Education Musicale

Réflexion sur les programmes de collège

PROPOSITIONS

Les activités proposées sont très enrichissantes et ont le mérite d’ouvrir la discipline à des pratiques nouvelles et intéressantes (création, improvisation, utilisation des nouvelles technologies ?). Ces programmes laissent une grande liberté et permettent de s’adapter à la diversité des élèves.

Cependant, il s’agit essentiellement d’une juxtaposition sans véritable réflexion de fond sur la formation en collège. Nous estimons que les différentes activités du cours ne sont pas seulement un but en elles-mêmes mais sont aussi un moyen, de préférence agréable et donnant du plaisir aux élèves, de parvenir à des objectifs d’ éducation musicale : acquisition de savoirs, de savoir-faire, d’un esprit critique et d’une certaine culture commune qui devrait être basée sur des connaissances et des savoir-faire propres à chaque niveau de classe.

Ce n’est pas le cas dans les nouveaux programmes puisque les « composantes et notions musicales de référence » sont relativement vagues et identiques pour les quatre niveaux du collège. C’est actuellement à chaque professeur de se poser des questions sur le développement auditif des élèves et sur ce qu’il est possible et souhaitable de faire, questions qui devraient en partie être résolues dans les programmes.

Cette absence d’homogénéité nuit aux élèves qui, en changeant de professeur peuvent ne jamais aborder certaines notions, certains genres musicaux, certaines époques, ou au contraire les aborder plusieurs fois. Elle nuit également aux collègues qui changent d’établissement en cours d’année pour effectuer des remplacements : ils se retrouvent devant l’impossibilité de prévoir des cours de tel ou tel niveau, les objectifs de chaque niveau de classe n’étant pas clairement définis. C’est en effet dans ce type de situation que les collègues se rendent compte des insuffisances des instructions officielles.

Ce n’est qu’à partir d’une réflexion sur la culture commune, sur les objectifs par niveau que pourrait figurer, à titre indicatif, dans le programme de chaque classe un creuset, non exhaustif, de connaissances et de savoir-faire. Cela laisserait toujours aux enseignants une grande liberté, à laquelle ils sont très attachés, dans le choix des ?uvres et du répertoire abordés.

Une certaine homogénéité au niveau des connaissances à acquérir permettrait également un meilleur accès à l’option facultative en seconde.

Cette demande de précision par niveau a été rejetée par le Conseil Supérieur de l’Éducation qui craignait une dérive techniciste dans la façon d’aborder le cours (mais le flou des instructions officielles n’évite pas cette dérive, chacun pouvant aborder les notions qu’il souhaite ?).

En ce qui concerne les activités de création, elles nécessitent une certaine formation des enseignants et ne peuvent être mises en place systématiquement en classe entière, sans tenir compte du niveau des élèves ni du type de classe et d’établissement. Nous souhaiterions qu’elles fassent plutôt l’objet de réalisations en atelier. En revanche, parler du développement de la créativité des élèves nous paraîtrait souhaitable et plus réaliste.

L’intégration de ces activités de création dans le cours est ambiguë puisque sans être ouvertement considérées comme obligatoires, elles sont fortement encouragées par les I P R et font même partie d’une épreuve aux concours de recrutement du CAPES, ce que nous estimons plus que contestable (particulièrement pour des candidats au CAPES externe n’ayant pour la plupart jamais enseigné, donc jamais mis réellement en pratique avec des élèves ce type d’activités).

Nous constatons également une dérive de plus en plus grande vers la démonstration, la création, la « production musicale ». On veut donner l’illusion aux élèves qu’ils vont aborder au collège tous les domaines de la musique avec facilité et par imprégnation.

Ce programme est donc contestable sur le fond, en terme de formation des élèves mais il l’est aussi dans sa mise en ?uvre : problèmes de locaux, d’effectifs de classe, de formation, d’équipement des salles en matériel audio vidéo par exemple, problème de temps pour aborder les différents domaines d’activité.

D’autre part, la demande, non formulée dans les programmes mais encouragée par certains IPR d’enlever les tables de la salle d’Éducation Musicale et de ne pas faire écrire les élèves nous paraît discutable pour plusieurs raisons :

- c’est une conception de la discipline qui se rapproche de l’animation.

- il est difficile d’enseigner un savoir aux élèves, ce qui est tout de même aussi notre rôle, sans le passage à l’écrit, savoir-faire et savoirs étant indissociables.

- même si la trace écrite est succincte, elle a une grande importance pour la reconnaissance de la discipline Éducation musicale au collège.

- apprendre à écrire le langage musical nous paraît être également un des objectifs de la discipline.

Ces instructions officielles qui sont davantage un exposé très riche des différentes possibilités d’aborder l’Éducation musicale au collège, doivent évoluer vers un véritable programme construit, avec des objectifs précis et hiérarchisés.

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