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Un film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana (France)

"Se battre" Sortie en salles le 5 mars 2014

Pourquoi Jean-Pierre Duret et Andrea Santana ont-ils choisi la ville de Givors pour faire un portrait de la France déshéritée d’aujourd’hui ?

Peut-être pour sa situation géographique associée à la notion de "France profonde" mais plus sûrement parce que Givors et sa région ont été jusqu’au début des années soixante-dix un important centre de la sidérurgie et de la métallurgie en France et que le déclin de la ville s’est amorcé avec la désindustrialisation et la fermeture de multiples usines allant de la fabrication de verrerie aux briqueteries, en passant par celle de voitures d’enfants, landaus et autres accessoires.

Aujourd’hui il ne reste plus, des usines qui fournissaient des emplois, que leurs cheminées .Et ces fermetures ont été à l’origine de la fragilisation, de la mise en précarité de tout un pan de la population.

Mais s’ils sont des habitants de Givors, les hommes, les femmes et les enfants qui apparaissent dans le film sont aussi les représentants de ces millions de personnes qui vivent dans la pauvreté mais qui sont surtout les ignorés, les rejetés, les perdants oubliés de notre société, de l’économie mondiale et spéculative.

Chacun de nous n’appartient qu’à sa catégorie sociale, n’évolue que dans son milieu propre.

Même si nous savons tous que la précarité existe, que des individus vivent en deçà du seuil de pauvreté, que dans certaines familles, on vit au jour le jour et que la population de ceux qui ne subsistent que grâce au dévouement d’associations de plus en plus nombreuses parce que les pauvres sont de plus en plus nombreux, on met tout de même une distance entre les mieux nantis et cette réalité douloureuse ; on dresse un mur prudent entre la pauvreté et soi.

" Se battre" nous rappelle que la précarité, jusqu’au dénuement le plus total, existe bien en France et que personne n’est à l’abri de se retrouver d’un jour à l’autre dans une impasse économique et sociale.

Le film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana est une sorte d’album où se succèdent les portraits d’êtres qui se battent au quotidien pour assurer leur survie et celle de leurs proches ; et ceux de personnes qui les aident, dans la mesure de leurs maigres moyens, à garde la tête hors de l’eau.

Ce sont deux combats complémentaires qui permettent d’assurer le minimum, qui maintiennent les individus au bord du précipice et leur évitent d’y tomber.

Comment imaginer que la mère d’un tout jeune bébé ne possède pas dans son sac deux euros cinquante et qu’elle sera confrontée à la constitution d’un dossier pour obtenir une aide, alors qu’elle parle mal le français ?

Comment imaginer qu’une famille nombreuse de roumains puisse vivre dans un squat sans eau, quasiment sans lumière, avec pour seul traducteur, un de leurs enfants ?

Comment imaginer qu’une femme qui a géré une société, connu l’aisance économique, qui voyageait à l’étranger pour son travail, puisse aujourd’hui se trouver dans le plus grand dénuement et pourtant rester combative ?

Comment imaginer qu’une femme sans travail et sans contact avec qui que ce soit, passe ses journées à nourrir les cygnes, canards et ratons laveurs au bord du fleuve ?

Il y a, face à ces témoins de la misère, des membres du secours populaire, des bénévoles qui ne comptent pas leur temps.

Ainsi Jean-Paul qui serait prêt, s’il les avait, à payer les 90 € de la facture de cantine des enfants roumains, qui leur ouvre sa propre salle de bain…

Sa générosité est tellement à contre-courant de l’indifférence générale qu’elle en devient suspecte et pourrait passer pour de la démagogie.

Un comble !

Francis Dubois

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