Actualité théâtrale

au théâtre Le Monfort

"Ylajali" Jusqu’au 14 décembre

Le Norvégien Jon Fosse, né en 1959 s’est passionné pour Faim, le chef d’œuvre de son compatriote Knut Hamsun, né juste 100 ans avant lui. Cela n’a rien de surprenant car on connaît l’empathie de Jon Fosse pour les déshérités et leur révolte. De la rencontre entre l’univers imprévisible et violent de Knut Hamsun et l’écriture musicale et minimaliste de Jon Fosse est née cette pièce.

Un jeune homme marche dans les rues d’une ville. Il n’a pas de travail, a été chassé de son logement et il meurt de faim. Jon Fosse extrait le noyau du roman et en fait une pièce forte, à la fois terrible et poétique. Le spectateur suit le monologue intérieur de cet homme qui va tout tenter pour trouver à manger, des visites chez « ma tante » à la mendicité, en passant par la tentation du vol d’un sandwich. Au début il peut encore être sensible à la détresse de plus pauvre que lui, mais peu à peu la faim et le froid emportent tout. Il se sent rejeté par ce monde mais il continue malgré tout à avancer, il lutte pour garder son humanité tandis que les hallucinations le gagnent peu à peu.

Gabriel Dufay a mis en scène et joue ce texte. En fond de scène une toile tendue avec des nuages gris, une lumière crépusculaire, un tas de feuilles mortes au pied d’un réverbère dont le faible halo éclaire la scène, un banc, l’atmosphère est créée. Un homme vêtu d’un pardessus noir, d’un bonnet noir et d’une écharpe grenat, marche une couverture sous le bras. Il va peu à peu perdre tout cela, son gilet, son manteau, ses chaussures, qu’il se fait voler, pour n’être plus que dénuement et faim, face à la mort. Au gré de sa marche, il rencontre des hommes, bourgeois, employés, policiers, clochards - tous interprétés par le même acteur, Jean-Paul Wenzel - qui le relancent du côté de l’espoir et de la vie ou le laissent au fond du désespoir. Parfois apparaît une figure mystérieuse de femme Ylajali, superbe Muranyi Kovacs, avec son collant et ses gants rouges, qui le ramène vers le désir, l’amour et la vie. L’a-t-il connue autrefois ou n’est-elle que le fruit des hallucinations engendrées par la faim ?

Sur scène Antoine Bataille au piano donne le tempo, accompagne les silences et contribue à l’impression de rêve éveillé.

On est immergé dans un univers d’une « inquiétante étrangeté » pour reprendre le mot de Freud, où la misère, le froid et la faim dévorent tout. Que devient un homme quand il ne lui reste plus rien, comment conserver sa dignité quand il a l’esprit totalement occupé par un seul souci, apaiser sa faim ? Gabriel Dufay est magnifique dans ce rôle. Il marche, il court, il tombe, il se relève, il a une grandeur qui frappe au cœur. Courez-le voir !

Micheline Rousselet
 
Du mardi au samedi à 19h
Le Monfort
106 rue Brancion, 75015 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 56 08 33 88
www.lemonfort.fr

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