US 678 du 25 février 2009

Réforme des lycées et expérimentations : au pays du double langage !

Lorsque Xavier Darcos a reçu le SNES, le 3 février,
le ministre avait confirmé que Richard Descoings
avait mandat de remettre un texte
d’orientation générale sur le lycée, sous forme
de rapport d’étape, à la mi-mai. Le projet devant
être finalisé en octobre pour, semble-t-il, une
application à la rentrée 2010.

La mission de Richard Descoings
Le lendemain, Richard Descoings indiquait qu’il
était chargé de définir ce qui avait besoin d’évoluer
au lycée, ce qui pouvait faire consensus. Sa
réflexion devait intégrer l’ensemble du lycée, et pas seulement la classe de Seconde de détermination,
en prenant en compte à la fois le collège
et le post-bac. Richard Descoings précisait
qu’il souhaitait rencontrer l’ensemble des
partenaires sociaux et également visiter une
centaine de lycées généraux, technologiques et
professionnels. Il affirmait être favorable à la
diversification, chaque jeune ayant besoin de
parcours spécifique pour réussir.

Les positions du SNES
Le SNES lui a rappelé que le lycée ne devait pas
être pensé comme une simple propédeutique
de l’Université, il a rappelé son attachement aux
trois voies de formation, à l’organisation des voies
en séries. Il a réaffirmé son opposition au lycée
modulaire, à l’annualisation des services. Il a
insisté pour le maintien du baccalauréat, premier
grade universitaire, dont la valeur ne doit pas
dépendre de l’établissement de formation (voir
dossier remis à Richard Descoings sur le site du
SNES, rubrique « réforme du lycée »).
La réforme des lycées ne doit pas être un moyen
de suppressions de postes ; dans un contexte
budgétaire contraint, toute volonté de diminuer l’offre de formation serait vue à travers ce
prisme et, légitimement, refusée par la profession,
les élèves et leurs parents.
Mais, dans le même temps, le ministre tente
d’imposer des éléments du projet « Gaudemar
 » sous forme d’expérimentation. Publiquement,
il propose aux établissements de
mettre en place la « semaine d’orientation »
prévue dans le projet. Plus sournoisement, le
20 janvier, il adresse une note aux recteurs leur
demandant de mettre en oeuvre une « consultation
sur le lycée », occultant ce qui a été acté
à l’automne.
Et le ministre demande également aux recteurs
d’encourager les expérimentations « de certains
aspects de la réforme » et de recueillir les
candidatures d’établissements prêts à s’engager
dans cette voie.

Sur le terrain
Dans de nombreuses académies (Aix, Nice, Lille,
Versailles, Lyon...), les chefs d’établissements
proposent des réunions de concertation aux
collègues. L’objectif est souvent de définir des
éléments qui pourraient être expérimentés
dans l’établissement.
De son côté, Richard Descoings en visite dans les
lycées teste certaines propositions. À Reims,
par exemple, il s’interroge sur la pertinence des
voies et des séries, il oriente le débat, déclenchant
l’opposition des élèves et enseignants. À
Grenoble, il propose de rencontrer l’ensemble
des proviseurs avec quelques enseignants de
deux lycées de l’académie, déséquilibrant ainsi
complètement les échanges.
On le voit, tout cela ressemble trop à « vouloir
faire entrer par la fenêtre ce qui est sorti par la
porte ». Le SNES appelle les enseignants au
refus de toute forme d’expérimentation de la
réforme du lycée avortée et à continuer de
porter les revendications du SNES pour un
lycée démocratique (voir « Le point sur le lycée »,
supplément à L’US n° 677 du 2 février 2009). Il
demande solennellement au ministre que le
débat sur le lycée puisse
être mené dans la transparence,
la quiétude et
sans chausse-trappe : il
faut repartir de ce qui a
été acté sur la voie technologique,
le maintien
des séries, du baccalauréat
et de la définition
hebdomadaire des services
des enseignants. Il
en va de l’avenir des
jeunes.

Thierry Reygades