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Une saison au Théâtre des Déchargeurs

Le théâtre des déchargeurs est un lieu qui vaut le détour pour deux raisons : le cadre (un endroit convivial et raffiné au fond d’une cour à quelques mètres de la rue de Rivoli) et une programmation de grande qualité.
Il reste encore un mois (ça se joue jusqu’au 19 novembre) pour aller voir Juste la fin du monde un texte de Jean-Luc Lagarce présenté par l’Equipe de nuit dans une mise en scène de Jean-Charles Nouveaux.
Jean-Luc Lagarce n’est pas un auteur facile à monter et nombre de metteurs en scène se sont cassé le nez sur son écriture si particulière et les fausses portes qu’ouvre un humour en demi teinte (Jean-Pierre Vincent en était arrivé à faire avec "Les prétendants", un spectacle de boulevard)
Stanislas Nordey ("J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne"), François Rancillac, Joël Jouanneau ("Le pays lointain") et le collectif DRAO (Derniers remords avant l’oubli) sont ceux qui ont le mieux servi Jean-Luc Lagarce
Juste la fin du monde est un des derniers textes écrits par l’auteur avant sa mort en 1995 alors qu’il se sait malade et condamné.
Le principal personnage est écrivain. Il revient auprès des siens après les années d’absence pour leur annoncer sa mort prochaine. A peine est-il arrivé chez lui qu’il considère sa démarche comme une erreur et sait qu’il ne fera aucune révélation.
Jean-Charles Nouveaux et ses comédiens ont su débusquer sans la moindre surutilisation, l’émotion et l’humour d’un texte qui tend une multitude de pièges.
La mère, le frère, la benjamine et la belle sœur vont se cogner au secret du visiteur comme des insectes contre la vitre.
La mise en scène est ici inventive et lumineuse. C’est émouvant, pathétique, drôle, cruel.
Un vrai plaisir de théâtre !

Toujours au programme du Théâtre de Déchargeurs jusqu’au 19 novembre Mes os et Barrabas écrit et interprété par Bénamar Siba dont c’est la première apparition sur une scène.
Bénamar Siba évoque un itinéraire chargé, le sien. Depuis l’école, un épisode raté, du côté de Montfermeil jusqu’à la prison. Le premier vol de cartable et c’est l’escalade, la délinquance, les braquages, les condamnations et pour clore le chapitre noir, la rencontre avec le théâtre en prison. Le théâtre comme rédemption à une existence mal partie.
Voilà quelqu’un qui n’a connu d’école que celle de la rue. Il se livre, ose le récit de sa vie sans pathos, avec un ton à la Alphonse Boudard. Pas de démagogie, pas de fioritures romanesques ni de discours moralisateur mais de l’humour, de la tendresse, de l’humanité.
Ce one man show dépoussière et renouvelle avec sa tonalité et ses accents de sincérité, un genre devenu un peu obsolète.

Du 18 octobre au 23 décembre, La vraie vie des Juliette est annoncée comme une comédie sans « effets comiques qui ressemble à la vie ».
On attend de voir mais compte tenu de la qualité des deux spectacles précédents, on peut dire sans trop prendre de risque que le troisième sera bon aussi et que le théâtre des « Déchargeurs » est un lieu « recommandable » Francis Dubois

THEATRE DES DECHARGEURS 3 rue des déchargeurs Paris 1er
Tél : 0142 36 00 02 - participation au partenariat Réduc’Snes voir détails
www.lesdechargeurs.fr

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