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Un film de Bertrand Bonello (France)

"Saint Laurent" Sortie en salles le 1er octobre 2014.

Apparaissant à la toute fin de son film, au cours de la scène où, dans le bureau d’un journal, une équipe de presse s’interroge sur la réalité de la nouvelle de la mort du grand couturier, Bertrand Bonello fait dire au personnage qu’il interprète "Moi, je l’aime bien, Yves Saint-Laurent".

On vient de voir un peu plus de deux heures de projection de son " Saint La urent " et on ne doute plus une seule seconde de la grande admiration que le cinéaste porte au couturier.

D’un bout à l’autre et à chaque image, chaque crissement d’étoffe, chaque chatoiement de couleur,

son film en est la preuve.

Alors que Bertrand Bonello s’était mis à l’écriture du scénario avec Thomas Bidecain et que la construction financière s’organisait, l’équipe apprenait qu’un autre film sur Yves Saint-Laurent était en projet avec la totale adhésion de Pierre Bergé.

Il allait falloir dès lors surmonter un certain nombre d’obstacles mais à y regarder de plus près, les deux projets étaient sensiblement différents et le fait que le film de Jallil Lespert était envisagé comme un biopic dédouanait Bertrand Bonnello de cette perspective qui était à l’opposé de ce qu’il voulait faire.

Le film de Jallil Lespert retraçait toute la vie du couturier alors que Bertrand Bonello voulait se limiter à une période précise, celle comprise entre 1967 et 1976 marquée par deux grandes collections que furent "Libération" en 1971 et " Le ballet russe " en 1976.

De ce fait, on peut considérer les deux "Saint Laurent" sortis à quelques mois d’intervalle, comme des réalisations complémentaires.

Si le film de Jallil Jespert est une œuvre cinématographique appliquée, un peu scolaire, guidée par un souci de ratisser large et de ne négliger aucun épisode de la vie du couturier, celle de Bertrand Bonello beaucoup plus ambitieuse, beaucoup plus exigeante, a pour objectif de proposer un hommage soucieux de fidélité et de cet esthétisme dont étaient pétries la vie et l’œuvre du couturier.

"Saint Laurent " est un film magnifique dont chaque plan est travaillé pour rendre au plus près un univers de couleurs, de raffinement et d’élégance mais dont l’esthétisme n’entame en rien l’émotion.

A propos d’un personnage secret, rêveur, autant amateur de solitude que de fêtes somptueuses, d’endroits bruyants et artificiels, il réussit une approche troublante.

Si le personnage de Pierre Bergé (solidement interprété par Jérémie Renier) a toute son importance, si ceux de Lou de la Falaise (Léa Seydoux), de Betty Catroux (Aymeline Valade) ou d’Anne-Marie Nunoz (Amira Casar), plus épisodiques, son parfaitement incarnés, c’est celui de Saint Laurent qui occupe l’écran dans cette sorte d’effacement qui le caractérise. Il faut ici saluer l’interprétation presqu’effacée d’un comédien (que Bertrand Bonello n’a pas choisi que pour sa vague ressemblance avec le modèle) plutôt rare et discret et qui jusque-là ne s’est jamais vraiment imposé dans le paysage du cinéma français : Gaspard Ulliel.

Son Saint Laurent secret, réservé, déprimé pose sur son entourage, un regard presqu’étranger, presqu’indifférent, se tient comme hors de portée, isolé dans une interrogation sur le monde qui le ronge.

Son personnage touchant émeut souvent et lorsque passe à portée de lui un être qui accroche son regard ou plus encore son cœur (très bel épisode amoureux avec Jacques de Bascher –Louis Garrel), il est tout entier dans la passion.

Le " Saint Laurent " de Bertrand Bonello pourrait être vu plus que comme un film, comme un immense poème à la gloire du couturier.

Les moments d’atelier fort bien mis en scène (c’était aussi les plus réussis dans le film de Jalil Lespert), le réalisme de Pierre Bergé ou celui des collaborateurs de Saint Laurent sont le conte –point à un édifice pictural ponctué ici et là par quelques échappées lyriques toujours bienvenues.

Mais jamais le récit n’est débordant ou le propos excessif. Tout l’art du cinéaste est de les ramener sans cesse à la personnalité secrète jusqu’à l’indéchiffrable d’Yves Saint Laurent.

Bravo !

Francis Dubois

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