inquiétés des enfants et familles menacées d’expulsion de notre pays par les directives gouvernementales. Ödön von Horváth s’est défini très vite comme un antinationaliste militant : « Je n’ai pas de patrie et je n’en souffre aucunement... Le concept de patrie, falsifié par le nationalisme, m’est étranger. Ma patrie, c’est le peuple... Notre pays, c’est l’esprit... » Dès 1927, alors qu’il vit en
Allemagne, il sent monter les périls et refuse d’emprunter les sentiers battus de l’idéologie dominante. Éternel exilé volontaire, sa vie se passera en d’incessants allers-retours entre différentes villes européennes dont Paris. Interdit sur les scènes allemandes dès 1933, Horváth est considéré comme l’un des plus puissants rénovateurs du théâtre populaire allemand, en même temps que l’une des plumes les plus féroces contre le fascisme, le nationalisme, l’obscurantisme et le racisme.
En demandant à Ahmed Khoudi de mettre en scène Allers-retours (avec 11 comédiens algériens et français), Dominique Brodin a voulu affirmer l’universalité du propos de cette farce quasi kafkaïenne qui se situe « quelque part dans le sud-est de l’Europe », sur le pont de bois qui enjambe une rivière tenant lieu de frontière entre deux États ("Ce pont, passage symbolique, ne pourrait-on pas imaginer, après tout, qu’il enjambe aussi la Méditerranée ? "). Un type est là, en totale errance, expulsé d’un côté, refoulé de l’autre. Lors de ses sempiternels allers et retours, il contribue à l’arrestation de contrebandiers notoires, ce qui lui vaut un laissez-passer lui permettant de retrouver et d’épouser la femme qu’il aime, l’aubergiste d’en face. Comme le souligne encore Dominique Brodin "Le choix de la frontière ne doit rien au hasard : lieu de tous les arbitraires, de tous les trafics et de toutes les intrigues, elle peut être aussi celui de tous les possibles et de toutes les promesses de renouveau. Horváth utilise la parodie et, du coup il tape dans le mille. L’exquise politesse de l’humour n’exclut ici ni la pertinence ni la férocité."
Ahmed Khoudi a souligné aussi l’actualité du propos en déclarant : "alors que notre planète est en train de devenir un seul et immense pays, on voit les frontières s’effacer pour la libre circulation des marchandises et devenir, dans le même temps, toujours plus infranchissables pour la circulation des hommes.
Il nous appartient de nous interroger : la frontière entre les États, cette invention humaine faite et refaite au gré des conflits et des guerres, est-elle une fatalité qui va déterminer les relations entre les hommes sur terre ? Si, dans la pièce, la situation de départ est incontestablement dramatique, elle va rapidement basculer vers le comique avec des péripéties extravagantes. C’est la vie qui est ici montrée en même temps qu’est dévoilé son envers. Je voudrais m’attacher à traiter la pièce dans cet esprit de retournements continuels et de va-et-vient entre le tragique et le comique." Il s’est efforcé de construire un spectacle dans lequel "la démesure côtoie la dérision et qui, dans la gravité même du thème, oscille sans cesse entre le plus noir désespoir et la plus joyeuse vitalité" avec un épilogue musical multiculturel symbolique et porteur d’espoir...
Philippe Laville

Centre culturel Jean-Houdremont
11 avenue du Général-Leclerc 93120 La Courneuve
RER ligne B (station La Courneuve/Aubervilliers) ; Tramway ligne T1 (station La Courneuve-6 routes) ; Bus 150 (arrêt Michelet) ; En voiture : Autoroute A1 sortie 4b
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits 11€ au lieu de 16€ pour syndiqués mais sur réservation impérative) : 01 48 36 11 44 (possibilités de rencontres avant ou après des représentations - entrée pour lycéens = 8€)
http://www.centredramatiquedelacourneuve.com

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