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Un film de Jean-Henri Meunier (France)

"Y a pire ailleurs" Sortie en salles le 21 mars 2012

Najac est une petite ville de l’Aveyron à laquelle Jean-Henri Meunier est attaché puisqu’il lui a consacré déjà, dans le même esprit, en 2006, un film intitulé " Ici Najac, à vous la terre".

Il décrit Najac comme le dernier bastion d’une vie paisible possible, comme un îlot qui ne tardera pas à être englouti par les déferlantes d’une tempête économique qui a, pour le moment, d’autres chats à fouetter.

Un sorte d’éden qui basculera dans l’anonymat quand les sentinelles que sont Arnaud le chef de gare, Jean-Louis le retraité à la coule, Henri le paysan voyageur, Christian le rêveur maladroit, Simone la fermière, Dominique l’habituée du bar ou Christopher, le chanteur bohème auront passé la main comme l’a fait sans crier gare, Henri le mécanicien poète…

Bien sûr, Jean-Henri Meunier exagère. Najac n’est sans doute pas épargné ni par la crise, ni par la politique actuelle de la France.

Il annonce la couleur et dénonce la supercherie dès les premières images quand le coup de sifflet du chef de gare n’annonce pas le départ d’un TER mais l’apparition le long du quai d’un clown musicien.

Les personnages qui apparaîtront tout au long du film, qu’ils soient rigolards, phraseurs ou graves, seront les témoins plus ou moins crédibles qu’une douceur de vie toute champêtre a encore droit de cité dans notre France profonde.

On y va chez le barbier remettre un peu d’ordre dans la broussaille de sa tignasse, on y fabrique un hélicoptère qu’on a vu s’élever un jour à un mètre du sol, on y va à la pêche entre le passage de deux trains, on y fait preuve d’un humour grinçant quand on déclare : "A Najac, y’a autant de cons qu’ailleurs, mais c’est joli !"

Et Dominique, ventousée au bar, est toujours prête à trinquer et à embarquer qui veut la suivre, dans le tourbillon de sa bonne humeur.

Et puis il y Henri, le bricoleur, l’inventeur, le récupérateur de clous sur les vieilles planches. Il a demandé au bon dieu de vivre jusqu’à cent cinq ans mais le bon dieu n’écoute peut-être pas ceux qui ne suivent pas le bon chemin.

Un jour, son mal aux jambes l’empêche de marcher et le voilà cloué sur un lit d’hôpital juste avant que l’urne qui contiendra ses cendres n’aille trouver sa place dans le reposoir à la vierge qu’il avait fabriqué à flanc de colline.

"Y a pire ailleurs" est un film simple comme bonjour mais il y flotte un air de fin de règne et la nostalgie des jours sombres n’est que l’annonce de l’épisode prochain, bien moins rigolard, les signes qu’une page se tourne.

Un film heureux qui, dans peu de temps, aura valeur de témoignage.

Francis Dubois

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