Stages nationaux

Stage syndical aux "Rendez-vous de l’Histoire", Blois, 13-15 Octobre 2005

Pour la 3ème année consécutive, le SNES organisait à Blois un stage qui s’adressait aux professeurs d’histoire-géographie. Celui-ci a permis cette année de réunir une soixantaine de collègues de toutes les académies.

Pour la 3ème année consécutive, le SNES organisait à Blois un stage qui s’adressait aux professeurs d’histoire-géographie. Celui-ci a permis cette année de réunir une soixantaine de collègues de toutes les académies.
Deux demi-journées de réunion syndicale ont permis d’aborder les nombreuses questions d’actualité concernant la discipline.
Tout d’abord un rappel sur la pétition toujours en cours concernant l’article 4 de la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation en faveur des Français rapatriés. Les actions menées par le SNES contre la loi.
D’autre part, les rencontres que nous avons eues cette année avec l’inspection générale ont permis de faire un point sur les chantiers en cour :
- Comment s’élaborent aujourd’hui les programmes et leur renouvellement à venir, la question du « socle commun » et du brevet au collège, le problème posé par les sujets de secours au bac de Juin 2005, l’interrogation des prof sur l’absence de différenciation des sujets entre les séries L, ES et les séries S.
- A été rappelé et discuté la position du SNES contre les nouveaux programmes de la série STG (rappelons que ceux de 1ère entrent cependant en vigueur à la rentrée 2006 !), et notre indignation devant la décision ministérielle, de mettre l’épreuve d’histoire-géo à l’écrit du bac dès la session 2007, pour des raisons purement budgétaires. Les enseignants présents ont insisté pour lancer rapidement une pétition contre cette disposition, qui ne tient aucun compte de la spécificité de notre enseignement dans ces séries.
- Les remontées des questionnaires du SNES de l’an dernier sont unanimes sur l’impossibilité de traiter correctement l’intégralité des programmes en terminale L et ES.
Enfin, Hélène Latger a rendu compte du travail mené depuis 4 ans par le SNES avec le CNAM sur le travail enseignant.
Cette réunion syndicale a révélé ce que nous avions déjà observé les années précédentes : une attente forte de la part des collègues d’une véritable formation continue permettant cette prise de hauteur essentielle à la fois sur nos pratiques et sur les programmes : comprendre les enjeux des choix qui sont faits, pouvoir être véritablement associés à leur élaboration. Tous ont déploré l’indigence des stages PAF qui leur étaient proposés, desquels sont absents les états des lieux de la recherche historique sur les sujets au programme du secondaire.
D’où l’acuité des conférences et débats avec des historiens, organisés dans le cadre des rendez-vous de l’histoire par le SNES, la revue les cahiers d’Histoire et le centre d’Etudes Cathares de Carcassonne.

« Religion et politique : Etat, dissidences et résistances religieuses ». Chantiers de recherche et programmes de l’enseignement secondaire en Europe

A l’heure où l’enseignement du fait religieux revient avec vigueur sur le devant de la scène, les éclairages de la recherche apparaissent déterminants pour ne pas laisser le politique seul s’emparer de la question...

1ère table ronde : « le temps des affrontements : hérésies, guerres de religion et faits minoritaires en Europe au Moyen Age et à l’Epoque moderne »

L. Albaret a introduit cette première table ronde en rappelant combien les manuels scolaires ignoraient la question de la dissidence religieuse, malgré les avancées importantes de la recherche universitaire dans ce domaine depuis les années 60.
La question de l’hérésie cathare est quasiment absente des manuels de 5ème, qui consacre pourtant une place importante à l’Eglise au Moyen Age, mais celle-ci ne semble guère traversée par les dissidences. Pourquoi un tel oubli ?
Pour JL Biget, la dissidence cathare est avant tout le résultat d’un anticléricalisme virulent, d’une contestation quant à la médiation obligée du prêtre entre les hommes et Dieu, et n’est pas une simple fantaisie sur le dogme liée à quelques influences orientales. Il s’agit bien d’un phénomène endogène au christianisme, qui s’attache notamment à une lecture littérale des évangiles.
De même on ne peut comprendre l’hérésie cathare sans prendre en compte les données de la société féodale et l’essor du monde urbain au XIIè siècle, alors que l’Eglise qui régule les rapports sociaux, condamne le profit marchand. Les dissidences religieuses peuvent alors se lire comme une offensive des élites urbaines pour conquérir leur autonomie religieuse, à la mesure de la conquête de leur autonomie politique. Le contenu de la dissidence révèle ainsi l’ébranlement de la société féodale. On comprend alors pourquoi la répression sera si féroce dans la mesure où il s’agit bien, de la part des nouvelles élites, de la petite aristocratique pléthorique du midi, d’une remise en cause des structures sociales de la société féodale.
La dispersion du pouvoir, la faiblesse politique du midi, explique pourquoi le Languedoc est la seule région à connaître la croisade.
Le problème de l’hérésie ne se joue donc pas que sur des questions de tolérance ou d’intolérance, il apparaît bien comme consubstantiel à la société, et sa compréhension relève d’une histoire globale.
B. et M. Cottret nous ont présenté un Rousseau, « hérétique » et proscrit de son temps, pour ses écrits sur les questions religieuses, et son analyse des rapports entre le religieux et le politique. Dans du Contrat Social, un chapitre est réservé à la religion civile : le christianisme est dénoncé, ne permet de construire la République (« une religion d’esclaves »). La religion civile est nécessaire, mais elle doit être sans dogme et doit assurer la sociabilité indispensable, « la communauté d’affection » dont parlera ensuite Saint Just.

2ème table ronde :
« Résistances, conciliations et engagements religieux dans le cadre de l’Etat moderne en Europe et aux Etats-Unis »
S’intéressant à la IIIème République, A Gerbaud a montré comment on pouvait exploiter avec des élèves les discours fondateurs sur la question religieuse et la laïcité. Partant de l’exemple d’un discours de Gambetta à Romans devant un public plutôt « rouge »en 1876, elle montre comment l’orateur, républicain opportuniste, développe des propos anticléricaux de façon virulente, afin d’occulter la question sociale : la question religieuse permet ainsi de manifester une union entre républicains en réalité divisés sur la question sociale. Il permet le consensus tout en ajournant les « sujets qui fâchent » !
La question religieuse en histoire contemporaine peut aussi interroger à travers les marges : C’est l’intérêt de l’intervention de S Sirot et de N Viet-Depeule sur l’engagement des chrétiens dans le militantisme syndical, ou des prêtres ouvriers, l’un comme l’autre quasiment absents des manuels du lycée, ce qui est à la mesure de la place de plus en plus restreinte de l’histoire sociale dans le secondaire. Il en est de même des engagements des chrétiens dans la décolonisation abordée par S. Rousseau, qui a insisté sur l’intérêt de se pencher aussi sur le rôle des marges, des « périphéries » dans les processus de décolonisation et dans l’évolution des consciences à ce sujet.
Pour finir, il était essentiel de s’interroger sur ces liens si problématiques pour nous entre religion et politique aux Etats-Unis à travers la question de la religion civique. Les deux intervenants, R. Huret et P Joutard ont replacé cette question dans sa perspective historique : l’importance de la religion civique en Amérique déjà pressentie par Tocqueville et sans commune mesure avec la tradition française et même européenne, n’est pas, loin sans faut l’apanage des conservateurs. Mais on peut considérer que le courant fondamentaliste est au pouvoir aujourd’hui (même s’il opère un syncrétisme avec un évangélisme modéré), qu’il en découle une nouvelle forme de nationalisme et d’arrogance, la religion civique se concevant comme la révélation d’un peuple élu. L’enjeu aujourd’hui pour les démocrates, que les conservateurs ont réussi à faire passer pour des incroyants, est de tenir un discours qui réintègre la religion civique modérée.
Pour P. Joutard, qui vient de mener une enquête sur les francophiles américains (mais oui ! Ils existent, nous dit-il, même s’il s’agit là encore d’une « marginalité »), cette religion civile pour un historien du protestantisme français marqué par la volonté de séparer l’Etat et le religieux, pose question. S’agit-il d’une continuité ou d’une rupture avec la tradition réformée ? Cependant, en remontant à la source des différents modèles politiques du protestantisme, il montre que le modèle calviniste évoquant un Etat nécessairement chrétien, a été repris par les Pilgrims Fathers. Ce qui explique alors que ce modèle fasse partie intégrante de la tradition américaine, même si la Constitution, tenant compte de la diversité des groupes religieux choisit finalement une forme de laïcité à l’américaine. C’est bien le combat des fondamentalistes aujourd’hui, contre les magistrats de la Cour Suprême garants de la Constitution, pour rechristianiser l’Amérique.
Il ne s’agit pas ici uniquement du sort des Etats-Unis, le protestantisme évangélique progresse aujourd’hui plus vite que l’Islam, en Amérique latine et en Afrique.

Bilan

La qualité des interventions a été très largement soulignée et appréciée par les participants
Les enseignants présents ont encore une fois insisté sur le fait qu’ils éprouvaient un réel besoin de ce contact avec la recherche universitaire, les travaux en cours, les débats qui traversent la communauté des historiens. A l’heure où l’histoire est plus que jamais mise au service des questions socialement vives, il est urgent de jeter plus de passerelles entre savoirs enseignés et savoirs universitaires. Quand bien même les propos ou les domaines d’étude abordés ne sont pas immédiatement exploitables dans une séance de cours.
Et comme « la réflexion ne tue pas [nécessairement] l’action » nous sommes allés au devant du public des rendez-vous de l’histoire avec nos collègues pour dénoncer l’article 4 de la loi du 23 Février sur l’enseignement de l’histoire de la colonisation et faire signer la pétition demandant son abrogation...

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