Actualité théâtrale

Au Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint-Denis, partenaire Réduc’ Snes jusqu’au 3 mars 2013

"Whistling Psyche" de Sébastien Barry Mise en scène de Julie Brochen.

Dans un espace qui pourrait être une salle d’attente, deux personnages se regardent en chiens de faïence, s’évitent ou s’ignorent.

L’une, grande, altière, est Florence Nightingale, l’autre, un petit homme râblé se nomme James Miranda Barry.

L’un et l’autre, figures historiques de l’Angleterre victorienne, ont révolutionné la médecine.

Florence Nightingale a vécu sa vocation en véritable pionnière, a connu des heures de gloire, a été décorée de la "Royal Red Cross" par la reine Victoria, a été la première femme à recevoir l’Ordre du Mérite. A son retour de la guerre de Crimée, tous les journaux ont relaté ses exploits et il existe encore un musée qui porte son nom.

James Miranda Barry est, quant à lui, un des premiers chirurgiens à avoir pratiqué l’accouchement par césarienne. Il a également atteint le plus haut grade d’Inspecteur général des hôpitaux militaires. Si, malgré ses titres de gloire, il n’a fait l’objet d’aucune reconnaissance officielle, c’est que toute sa notoriété s’est effacée du jour où le secret a été levé sur sa véritable identité.

La pièce est le récit croisé, la traversée des vies de ces deux êtres d’exception, au hasard d’une rencontre chargée de rancœur, de haine, hantée par une profonde rivalité, imaginée par Sébastien Barry.

Aucun dialogue ne semble possible entre l’autoritaire Florence Nightingale et le bougon docteur James Miranda Barry et pourtant, presque malgré eux, le dialogue aura lieu envers et contre tout entre ces deux pionnières de la médecine moderne.

Pionnières car on découvre que James Miranda Barry est une femme, qui tout au long de sa vie, a pu dissimuler les signes de sa féminité. Et que son secret a pesé tellement lourd sur son existence qu’il a empêché que ne se révèle sa véritable valeur.

Julie Brochen, l’actuelle directrice du Théâtre National de Strasbourg, a mis en scène ce court texte (1h15) en alternant les propos des deux protagonistes ou en les faisant se chevaucher pour mieux laisser apparaître le contraste des deux personnalités, et la haine qu’ils se portent l’un l’autre. Elle a opté pour un plateau à peu près nu que viennent partager dans la largeur des voilages mobiles qui donnent au spectacle un aspect aérien, léger, que les face à face haineux ne produisent pas .

Elle a surtout fait appel, pour jouer James Miranda Barry, à une comédienne dont on ne dira jamais assez qu’elle est une des plus "grandes" que notre théâtre connaisse : la même Catherine Hiègel qui fut limogée après l’arrivée de Murielle Mayette à la tête de la Comédie française, et qui depuis, ne cesse de faire la preuve de son immense talent et de son énergie sur tant et tant de plateaux qu’on la croirait multiple.

Elle est formidable de mesure, d’éclats, d’émotion, de subtilité, d’allure, si bien que face à elle, Juliette Plumecocq-Mech qui joue Florence Nightingale, nous apparaît inutilement débordante d’expressivité, presque grimaçante.

La mise en scène est rigoureuse mais sensible. Elle utilise avec parcimonie une vidéo qui se justifie parfois mais parfois pas. Elle apporte une touchante et inattendue douceur à la dernière partie de la pièce, quand les masques tombent et que de l’humanité s’invite.

Francis Dubois

Théâtre Gérard Philipe

59 boulevard Jules Guesde – 93200 Saint-Denis

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 13 70 00

http://www.theatregerardphilipe.com

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