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Rencontre à l’IG sur les nouveaux programmes de Terminale, 13 octobre 2010

Nous restons opposés à la réforme du lycée mais pour autant nous sommes prêts à discuter sur les contenus des nouveaux programmes et nous tenons à dénoncer à travers ces rencontres les incohérences de leur mise en place.

Présents :
pour l’Inspection Générale : Brigitte BAJOU, Xavier SORBE
pour le SNES : Amandine Cormier Roland Hubert Brigitte Sotura

IG : La DEGESCO a commandé au groupe d’experts les programmes des classes de terminales S et ES et des enseignements de spécialité pour la fin du mois de février.
Ce groupe est présidé par Brigitte Bajou et a déjà écrit les programmes de première.
Pour l’instant, le groupe d’experts ne s’est réuni que deux fois ; il consulte les syndicats, les associations de spécialistes et les inspecteurs généraux d’autres disciplines : sciences industrielles, sciences physiques et SVT.
Il ne travaillera pas sur les programmes avant la fin du mois de novembre et sur les enseignements de spécialité avant le mois de janvier. Les projets de programmes seront présentés au Conseil Supérieur de l’Education en juin et seront mis en œuvre à la rentrée 2012.

SNES  : Quelle est la commande de la DEGESCO pour les classes de terminales ?
Pour la première, le choix a été fait de rapprocher au maximum les programmes. Va-t-on en terminale vers une spécialisation en fonction de la série ? Alors que l’option de première L s’est dissoute dans l’enseignement obligatoire de ES qu’en est-il en terminale ?

IG : L’idée de la réforme est de rééquilibrer les séries. Mais en terminale, les séries devraient être plus marquées. Il n’y aura pas de spécialité spécifique pour la TL, la raison principale en étant les effectifs.

SNES : Nous continuons de contester la suppression d’un enseignement spécifique de mathématiques en série L. Ce qui est proposé revient dans la réalité à rajouter quelques chaises pour des élèves de L dans une classe de ES. Nous ne croyons pas que cela sera de nature à rééquilibrer les séries.

SERIES TECHNOLOGIQUES

Bien que les programmes des séries technologiques ne soient pas à l’ordre du jour, la question est abordée au cours de l’entretien.

SNES : Nous regrettons qu’il n’y ait pas eu de consultation des syndicats dans ces séries comme pour les autres programmes des séries ES et S .

IG : Le calendrier n’a pas permis de consultation avec les syndicats et les associations : la réforme a été publiée le 10 avril. Le groupe chargé de l’écriture (auquel participe Brigitte Bajou) a reçu la commande le 10 mai pour une remise de la copie le 15 juillet. La consultation a démarré à la rentrée mais il y a très peu de retours.
Les programmes seront présentés à la CSL le 10 novembre et au CSE le 18 novembre.

SNES : Le regroupement de séries comme STIDD et STL et l’uniformisation des programmes ne nous semblent pas pertinents : selon les spécialités, les besoins en mathématiques ne sont pas les mêmes, faut-il enseigner les complexes aux élèves de STL ? Comme pour les séries d’enseignement général, il est aussi difficile d’avoir une véritable visibilité sur ces projets sans connaître ceux de terminale.

IG : La série STL regroupe deux sous-filières : les physiciens chimistes et les biologistes. Les besoins en maths des premiers sont proches de ceux de la série STI. Il y aura une véritable différentiation en terminale.

SERIE S

IG : La marge de manœuvre est faible car il faut gérer la réduction horaire et traiter les notions qui ne le sont plus dans le nouveau programme de première S. Beaucoup de notions actuellement enseignées en cycle terminal sont inamovibles. Rien n’est tranché actuellement.

  • Géométrie

IG : Le groupe d’experts envisage un enseignement de géométrie dans l’espace qui déboucherait sur une approche du « vectoriel » avec la notion de direction vectorielle de plan sans qu’il ne soit pour autant question d’introduire la notion d’espace vectoriel. L’idée est de travailler sur les intersections de plans et de droites dans le cadre vectoriel puis dans celui de la géométrie repérée. Il s’agit d’aborder l’algèbre linéaire sans formaliser.

SNES : Il nous semble important de maintenir la géométrie analytique dans l’espace car de notre point de vue on donne ainsi des images mentales qui facilitent l’accès à l’algèbre linéaire dans le supérieur. En particulier, la résolution de systèmes linéaires (en particulier indéterminés ou incompatibles) dans le cadre de recherche d’intersection de droites et plans nous semble formatrice pour la suite.
Faut-il aller plus loin sur l’aspect « vectoriel » ? Il faut prendre le temps d’y réfléchir car cela pousse à travailler dans une direction différente de ce qui est fait en ce moment. Ce serait dommage que ce soit juste formel, il faut que l’élève « manipule » ces notions, y aura-t-il un champ d’exercices intéressants où ces notions seront mises en jeu ? Enfin, quel volume de temps consacrer à cet enseignement ?

IG : Il n’est évidemment pas question d’introduire des notions dans les programmes juste pour dire qu’elles ont été vues. Nous n’avons pas encore défini le volume de cette partie de programme.

  • Suppression des nombres complexes ?

L’inspection générale évoque le souci de proposer un programme faisable dans l’horaire imparti.
Cela pourrait conduire à la suppression des nombres complexes (la notion d’équation différentielle est déjà difficile, faut-il alourdir avec l’introduction des nombres complexes ?). La difficulté est que les nombres complexes sont nécessaires en série S-SI .(Les effectifs de la série S se répartissent ainsi : SVT 90% S-I 10% ). Reporter les nombres complexes en spécialité ne résout pas le problème des S-SI
Si le travail sur les complexes est trop réduit et qu’il n’y a pas de manipulation car il n’y a pas assez de temps, leur introduction n’est pas nécessairement intéressante.

SNES : Nous sommes d’accord sur ce dernier point. Pour autant nous ne nous sommes pas faits à l’idée de cette suppression. Les nombres complexes nous semblent devoir faire partie de la culture d’un élève de la série scientifique. De plus, leur disparition signifie aussi la disparition du travail sur les transformations.

  • Equation différentielle

IG  : Le groupe d’experts prévoit de maintenir la notion d’équation différentielle (bien que perçue comme difficile). La méthode d’Euler serait reportée en terminale. Le groupe d’expert avait prévu d’introduire des équations différentielles du second ordre (les fonctions trigonométriques n’étant plus au programme de première S devront être introduites en terminale). Mais il n’est pas certain que les physiciens en aient besoin, le programme de physique pourrait beaucoup changer

SNES  : La notion d’équation différentielle est devenue dans les programmes de 2000 une notion centrale des programmes de mathématiques et de sciences physiques. La méthode d’Euler est utilisée aussi en physique.
Le résultat relatif aux équation du type y ‘’+ω² y = 0 est admis en physique. Faut-il alourdir ?
Ce qui compte est que la notion d’équation différentielle soit abordée en mathématiques.
Quel est le devenir des articulations entre programme de physique et de mathématiques ?

IG  : Le groupe d’experts prévoit de mettre dans les programmes des points de convergence avec les programmes de SI, SVT et physique.

  • Limites de suites de fonctions

IG  : La définition de limite de suite sera introduite en terminale, la notion de suites adjacentes sera supprimée mais le théorème relatif au comportement en l’infini des suites monotones maintenu. Le groupe d’experts souhaite alléger la notion de limite de fonctions en un point et envisage d’atténuer la notion de croissances comparées.

SNES  : Nous ne voyons pas comment alléger. Dans les programmes de 2000, l’approche théorique de la limite de suite était introduite en classe de première ; elle est reportée en terminale. Concernant la limite d’une fonction en un point tous les résultats sont déjà admis. Il semble difficile de faire moins.

  • Composée

IG  : La composée de fonction est une notion difficile à aborder dans le cas général : le groupe d’experts envisage de se limiter aux dérivées de √u, un , lnu , eu …

SNES  : Nous nous interrogeons sur cette logique qui consiste à repousser les difficultés conceptuelles d’une année sur l’autre. La formule de dérivée d’une composée est une formule qui permet d’unifier ces formules

IG  : On pourrait envisager de mettre la notion de dérivée d’une composée dans les contenus et les dérivées des fonctions √u, un , lnu, eu … dans les capacités exigibles.

SNES  : Ce qui correspondrait aux pratiques en cours.

  • Intégration

IG  : Le groupe d’experts réfléchit à une présentation différente de l’intégration : l’intégrale serait vue comme l’aire sous la courbe puis rapidement on énoncerait le théorème fondamental (primitive) ce qui permettrait de démontrer les propriétés avec des primitives. La suppression de l’intégration par parties est aussi envisagée.

SNES  : Pour la présentation du cours sur l’intégration, beaucoup de collègues font déjà comme ça, en particulier pour démontrer la linéarité ! Outre l’aspect technique de l’intégration par parties, celle-ci donne l’occasion de travailler sur le fait que l’intégrale d’un produit n’est pas le produit des intégrales

  • Probabilités

IG  : Seront traités les problèmes de conditionnement et de dépendance et introduites les lois de probabilités : loi binomiale et les lois continues, loi uniforme, loi exponentielle et loi normale. Il y aura aussi dans le programme un paragraphe sur la prise de décision dans lequel sera traité l’estimation d’un intervalle de fluctuation et d’un intervalle de confiance.

SNES  : Les notions de conditionnement et de dépendance sont incontournables. On peut même regretter que les probabilités avec dépendance ne soient pas abordées plus tôt. A ce sujet il y a une contradiction entre ce que préconise le programme de première (se restreindre à la répétition d’expériences identiques et indépendantes afin d’éviter toute confusion avec des situations relevant des probabilités conditionnelles) et certaines situations suggérées dans le document ressource de seconde (la loterie)
Nous sommes très réticents sur l’introduction de la loi normale même si nous en comprenons les motivations (revenir sur [p-1/√n, p +1/√n ] l’intervalle de fluctuation à 95% évoqué dans le programme de seconde).
Ce qui a motivé l’introduction de lois continues en 2000 est d’une part une façon de donner une utilisation du le calcul intégral (autre qu’un calcul d’aire) et de faire le lien avec la radioactivité en physique. Nous nous interrogeons sur l’usage qui va être fait de la loi normale en classe ? Va t’on utiliser l’ordinateur ou la calculatrice (on rentre les paramètres les bornes de l’intervalle et on obtient la probabilité cherchée) ou les tables de loi normale (ce qui suppose de centrer, réduire, et de jouer avec la « symétrie » de la fonction de densité) ? Selon les choix les temps d’apprentissage et le niveau de formation ne seront pas du tout les mêmes.

IG  : Cela fait partie des questions que se pose le groupe d’experts (utiliser une table, une calculatrice, l’ordinateur). La loi normale ne sera pas forcément présentée comme une limite de loi binomiale. Une autre question est de savoir s’il faut se limiter à l’estimation d’une proportion ou aborder l’estimation d’une moyenne ?

SNES  : L’horaire global diminuant sur les deux années du cycle terminal, augmenter les probabilités revient à diminuer la part relative de l’analyse, de la géométrie. Il faut veiller à garder les équilibres entre les différents domaines des mathématiques. Se pose aussi le problème de la formation des enseignants sur les questions qui relèvent de la statistique inférentielle et qui n’ont pas été abordées dans le cadre de la formation initiale. On notera aussi que cette volonté d’accroître la place des probabilités dans le second degré peut sembler paradoxal avec le fait qu’il n’ y a pas d’enseignement de probabilités dans les classes préparatoires scientifiques.

  • Algorithmique

IG  : Ce sont les mêmes contenus que ceux de seconde et première. Les points qui peuvent donner lieu à de l’algorithmique seront mentionnés. L’idée est de mettre une petite touche d’algorithmique au bac en 2012

SNES  : Les enseignants ne se sentent pas très outillés. Le document ressource de seconde ne suffit pas.

IG : Il est prévu de remédier à cela, mais il y a du temps avant 2012.

SPECIALITE S

IG : Sur le programme de spécialité, la réflexion du groupe n’est pas avancée. Avec l’apparition de la nouvelle option « Informatique et sciences du numérique », des questions se posent sur les modalités d’évaluation de la spécialité. On peut imaginer qu’il y ait une évolution globale pour arriver à des modalités d’évaluation identiques pour les 4 spécialités. L’IG aimerait que l’évaluation prenne en compte l’utilisation de l’outil informatique sans pour autant faire le choix d’une épreuve orale. Pour l’instant il n’est pas question de modifier le baccalauréat.
Il n’y a toujours pas de commande de la DEGESCO sur la spécialité « Informatique et sciences du numérique ».

Les contenus

IG : La baisse de la fréquentation de cette spécialité est préoccupante.
Le contenu du programme de spécialité n’est pas arrêté mais a priori, l’arithmétique semble incontournable.
Le groupe d’experts n’envisage pas de mettre les complexes dans ce programme. Il prévoit plutôt d’introduire le traitement de phénomènes évolutifs discrets (graphes probabilistes, chaînes de Markov simples, suites récurrentes, matrices de transition). Les professeurs de mathématiques ont dû assumer de nombreux changements de programmes ; ces notions étant déjà enseignées en Terminale ES, les enseignants devraient donc s’y retrouver. L’idée est d’entrer par des « grands » problèmes pour après aboutir à une modélisation : ainsi, l’arithmétique pourrait être connectée à la cryptographie

SNES : nous avons toujours soutenu le fait que la spécialité ne soit pas un approfondissement de l’enseignement commun et qu‘elle porte sur des objets nouveaux. L’intérêt est de montrer aux élèves comment la discipline fonctionne. Nous serions plutôt favorables à la démarche mais il ne peut s’agir d’un simple transfert du programme de spécialité ES dans la spécialité S.

Programme L-ES

IG : Il est prévu un même programme pour l’enseignement commun en ES et l’enseignement de spécialité en L ce qui laisse qu’une faible marge de manoeuvre. Le groupe d’expert n’y a pas encore travaillé.

SNES : Cela signifie-t-il que tout ce qui faisait la spécificité du programme de L disparaît ? Peut-on trouver des équilibres qui prennent en compte les poursuites d’études ?

IG : Le programme de L était un programme intéressant avec des perspectives intéressantes, le problème c’est qu’il n’y a pas eu d’élèves.
Comment ménager la spécificité de la série L dans ce regroupement d’élèves de série ES et L ? On pourrait différencier en donnant des pistes différentes aux enseignants. De toute façon, il va falloir faire des choix .

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