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"Séraphine" un film de Martin Provost - sortie en salles le 1er octobre

Seraphine Louis, femme de ménage dans une maison bourgeoise de Senlis a une passion instinctive pour la peinture. Elle peint des fleurs, des fruits, des branchages de façon, très personnelle et selon une technique qu’elle a élaborée de toutes pièces. Le nouveau locataire de Madame Duphot, son employeuse, n’est autre que Wilhelm Udhe, un collectionneur allemand, un des premiers acheteurs d’œuvres de Picasso et découvreur du Douanier Rousseau. Celui-ci remarque au cours d’un repas chez des notables locaux, une peinture de Séraphine. Il est emballé par sa peinture et l’encourage à persévérer, convaincu de son talent. Mais nous sommes en 1914, la guerre éclate et Wilhelm doit quitter la France…
Il y avait matière à faire un film avec ce personnage hors du commun, sommaire et instinctif, habité par le désir de peindre, une époque, la veille de la première guerre mondiale, un collectionneur d’art allemand visionnaire, découvreur de talents neufs, une ville de province avec ses notables et ses artistes locaux.
Ce film, Martin Provost l’a réalisé avec beaucoup d’application, un soin, une méticulosité qui finissent par donner une mise en images banale et un peu languissante. Le film aurait dû être à l’image de son héroïne, rugueux, passionné, imprévisible. Au lieu de cela, il est sage et souvent attendu.
Les clichés ne se démentent pas, une réunion de notables est une réunion de notables telle qu’on en a vu maintes fois, où chacun lâche avec amabilité son venin, la communauté artistique locale est stupide et devant tant de bêtise, Wilhelm Udhe quitte poliment la table au milieu du repas…

Et Séraphine ? Il n’est pas certain que Yolande Moreau était le bon choix à faire. Peut-être parce qu’elle est Séraphine et que rentrant parfaitement dans le tracé du personnage, elle finit par le désincarner. Là aussi, il y a une touchante application à jouer sur la lourdeur du corps, sur le regard absent avant qu’il ne s’anime dès qu’elle touche à ses pinceaux, sur la démarche pataude mais vaillante, sur un regard soudain habité.
Il reste une belle photographie, de belles lumières et la partie centrale du film, celle où Wilhelm Udhe, tenu de quitter la France, laisse Séraphine livrée à elle même, autrement dit livrée à sa passion. Les promesses qu’Udhe lui a faites à propos de la reconnaissance de son talent l’animent d’une force, d’un acharnement qui l’habitent et procurent alors au personnage une dimension convaincante, comme une sorte de férocité animale.
Le film Séraphine est la belle illustration sage d’une histoire exemplaire qui s’attache à la complexité des âmes simples, à la force désespérée des faibles et à la fatalité qui frappe les artistes maudits voués de leur vivant à l’anonymat ou à la folie.
Francis Dubois

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