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Un film de Juliana Rojas et Marco Dutra (Brésil)

"Trabalhar cansa" Sortie en salles le 11 avril 2012

Alors qu’Héléna est sur le point de louer un local pour y installer une supérette, son mari Otávio lui annonce qu’il vient d’être licencié. Héléna montera malgré tout son affaire et engagera Paula, la nièce d’une amie pour s’occuper de sa fille et entretenir la maison. Otávio vit difficilement son chômage et l’installation du commerce ne s’effectue pas aussi bien que prévu. Des produits disparaissent sans que l’on sache qui les vole, une tâche de sang s’étend sans raison sur le sol, une auréole grandissante envahit l’un des murs, un chien vient aboyer régulièrement devant le commerce. Tous ces éléments créent une atmosphère pesante qui va influer sur les rapports entre Héléna et ses proches.

Si le film a une portée sociale puisqu’il décrit le marché du travail brésilien, extrêmement concurrentiel, où la compétition entre individus crée une pression très forte, il s’intéresse aussi à l’impact négatif des rapports de pouvoir liés au travail. D’abord cordiaux, les rapports d’Héléna avec son entourage vont rapidement se durcir. Le travail à l’épicerie, source de revenus vitale pour le couple, génère chez elle un stress permanent, tandis que son mari perd peu à peu la confiance en lui. Nervosité et épuisement se lisent sur le visage des deux protagonistes qui amorcent une dérive dangereuse.

Héléna licencie son employé à peu près dans les mêmes conditions que son mari l’a été. Elle informera sans ménagement Paula qu’elle ne peut espérer trouver un travail déclaré, vu son peu d’expérience et sa situation.

Quand Otávio, à force d’échecs, finira par accepter un travail sans revenu fixe de démarchage téléphonique pour vendre des assurances vie, la seule personne avec qui il pourra dialoguer vient de perdre son travail.

Le fantastique va s’immiscer peu à peu dans ce quotidien tendu et en donner une image distordue et stylisée.

Faite de longs plans fixes, la mise en scène contribue à rendre de plus en plus étouffante la situation décrite par le film. Dans un Brésil en pleine croissance économique, deux voies sont possibles pour s’en sortir, celle de Paula ou celle choisie à son corps défendant par Otávio. La classe moyenne, qui comme Héléna, s’est brûlée les doigts à l’argent-roi, milite pour un retour à des comportements primitifs, à des pulsions animales pour sortir du lot et exister sur le marché de l’emploi.

C’est tout le sens de la scène finale.

Francis Dubois

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