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Un film de Anca Hirte (France-Roumanie)

"Téodora Pécheresse" Sortie en salles le 19 septembre 2012

Au cœur de la Roumanie, dans le monastère de Varatec, vivent en communauté des dizaines de religieuses de noir vêtues, appelées "petites mères".

Elles sont les mariées, les fiancées du Christ ou sur le point de le devenir. Elles ont fait le choix de renoncer à leur corps pour que se lisent sur leurs visages, les plus purs signes angéliques.

Téodora, dans ses vêtements noirs, rêches et sans formes, prépare dans la plus grande sérénité

l’événement prochain qui va marquer son union avec cet amoureux sans corps qu’est le Christ.

Plusieurs moments de la vie de Anca Hirte l’ont conduite à travailler sur la vie dans un monastère, sur la vocation, sur la croyance et la religion.

Son enfance, tout d’abord, passée auprès de ses grands-parents qui habitaient une maison mitoyenne à une église où les bruits des cloches et des percussions en bois annonceurs de la messe orthodoxe rythmaient sa vie.

Plus tard, la lecture assidue du Nouveau Testament qui lui a imposé le Christ comme une figure de l’amour.

La disparition prématurée de l’homme de sa vie, père de son enfant, qui l’aura amenée à penser la meilleure façon de vivre un amour toujours aussi fort pour la personne aimée, en l’absence de son corps.

Le film que la cinéaste roumaine a réalisé repose sur le personnage de Teodora mais plus encore, sur une observation méticuleuse de la personne, de son visage essentiellement, qui va jusqu’à épier son moindre regard, et dans celui-ci, les signes à peine perceptibles d’une attente, d’une inquiétude, de la crainte peut-être que puisse, à tout instant, survenir le doute.

Le mariage auquel se prépare Teodora est un rêve de petite fille, un engagement mais peut-être plus encore, une assurance pour la vie et pour l’éternité.

L’engagement est pris mais ce sont les doutes éventuels, la peur à propos d’elle-même, de la faiblesse de sa volonté qui l’occupent et dont elle laisse ici et là, à son insu, transparaître les signes.

Car Téodora est belle et gracieuse. Elle exprime, malgré elle, une grande coquetterie féminine. Elle porte en elle, même si elle l’enfouit, une sensualité que les vêtements les plus austères ne dissimulent pas totalement.

De cela, Anca Hirte en est consciente quand elle filme en gros plan les lèvres offertes au cantique au moment du chant, comme un beau fruit écarlate, mûr au point d’éclater. Quand elle filme la lourde chevelure difficile à discipliner tant elle est volumineuse, quand elle saisit un sourire à deux doigts de l’espièglerie, un fou-rire contenu, quand elle filme l’habillement pour la cérémonie comme celui d’une future mariée séculaire.

Et puis, il y a le choix du fruit que Téodora fait, au moment de son isolement avant de prononcer ses vœux, la banane, fruit de forme phallique s’il en est, qu’elle a mangé pour nourrir son corps mais aussi par gourmandise.

La nectarine, fruit fendu en son milieu, qu’elle avoue un peu après avoir mangé aussi avec un sourire d’excuse.

Lorsqu’on voit le film, on n’imagine pas que Téodora est une vraie novice au moment de prononcer ses vœux. Qu’il s’agit non pas d’une fiction mais d’un documentaire. Et c’est là que le film prend son ampleur de témoignage et que chaque instant dans la vie de cette jeune femme et de la communauté toute entière, révèle son lot de doutes et de certitudes.

Téodora, toute à sa vocation religieuse, n’a qu’un seul souhait, celui de conserver son prénom. C’est sans doute le signe que le renoncement à l’existence séculaire n’est pas total et que ce choix laisse une porte entrouverte.

Francis Dubois

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