Communiqués de l’intersyndicale

Une seule urgence : le temps de la réflexion Communiqué n° 33

Le mardi 20 janvier, le colloque « Ressources pédagogiques : pour un service public » s’est tenu dans les locaux de l’Assemblée nationale, à l’initiative de l’Intersyndicale du réseau CNDP et de l’association Nodeloc et à l’invitation de Noël Mamère.

Devant une salle comble, des personnalités venues du monde de l’éducation, de la culture et de l’édition et s’appuyant sur leurs expériences de collaboration avec le CNDP, ont témoigné du rôle essentiel que l’établissement et son réseau jouent dans le service public d’édition et de documentation pour les enseignants ainsi que pour les élèves : production d’outils pédagogiques en cohérence avec les projets éducatifs et proposant un accompagnement approprié aux utilisateurs ; offre de ressources et de services sur tous supports ; appui à l’innovation pédagogique ; maîtrise des techniques de l’information et de la communication.

Tous ont conclu à l’absurdité qui consisterait à éloigner le CNDP de ses partenaires, qu’ils soient institutionnels ou non. Raymond Aubrac, à partir d’une action de délocalisation dont il a professionnellement suivi l’évolution - une action réussie parce qu’elle entrait dans un projet cohérent et reconnu comme tel par les personnels concernés -, a déclaré ne trouver aucun sens dans la transplantation du CNDP et juge qu’elle « ne peut qu’aller à l’échec ».

Hélène Luc (sénatrice du Val-de-Marne, PC), Anne Hidalgo (première adjointe au maire de Paris, PS), Noël Mamère (député de Gironde, Verts), Yves Durand (député du Nord, PS), Nicole Touquoy-Morichaud (conseillère régionale, MRC), Francine Bavay (conseillère régionale, Verts) ont dénoncé, outre le scandale d’une délocalisation à Chasseneuil-du-Poitou au profit exclusif de la région du Premier ministre, la logique politique de démantèlement d’un service public : l’opération ne craint plus désormais de s’afficher comme une suppression de missions entrant dans les attributions du CNDP.
Devant cette situation alarmante et emblématique, après les mauvais coups portés à la recherche par une politique du tout libéral et de la rentabilité immédiate, les représentants syndicaux et politiques présents ont décidé du lancement d’un Comité de suivi qui a trois objectifs : élaborer un contre-projet à la délocalisation, défendre le CNDP et le réseau contre les nouveaux coups qui leur seraient portés, préparer des Assises du multimédia éducatif.

Pendant que, parallèlement au débat sur l’école dans l’hémicycle, se déroulait ce colloque riche des pistes de réflexion ouvertes et de la convergence des points de vue et soutiens exprimés, le CNDP continuait sur son erre de vaisseau fantôme. En effet, depuis que Claude Mollard a quitté la rue d’Ulm le 9 janvier, sèchement remercié de ses fonctions de directeur général malgré le zèle déployé au cours des derniers mois auprès du gouvernement Raffarin, l’établissement est livré à lui-même : aujourd’hui encore, la vacance du poste demeure et depuis treize jours aucun document décisionnel ne peut plus être signé. Notons simplement qu’un universitaire de Paris 8, Alain Coulon, s’est présenté le 19 janvier et a présidé un comité de direction… sans avoir été nommé.

Constatons enfin que, selon le compte rendu officiel de « la table ronde du 18 décembre 2003 relative aux conditions de la délocalisation du CNDP », François Perret, directeur du cabinet du ministre délégué à l’Enseignement scolaire, a notamment déclaré : « Des arbitrages seront rendus rapidement sur les missions de l’établissement afin de préparer un contrat d’objectifs et de moyens et modifier, si nécessaire, son statut. Le contrat devra être formalisé avant le mois de juillet 2004. (…) Les arbitrages seront rendus dans un délai d’un mois. (…) Les arbitrages qui seront pris s’appuieront entre autres sur les travaux des groupes. Ces décisions, qui portent sur les missions du CNDP, conditionnent l’installation de nouveaux services à Chasseneuil-du-Poitou à l’automne 2004. »

D’où il résulte que :
- 1) les réflexions des groupes ministériels serviront de base à la suite du processus : la valeur de leurs travaux est reconnue et « saluée » ;
- 2) des arbitrages restent bien à rendre, puis dans un second temps des décisions administratives à prendre, qui peuvent inclure l’élaboration d’un nouveau décret redéfinissant les missions du CNDP et prenant en compte « l’évolution éventuelle du statut des CRDP pour mobiliser les collectivités territoriales sur le financement des ressources éducatives » : bref, nous n’en sommes nullement à appliquer de futures décisions qui n’existent pas - du coup, la fébrilité et le zèle chasseneuillais de certains cadres du CNDP n’en apparaissent que plus intempestifs et d’une imprudence grave ;
3) le transfert de nouveaux services est en effet, de façon tout à fait explicite, suspendu par la conclusion de la table ronde (« conditionnent » !) aux décisions en question : une démarche aussi complexe (arbitrages ► décisions ► nouveau décret ► contractualisation avec le ministère) implique forcément, tout comme le préconise la synthèse du groupe de travail sur les missions et l’organisation du réseau (recommandation n° 5), une révision de l’organigramme voté au CA si extraordinaire du 24 juillet 2003 : comment envisager l’organisation des services du CNDP tant que n’ont pas été clarifiés avec la tutelle les missions et les moyens du réseau CNDP/CRDP ? La suite logique est bien : quelles missions et objectifs ? ► quels moyens ? ► quels services pour mettre en œuvre cette politique ? ► où ces services doivent-ils être implantés afin de répondre au mieux à leur cahier des charges ?

Il importe ainsi de stopper net le processus de délocalisation, puisque ce qui a été déjà « accompli » - si mal et de manière juridiquement si aventureuse - n’apparaît que comme un méchant brouillon, bâclé et fait en dépit du bon sens : la copie est à refaire !

Les personnels du CNDP restent donc mobilisés et plus vigilants que jamais, qu’il s’agisse de la précipitation caractérisant la « traite » des précaires et des enseignants, ou du choix, comme cabinet privé d’aide au reclassement, d’une entreprise imbriquée financièrement et idéologiquement avec le Pôle universitaire privé Léonard-de-Vinci (« la fac de Pasqua »). Ce qui était inacceptable le demeure...
Ils continueront avec la même résolution inébranlable, fruit de leur réflexion collective et de la raison, à s’opposer à ce qu’ils estiment en toute logique être la destruction d’un service public d’éducation, au nom des intérêts électoralistes du Premier ministre et des intérêts du libéralisme économique.

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