US magazine 703 du 22 décembre 2010

Réforme du lycée : l’histoire-géographie maltraitée

La réforme du lycée augure mal de l’avenir
à court terme de la discipline au lycée.
Les programmes ont été élaborés dans
l’urgence, sans réelle volonté de permettre à
la profession de prendre part au débat sur
les contenus à renouveler. À l’arrivée, le programme
de Seconde, en particulier en histoire,
est plus que contestable dans les choix épistémologiques
qui le sous-tendent (une histoire
téléologique des Européens), et parce qu’il est
encore plus lourd que le précédent. La géographie,
centrée sur le développement
durable, connaît moins de changements,
même si le concept, qui envahit la discipline
scolaire, soulève bien des interrogations.

Programme pléthorique

Le programme de Première (commun aux
trois séries générales) quant à lui, a suscité un
rejet massif de la profession(1) : il resserre
sur une année ce qui se faisait en deux ans,
obligeant au survol indigeste d’un ensemble
de thèmes mal articulés entre eux, où les
« entrées spécifiques », censées répondre au
risque de l’exhaustivité et du Reader’s Digest,
ressemblent surtout à une sorte d’imagier
porteur d’un smic culturel commun sur les
grandes questions du xxe siècle. Il rend particulièrement
acrobatique la mise en réflexion
des élèves et la possibilité de construire des
regards croisés et rendant compte de la complexité
du réel sur les thèmes abordés.

Nous avons dénoncé ces programmes lors
des deux CSE où ils ont été présentés, mais
le SGEN-CFDT et le SE-UNSA, quant à
eux, ont approuvé ces programmes.

Quant aux nouvelles épreuves anticipées pour
le bac de la série S (passées en CSE en
décembre 2010), là encore, force est de
constater que nous n’avons guère été entendus.
La composition est maintenue, mais elle s’apparente à une question de cours (disparition
de la problématique et de la référence
à des parties). Tous les élèves devront traiter
cet exercice, qui n’est plus au choix avec
une étude d’un ensemble documentaire. Le
croquis ou le schéma d’organisation sera lui
aussi systématique. Un troisième exercice
portera sur une étude d’un ou deux documents,
avec semble-t-il, une phrase indicative
sur les aspects à aborder mais sans être
accompagné de plusieurs questions.

Inquiétude sur les épreuves du bac

Nous avons exprimé notre inquiétude sur
cette épreuve, qui oblige à préparer les élèves
en moins de deux ans à trois exercices différents
(voire à quatre car une étude d’un document
n’est pas équivalente sur le plan méthodologique
à l’étude de deux documents !), alors que le programme de Première est pléthorique.
Enfin, les collègues risquent d’être
dans une situation particulièrement délicate si
les classes qui mélangent des élèves de séries
différentes, préparant seulement une partie de
la classe au bac en fin d’année, tandis que
l’autre ne le passera, sur un autre programme
et sur des épreuves différentes, que l’année
suivante.

Les programmes de Terminale sont en cours
d’écriture par le groupe d’experts. Nous espérons
que cette fois la consultation sera digne
de ce nom, et qu’ils nous laisseront le temps
de la réflexion historique et géographique,
de faire de l’histoire sociale et d’aborder des
espaces extra-européens.

Alice Cardoso

1. Voir nos analyses sur le site : http://www.snes.edu/-actualites-.html

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