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Un film de Anna Novion (France)

"Rendez-vous à Kiruna" Sortie en salles le 30 janvier 2013

Ernest est un cinquantenaire solitaire. Architecte de renom, il ne se consacre plus qu’à son travail et défend avec acharnement ses futurs contrats face aux commissions décisionnelles.

Il se montre très exigeant, mais courtois, avec son personnel.

Lorsqu’il reçoit un appel de la police suédoise qui lui annonce la mort de son fils par noyade et lui demande de venir reconnaître le corps, il refuse dans un premier temps.

Il se sent totalement étranger à ce garçon de vingt-six ans qu’il n’a jamais connu et dont il a perdu toute trace de la mère.

Pourtant dans un sursaut de responsabilité, il décide subitement de laisser les contrats en cours à la charge de ses collaborateurs et de faire le voyage jusqu’en Suède.

En cours de route, il prend à bord de sa voiture un jeune auto-stoppeur égaré dans sa solitude et une totale absence de projets.

Son intérêt pour Magnus et, au fur et à mesure des kilomètres, son attachement au garçon éveillent en lui des sentiments paternels qui lui étaient restés jusque-là totalement inconnus.

Le road-movie est un genre très couru actuellement dans la production cinématographique française. Elle l’est avec plus ou moins de bonheur. "Comme des frères" de Hugo Gélin sorti sur les écrans récemment fut une très bonne surprise. "Mariage à Mendoza" qui sortira prochainement a été élaboré avec une grande singularité, des personnages et des situations auxquelles un récit soigné donne un vrai poids en jouant sur un mélange de comédie et d’éléments dramatiques.

"Rendez-vous à Kiruna" n’a pas l’originalité des deux films précités. Et si Anna Novion avait réussi son premier long-métrage " Les grandes personnes" , elle a eu la main moins heureuse avec ce "Rendez-vous à Kiruna".

Le premier tiers du film est maîtrisé, mené tambour-battant, conduit avec la grande efficacité de jeu par un Jean-Pierre Darroussin particulièrement juste et sensible. Deux ou trois répliques suffisent à dresser l’essentiel du personnage. On y décèle immédiatement le degré d’isolement, une nature généreuse derrière un comportement bourru, des souffrances anciennes soigneusement enfouies.

Malheureusement la rencontre avec Magnus dont le mystère ne suffit pas à nourrir le personnage, enclenche une suite narrative beaucoup trop attendue. On sait déjà que l’ours Ernest va s’attacher à la présence du jeune homme dont la compagnie va lui devenir de plus en plus nécessaire.

A chaque fois qu’Ernest laisse Magnus au bord de la route, un concours de circonstances fait en sorte qu’ils se retrouvent, que de nouveau, leurs chemins se croisent.

L’amitié grandissante qui rapproche les deux hommes est prévisible et l’on devine quel effet aura sur leur relation, le fait pour Ernest d’avoir dû se retrouver devant la dépouille de son fils à la morgue de Kiruna.

Les paysages sont bien photographiés. Le couple de comédiens fonctionne bien, mais celui à qui Anna Novion doit une "fière chandelle" c’est Jean-Pierre Darroussin, ce comédien caméléon capable de se couler dans toutes sortes de personnages, aussi à l’aise dans la comédie que dans l’interprétation en demi-teinte. Il porte le film sur ses épaules et lui donne une profondeur qui faisait un peu défaut à un scénario cousu de fil blanc.

Francis Dubois

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