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Sciences économiques et sociales : Un programme de seconde qui est loin d’être satisfaisant pour les élèves

Après deux ans d’attaques à caractère souvent idéologique remettant en cause l’identité des SES, discipline scolaire croisant les regards de différents champs scientifiques (économie, sociologie, anthropologie, science politique…) afin d’aborder des objets ou des questions faisant sens pour les élèves (l’entreprise, l’emploi, le chômage, les revenus et leurs inégalités, la famille, les modes de consommation…), le ministère a imposé, contre l’avis du CSE, un nouveau programme, certes en amélioration par rapport au projet soumis à consultation qui était proche de celui proposé par l’Institut de l’Entreprise (association liée aux grands groupes industriels et financiers français et au Medef), mais qui est encore loin de donner satisfaction.

I. QUELQUES EVOLUTIONS DANS UN CADRE HORAIRE QUI RESTE INACCEPTABLE :

La consultation a été « mal » organisée : pour les académies où on dispose d’une estimation, environ 20 % des professeurs ont répondu. Les réponses et leur dépouillement sont restés confidentiels : les IPR ont fait seuls les synthèses qui n’ont pas fait l’objet de publication (malgré une demande pressante), sauf quelques généralités dans des réunions organisées par les IPR. On peut percevoir cependant un certain nombre de critiques qui recoupent largement celles formulées par le SNES :

• Des critiques sur l’identité de la discipline en liaison avec les contenus et les horaires qui ne permettent plus certaines pratiques pédagogiques actives.

• Le statut d’enseignement d’exploration peu accepté par les professeurs (discipline non enseignée en collège et enseignement déterminant d’une série, nécessité d’ouvrir l’élève-citoyen à une certaine culture économique et sociale) : horaire inacceptable.

• Un allègement souhaité : on passe de 12 à 10 questions (réparties en 5 thèmes).

• Plus de liberté de choix pour l’enseignant : 5 questions sont imposées ; il faut en traiter 8 au minimum (donc 3 questions au choix sur les 5 restantes).

• En conséquence : un rééquilibrage au profit des questions sociologiques.

• Les questions liées à l’emploi (et au chômage) sont réintroduites.

• Le thème de la famille, fortement revendiqué par les enseignants, n’est pas réintroduit.

II. DES INSUFFISANCES ESSENTIELLES QUI DEMEURENT :

1) Les objectifs du programme affichés dans le préambule du nouveau projet : il s’agit de « donner à tous les élèves, qu’ils poursuivent ou non leurs études dans les séries ES ou STG, les éléments de base d’une culture économique et sociologique indispensables à la formation de tout citoyen qui veut comprendre le fonctionnement de l’économie et de la société dans laquelle il vit » ; « découvrir une discipline scolaire nouvelle » ; « acquérir quelques notions et raisonnements essentiels en économie et en sociologie » et ce dans une perspective d’orientation au lycée et dans le supérieur sont en contradiction flagrante l’horaire imparti. Par ailleurs, les objectifs d’apprentissage nécessitent clairement de procéder par un travail en petit groupes qui devrait rendre obligatoire, au minimum, des dédoublements en TD.

2) Les objectifs s’inscrivent dans la logique du rapport Guesnerie rejetée par le SNES : le croisement des regards disciplinaires sur des objets, qui faisait l’originalité de la démarche des SES, n’est pas éliminé mais très sérieusement limitée. Les autres sciences sociales (anthropologie, démographie…) ne sont pas évoquées.

3) Les thèmes d’exploration sont déclinés en questionnements associés (démarche souhaitée par les enseignants mais ces derniers sont parfois de fausses questions dans la mesure où ils contribuent simplement à amener à exposer des mécanismes, exemple : « comment se forment les prix sur un marché ? ».

4) Dans le détail du programme, ce qui pose encore problème : l’entreprise reste une entité purement économique (pas de dimension sociale et humaine…) ; le marché continue à être présenté comme un phénomène ex nihilo : pas la moindre interrogation sur le construit social qu’il représente ; le cinquième thème « individus et cultures », entièrement sociologique, ne permet pas de réintroduire l’étude de la famille qui permettait une approche anthropologique, existante dans le programme actuel, qui faisait consensus chez les enseignants… et les élèves.

III. LE SNES S’EST PRONONCE CONTRE CETTE NOUVELLE VERSION :

Le SNES, s’est prononcé contre ce projet de programme aux motifs suivants :

• Les objectifs (voir point 1 du paragraphe ci-dessus) ne sont pas réalisables, même après allègement, dans le cadre d’un horaire aussi faible.

• Les pratiques pédagogiques suggérées sont incompatibles sans dédoublements inscrits dans une grille nationale.

• Dans ces conditions, le programme ne permettra pas une véritable orientation raisonnée des élèves : l’approche de cet enseignement pluridisciplinaire qui nécessite des méthodes et savoir-faire (statistiques, « manières de penser » le réel) demande du temps et des conditions particulières (dédoublements), à défaut, on risque d’être superficiel ou au contraire de « gaver » les élèves par du cours magistral.

• Les progrès de ce nouveau projet, après consultation, sont à prendre en considération (globalement, contenu moins dogmatique, encore en reste sur la présentation de l’entreprise et du marché) mais ne sauraient compenser les 3 points évoqués ci-dessus.

Groupe SES du SNES

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