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Un film de Peter Brook (Grande-Bretagne 1968)

"Tell me lies" Sortie en salles le 10 octobre 2012

" Tell me lies" cinquième long métrage de Peter Brook est un documentaire, par son contenu et sa construction, très daté fin des années 60.

Peter Brook réalisa, avant ce long métrage, pour ne citer que les plus connus de ses films, " Modérato cantabile" d’après Marguerite Duras et " Sa majesté des mouches".

Il tourne "Telle me lies" , une œuvre mi fiction, mi documentaire, en 1967, dans le contexte de la guerre du Vietnam.

Le film est proposé à Cannes en mai 1968 où il ne sera pas projeté, à cause de l’annulation du festival.

La même année, on le retrouve dans la sélection de la Mostra de Venise où il reçoit une Mention spéciale du jury.

A l’origine du projet, il y eut, en 1965, l’élaboration d’une pièce de théâtre " US" écrite dans l’urgence pour agir au plus vite face aux atrocités de cette guerre et dont l’écriture allait nécessiter un long travail de documentation depuis la lecture de livres sur le Vietnam jusqu’aux comptes rendus des séances du Sénat américain en passant par de nombreux témoignages de soldats, des actualités télévisées ou des écrits sur le Rock’n roll ou la musique de John Cage.

A la fin de la représentation théâtrale, Robert Lloyd faisait un lâcher de papillons (de papier) avant d’en prendre un et de le brûler en référence aux tueries au Napalm. Dans le silence total de la salle, un jeune critique se leva et hurla en direction de la scène :"Est-ce nous qui vous attendons ou vous qui nous attendez ?"

Un projet de cinéma sur la guerre du Vietnam venait de naître et cette phrase fut longtemps l’un des titres du film.

Le film qui se présente un peu comme un puzzle est constitué d’interviews, de la participation de comédiens (parmi lesquels Glenda Jackson) disant des textes, de parties mises en scène, d’images d’archives, de séquences chantées en références à la chanson engagée de époque. De ce bariolage narratif ressort une œuvre grave.

L’image d’ouverture qui apparaît également à la fin du film est la photo du corps d’un enfant entièrement bandé après avoir été brûlé au Napalm.

Les séquences maîtresses, celles que l’on retient de ce traitement dense dont la cohérence est, paradoxalement dans l’éclatement du montage, restent indubitablement la reconstitution des 48 dernières heures de la vie de Norman Morrison, un jeune Quaker qui s’est immolé par le feu sur les marches du Pentagone, les propos de Stokely Carmichael sur la guerre et le racisme ou l’inventaire des 1001 façons de se faire réformer.

En 2011, Peter Brook retrouve les éléments de ce film à la carrière sacrifiée et entame une restauration complète avec l’aide de la Fondation Groupama Gan et de la Fondation Technicolor.

Ce travail nous permet de partir sur les traces des mouvements de protestation contre la guerre du Vietnam. Une œuvre forte et vibrante qui vient, plus de quarante ans plus tard, questionner le spectateur sur un sujet malheureusement toujours d’actualité, aux échos récents comme l’Irak ou l’Afghanistan.

Un livre de Gilles Duval et Séverine Wemaere " Peter Brook et le Vietnam, Telle me lies" paraît chez Capricci.

Francis Dubois

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