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Un film de Lucas Belvaux (France)

"Rapt" Sortie en salles le 18 novembre

Directeur d’une multinationale, homme de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé en sortant de chez lui par des truands qui demandent contre sa libération, une rançon exorbitante. C’est pour lui, le début d’une longue et éprouvante séquestration au cours de laquelle il est amputé d’un doigt, humilié, tenu de se soumettre à la cruauté aveugle de ses geôliers.
L’enquête qui fait suite à son enlèvement révèle des aspects insoupçonnés du personnage : son goût pour les jeunes femmes et son penchant pour le jeu où il perdait régulièrement de grosses sommes… Sa famille et ses proches collaborateurs qui ignoraient tout doivent faire face à un véritable acharnement médiatique…

Après "Cavale" où le héros qu’il interprétait lui même était un ancien activiste de l’extrême gauche et "Les prédateurs" qu’il réalisa pour la télévision qui était une "vraie fausse affaire Elf", Lucas Belvaux s’inspire cette fois de l’affaire du Baron Empain dont la presse s’empara à la fin des années 1970. Les similitudes existent avec ce que vécut le célèbre homme de pouvoir et ses proches jusque dans certains détails mais le film s’en écarte aussi, ne serait-ce qu’en situant le récit en 2009. Il ne s’agit pas d’une reconstitution mais bien d’une fiction et le choix de Yvon Attal pour interpréter le personnage du baron est là pour souligner la différence. Les tout premiers plans présentent Stanislas Graff de façon concise en quelques plans ciselés quasi muets, comme un homme en perpétuel mouvement qui sait compter son temps pour chaque chose. Il sait s’asseoir à la table et consacrer quelques instants à sa femme et à ses filles, prendre le temps de caresser son chien, se monter bref et efficace au téléphone même s’il s’agit d’un prochain déplacement en compagnie du chef de l’Etat…
Ce même homme, dans une reconversion brutale, va vivre son enlèvement et sa séquestration avec une docilité confondante, peut-être comme si ce qui arrive était prévisible, relevait d’une sorte de fatalité. L’homme de pouvoir se coule dans une totale soumission.

Rapt © Diaphana Films

C’est encore un autre homme qui se retrouve libre et qui, l’instant d’euphorie passé va devoir faire face à une réalité douloureuse dont il prendra son parti…

Si "Rapt" se joue autour de Stanislas Graff, homme seul dont la force apparente dissimule mal une fragilité, Lucas Belvaux a su donner chair aux personnages qui l’accompagnent, à en dessiner le contour avec une extrême précision. Dans des décors un peu glacés, tirés au cordeau, intérieurs bourgeois, locaux de la société ou caves qui servent de planque, la dignité des uns et des autres, l’efficacité, la maîtrise qu’impose le rang social n’exclut jamais l’émotion. Françoise Fabian, André Marcon, Anne Consigny, Alex Descas ou Michel Voïta composent une distribution de haute volée et d’une belle cohérence. Une des trouvailles de ce récit magnifiquement maîtrisé de bout en bout est le personnage inattendu du geôlier marseillais, qui vient en contraste, truculent et jovial, et au contact de qui Stanislas Greff, dans le contexte de la séquestration, redécouvre une humanité chaleureuse.
Lucas Belvaux qui fut un jeune comédien remarqué au milieu des années 80 chez Chabrol, Rivette ou Assayas a entamé, depuis 1992 avec "Parfois trop d’amour" une carrière de réalisateur qui, pour être discrète, n’en a pas moins enthousiasmé la critique et le public.
Sa trilogie était une composition originale et réussie. Avec "Rapt", il devrait séduire en même temps que le spectateurs exigeants, ceux qui sont friands de films de genre haletants.
Francis Dubois

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