Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 mars au Grand Parquet

« Zigmund Follies »

Il était une fois un personnage, un conteur sans tête, vêtu d’un imperméable et tenant dans ses mains une boîte en carton. Il parle, répond au téléphone à sa mère et quand il ouvre la boîte, sa tête apparaît. Il découvre avec effroi que sa main gauche fouille ses poches, ouvre ses lettres. Il cherche à lui échapper, réussit à passer la fermeture éclair et se trouve emporté dans un voyage délirant. Il rencontrera la main droite autoritaire du Ministre de l’Intérieur, un agent secret, Félix Nial si bien déguisé qu’il ne se reconnaît plus. Il se perdra dans la perspective, plongera dans un trou de mémoire, échappera au contrôleur des rêves avant de se retrouver sur le rocher de la désespérance. Mais à la fin ses deux mains comme ses « deux moi-même » se réconcilieront.

Théâtre : Zigmund Follies

Philippe Genty est célèbre dans le monde entier pour son travail avec des marionnettes ou des objets. Dans Zigmund Follies, qu’il a créé en 1983, repris plusieurs fois et reconstruit encore pour notre plus grand plaisir, ce sont les doigts coiffés de chapeaux et habillés de costumes qui s’animent et parlent. Ils nous entraînent dans une véritable enquête avec vingt doigts incarnant des personnages multiples. C’est une des rares pièces parlantes de Philippe Genty et il se délecte de jeux de mots et sur les mots qui nous entraînent dans l’âme des personnages. Ses jeux sur les mots nous font penser à Raymond Devos (« Saisissez-vous de cette porte et déportez-la », dit par exemple la main du Ministre de l’Intérieur) et son univers à la Lewis Carroll ou Topor. Dans ce voyage à la rencontre de ses petits monstres intérieurs, de ses angoisses et de ses souvenirs, Sigmund est parfois très près. Il y a la maman qui cherche à s’imposer et le meurtre du père, qui s’oppose aux pulsions du fils. C’est dans un délire surréaliste, souvent drôle et toujours surprenant que nous entraîne Philippe Genty. Aidé par sa compagne, Mary Underwood, il a mis en scène des formes un peu folles. Décors et costumes des doigts sont remarquables d’invention, du chapeau affublé d’un doigt dénonciateur aux décors en carton, semblables aux jeux d’optique du XVIIIème siècle, avec des lignes de fuite qui se croisent, où passent des véhicules divers et même un arbre qui vient agresser une automobile ! Comme Méliès avec des bouts de ficelle, mais ce doit être une ficelle magique, il invente un monde onirique et poétique, dans lequel on pénètre dès l’entrée dans le théâtre, où il a placé des sculptures et des installations jouant sur le mot main. Quant aux interprètes, on s’interroge sur leur nombre. Ils sont deux, Eric de Sarria et Philippe Richard, d’une habileté machiavélique. Deux mains, vingt doigts, qui bougent avec une précision extraordinaire, des voix qui changent, suffisent à nous emmener dans un voyage plein d’énigmes au cœur de l’inconscient du conteur.

Sous la prouesse technique passe beaucoup d’intelligence, d’imagination et d’émotion. On en ressort émerveillé. Courez-y.

Micheline Rousselet

Jeudi, vendredi et samedi à 20h, le dimanche à 16h

Le Grand Parquet

35 rue d’Aubervilliers, 75018 Paris

Réservations : 01 40 05 01 50

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Un autre spectacle de Philippe Genty, La pelle du large, d’après l’Odyssée d’Homère, suivra au Grand Parquet du 19 au 29 mars.

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