US magazine 703 du 22 décembre 2010

Séries technologiques STI-STL

Malgré les avis négatifs rendus par le Conseil supérieur de l’éducation, aussi bien sur les projets
de structure et d’horaires des séries industrielles et de laboratoire que sur les contenus
de programmes, le gouvernement persiste à vouloir mettre en oeuvre cette réforme à la rentrée
2011 en classe de Première.

Dans les établissements, les inspecteurs
tentent de « vendre » la réforme et
demandent aux enseignants de STI de
s’engager dans des formations de natures
très différentes en fonction des académies :
15 heures par enseignant dans l’académie
de Toulouse quand 120 heures sont proposées
aux professeurs de Rennes... Les formations
commencent à se mettre en place
dans certains lycées, mais les supports ne
sont pas terminés et parfois les formateurs
n’existent pas. Dans tous les cas, les enseignants
ont bien compris que cette réforme, et
par conséquent les formations des enseignants,
ne visent qu’un but : faire de la série
technologique industrielle une série générale
et transformer les enseignants de STI en
professeurs de technologie générale.

Fiction

Afin de faire accepter sa réforme, le ministère
a fait le choix de ne pas réduire les capacités
d’accueil en Première STI pour la rentrée 2011.
Ces capacités augmentent même dans certaines
académies. Mais ces chiffres sont fictifs.
Compte tenu des conditions de mise en oeuvre
des enseignements d’exploration industriels
en Seconde, les jeunes risquent bien de se
détourner de ces formations. Il est probable que
les prévisions d’effectifs en Première STI à la
prochaine rentrée ne soient qu’un affichage
destiné à limiter la contestation.

Malgré ce maintien des structures, les rectorats
prévoient déjà des fermetures de postes
(une exception : à Rennes le recteur s’est
engagé à ne fermer aucun poste pendant trois
ans... à voir !). Dans les établissements, les
proviseurs et chefs de travaux sondent les
collègues pour savoir qui partira en mesure de
carte scolaire. Et les règles habituelles (dernier arrivé dans la discipline concernée par la fermeture
d’un poste) sont difficilement applicables,
la réforme niant les différentes disciplines
technologiques et étant justement
construite pour que n’importe qui puisse
enseigner n’importe quoi.

Précipitation

Les projets d’équipements sont eux aussi très
variables en fonction des Régions, de plusieurs
dizaines de millions d’euros à... rien.
De plus, cette réforme risquant d’effacer la
spécificité de la voie technologique, sa mise
en oeuvre dans la précipitation va amplifier
les distorsions entre les académies et entre
les lycées.

Pour justifier sa réforme, le ministre ne peut
que « faire le pari » qu’elle conduira à un
accroissement des effectifs alors que l’on
constate l’inverse en Seconde au niveau des
enseignements d’exploration.

Il est encore temps de remettre à plat l’ensemble
du projet. Le SNES exige :
- une réécriture de la structure et du contenu
autour de champs technologiques pertinents
et attractifs ;
- une formation lourde pour tous les profs de
STI, STL respectant les spécialités des collègues
 ;
- des règles nationales concernant les suppressions
de postes et les mesures de carte
scolaire ;
- une réelle réflexion, menée avec les Régions,
pour les systèmes et équipements pédagogiques.

Tout ceci impose un moratoire pour la mise
en oeuvre de cette réforme, il n’y a pas
d’autres solutions.

Le SNES fédérera et amplifiera toutes les
mobilisations visant à l’obtention de ce
moratoire.

Thierry Reygades

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