Livret de compétences

Socle commun et livret de compétences

Textes de référence
Décret n° 2006-830 du 11-07-2006 (BO n° 29 du 20 juillet 2006) : définition du socle
• Décret n° 2007-860 du 14.5. 2007 : instauration d’un livret de compétences

Fidèle à la stratégie de Lisbonne qui a assigné aux pays de l’Union européenne en mars 2000 l’objectif de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde », la France pose désormais la question de l’évaluation des acquis des élèves en terme de compétences.
Elle a défini le socle commun en s’inspirant largement des 8 compétences-clés recommandées par le Conseil européen. Mais la notion de « compétence » est floue et source de confusion, tant le terme est polysémique.

Le socle commun

Mesure phare de la loi Fillon, le socle commun a fait l’objet d’un décret en 2006. Il est organisé en 7 « compétences » (ou piliers), définies comme une combinaison de connaissances, de capacités et d’attitudes :
1. maîtrise de la langue française
2. pratique d’une langue vivante étrangère
3. principaux éléments de mathématiques et culture scientifique et technologique
4. maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication
5. culture humaniste
6. compétences sociales et civiques
7. autonomie et initiative
Ces 7 piliers doivent être tous maîtrisés, sans compensation entre eux.

Les piliers 1 à 5 couvrent des domaines traditionnellement enseignés ; les piliers 6 et 7 sont totalement déconnectés des disciplines et relèvent plus de l’évaluation d’un comportement. Ils intègrent par exemple des attitudes aussi diverses que le respect des autres ou la participation à des activités d’intérêt général, et des capacités telles que « savoir organiser son travail » ou « travailler en groupe » qui sont par définition très difficiles à évaluer.
Certaines disciplines sont clairement identifiées dans certains piliers (français, maths, LV, SVT…) tandis que d’autres jouent plutôt le rôle de « figurants » (technologie, enseignements artistiques, EPS) au service de l’acquisition de compétences comportementales ou transversales..

La définition du socle a une incidence sur les programmes :
• ceux de maths, SVT et physique chimie sont désormais écrits en deux « cercles concentriques » (ce qui fait partie du socle et ce qui n’en fait pas partie).
• en langue vivante, il existe 2 paliers : le palier 1 correspond au niveau A2 du socle (utilisateur élémentaire) ; le palier 2 au niveau B1 (utilisateur indépendant).
• les nouveaux programmes des autres disciplines (français, histoire-géo-éducation civique, technologie, arts plastiques, éducation musicale, EPS), soumis à une brève consultation des personnels en avril et mai 2008, devraient entrer en vigueur à la rentrée 2009.

Commentaires du SNES

La loi Fillon votée en 2005 donnait une définition rabougrie du socle (ou « ce qu’aucun jeune n’est censé ignorer en fin de scolarité obligatoire »). Le décret de 2006 en donne une définition plus étoffée, mais le contenu de certains piliers s’avère très contestable. Par exemple, la culture humaniste (pilier 5) est très centrée sur une vision partielle et événementielle de l’Europe. Le pilier 3 s’avère en revanche très ambitieux et recouvre pratiquement l’intégralité des programmes en maths et SVT

Nous continuons de contester le principe de ce socle parce qu’il :
• marginalise un certain nombre de disciplines jugées non fondamentales (non utiles pour le futur travailleur).
• s’appuie sur une conception linéaire des apprentissages et cumulative des savoirs.
• se centre sur des compétences étroites et nie le rôle fondamental de la mise en relation des connaissances, ainsi que la dimension collective de leur construction
• réduit l’ambition pour une grande partie de la jeunesse à la maîtrise de connaissances de base et évacue la part culturelle des apprentissages (ainsi que les pratiques artistiques et sportives qui n’apparaissent qu’en tant « qu’attitudes » ou pour « vivre en société »).

Assorti du PPRE (programme personnalisé de réussite éducative), le socle commun est présenté comme l’objectif et le viatique des élèves en difficulté scolaire. Partant du principe qu’on apprend marche par marche, recentrant les apprentissages sur les fondamentaux, renforçant la hiérarchie entre les disciplines, il risque au contraire d’éloigner encore plus ces élèves du sens des apprentissages, et de les enfermer dans une forme systématique de répétition pourtant largement reconnue comme inefficace. Car la vertu pédagogique du PPRE, qui consiste à rabâcher certaines notions dans les disciplines jugées prioritaires, reste à démontrer.
Pour le SNES, le savoir ne se construit pas de manière linéaire, l’apprentissage d’une nouvelle notion permet parfois des déblocages et une bonne compréhension d’un point abordé précédemment, qui n’était que partiellement acquis.

A la notion de socle commun, nous opposons le concept de culture commune : une culture large, ouverte, diversifiée, (intégrant au même titre des éléments de culture générale, technologique et professionnelle), qui structure les connaissances et permet le raisonnement, le questionnement, l’expérimentation, l’argumentation, le développement de l’esprit critique et de la créativité, la maîtrise des langages. Une culture qui crée également des valeurs partagées, largement au-delà de comportements imposés.

Le socle apparaît clairement comme un moyen d’organiser un collège à la carte. Les élèves en grande difficulté pourraient être rapidement cantonnés au seul socle commun, voire à une partie de ce socle (puisque les programmes personnalisés de réussite éducative doivent essentiellement concerne le français, les maths et éventuellement la LV1) tandis que les autres élèves accèderaient à tous les enseignements. Ce risque est déjà partiellement confirmé puisque le socle est présenté comme « l’objectif-cible » dans les collèges de l’éducation prioritaire. Or les disciplines marginalisées par le socle commun (technologie, enseignement artistiques, EPS) contribuent à la construction de l’identité, permettent à la fois l’acquisition de connaissances et la motivation des élèves, et plus particulièrement de travailler le rapport au corps, très important au moment de l’adolescence.

Le socle pourrait légitimer une réduction drastique des horaires et une réorganisation des enseignements » en collège, comme le suggère l’audit sur les horaires du collège. Une partie des horaires des élèves qui ne relèvent pas directement du socle pourrait être transférée en dehors de l’école : on en a déjà un exemple criant avec les pratiques artistiques (notamment la chorale) qui sont progressivement externalisées vers l’accompagnement éducatif.

Les livrets de compétences

Notre système éducatif n’a pas attendu le socle commun pour faire référence aux compétences. Depuis 1991, les programmes énoncent les contenus disciplinaires en termes de « connaissances » et « compétences » à faire acquérir aux élèves, les « connaissances » renvoyant aux notions, concepts et savoir-faire propres à chaque discipline, les « compétences » renvoyant aux tâches que les élèves doivent être capables d’accomplir ; en langue vivante, le terme renvoie depuis longtemps aux activités langagières travaillées en classe (compréhension orale ou écrite, production orale ou écrite) auxquelles vient de s’ajouter une 5ème compétence : l’interaction orale.
Mais l’introduction du socle commun imposait d’instaurer un nouvel outil d’évaluation des élèves attestant que le socle est acquis par l’élève à la fin de la scolarité obligatoire.
Par sa terminologie même, le livret de compétences redéfinit les apprentissages à évaluer en terme de « compétences ».
Le décret qui institue ce livret de compétences stipule qu’ « il est renseigné par le professeur principal…après consultation de l’équipe pédagogique de la classe ».
Il devait entrer en vigueur à la rentrée 2008 après une expérimentation menée dans toutes les académies en 2007-08 (dans un bassin par académie). Dans certains collèges, les équipes pédagogiques ont refusé de participer à l’expérimentation. Dans d’autres, elles ont accepté de « jouer le jeu » afin de mieux identifier les problèmes posés et de les faire remonter. Partout la forte surcharge de travail pour les enseignants a été soulignée.
Là où ils ont été expérimentés, ces livrets ont soulevé de fortes interrogations, voire un rejet total, et aucune des deux versions proposées n’a entraîné l’adhésion de la profession. Si le Ministère ne renonce pas à son projet, il retarde l’entrée en vigueur de ces livrets qui seront peut-être opérationnels dans les écoles primaires au cours de l’année 2008-09. Preuve, s’il en faut, que l’évaluation incessante de micro-compétences ne va pas de soi et pose de multiples problèmes.

Commentaires du SNES

Les livrets de compétences qui ont été soumis à expérimentation (et leurs grilles de référence) ont révélé toute l’ambiguïté du socle commun, de la définition des apprentissages par compétences, notion complexe qui prend des sens multiples, voire contradictoires.
Socle commun et livret de compétences changent profondément le rapport de l’élève à l’école qui risque de ne plus être un lieu de découverte et de construction des savoirs, mais celui de l’évaluation incessante de micro-compétences. L’organisation de l’enseignement autour de programmes disciplinaires serait, de fait, remise en cause.
Quelle que soit la version soumise à expérimentation, les items choisis étaient de nature disparate : certains relevaient de taches simples, de connaissances de base, tandis que d’autres renvoyaient à des processus d’élaboration de pensée beaucoup plus complexe et abstraite. Or rien n’était dit sur le nombre d’items à valider pour l’acquisition de tel ou tel pilier !
Peut-on concevoir un savoir et des attitudes intellectuelles découpés en tranches aussi précises ? Comment juger qu’une compétence est acquise ? Peut-on le faire à partir d’une seule situation, comme si la compétence était acquise une fois pour toutes et donc transférable à n’importe quelle situation rencontrée ? Qui peut juger lorsque la compétence à évaluer se situe au carrefour de plusieurs disciplines ? A quoi sert ce livret ? Ne risque-t-il pas de justifier qu’une partie des élèves quittent le plus vite possible le système scolaire puisque l’institution aura prouvé qu’elle leur a transmis le kit de base pour qu’ils se débrouillent dans la vie de tous les jours ? Comment s’articuleront l’évaluation du socle et les notes du bulletin pour les choix d’orientation ? Le SNES n’a jamais eu de réponses à toutes ces questions qu’il pose depuis le départ.
Le directeur général de l’enseignement scolaire a annoncé que l’expérimentation serait poursuivie en 2008-09 et que la généralisation du livret de compétences au collège était reportée à la rentrée 2009. Il convient donc de continuer à suivre les collèges impliqués dans l’expérimentation et d’être attentif à ce que proposera le ministère dans les années à venir.

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