Année 2005

RAPPORT PÉRISSOL SAVOIRS : UNE DÉFINITION TRÈS CONTESTABLE

La commission des affaires culturelles, familiales
et sociales de l’Assemblée nationale publie un
rapport sous la direction de Pierre-André Périssol.

Ce rapport paraît après la loi Fillon mais entérine
des tendances fortes à l’échelon européen :
- mise en avant de la notion de compétences ;
- centrage sur les questions de l’évaluation.

Ce rapport accumule de nombreux stéréotypes,
tant sur le plan pédagogique que scientifique,
sans argumentation précise.
Il met en relation (sans le moindre élément
concret)les résultats moyens des jeunes français
lors de l’étude PISA,avec le fait que notre système
éducatif n’a pas encore adopté le socle commun.

Ce rapport est extrêmement grave dans ses conclusions
bien que les axes de réflexion qu’il met en
avant semblent « de bon sens » et inoffensifs :communiquer
dans sa langue,travailler en équipe,coopérer
avec autrui,vivre ensemble,se forger un esprit critique,
analyser,trier l’information, se repérer dans le
temps et l’espace, développer son potentiel à
apprendre, assumer ses responsabilités, participer,
s’impliquer, s’engager, s’orienter, mener un projet.

Les points les plus graves sont :
- Les disciplines sont présentées comme un obstacle
à l’apprentissage et on doit leur substituer des
« compétences », même si le texte, qui n’est pas à
une contradiction près, précise quelques lignes
plus loin qu’il ne faut pas opposer connaissances
et compétences.Le texte ignore superbement que
tous les programmes du secondaire déclinent
contenus/notions en même temps que compétences/
savoir-faire depuis plusieurs décennies.Le
rapport propose explicitement d’évacuer un certain
nombre de disciplines et de les regrouper
dans des pôles disciplinaires « confié à un seul
enseignant ».
Cela non plus n’aurait jamais été essayé...Certaines
disciplines ne sont jamais évoquées, ou de loin,ou
très globalement : par exemple l’histoire géographie,
les sciences, les enseignements artistiques.
- Le rôle du Parlement est longuement affirmé :
c’est lui qui doit décider des contenus de savoirs
à enseigner pour « éviter les pressions des lobbies
disciplinaires ».
Par ailleurs cette définition des « aptitudes ou compétences
clés que chaque Français doit posséder »
doit être faite « en fonction de finalités politiques,
économiques et sociales propres au pays ».
- La dérive dans le « comportemental », la « personnalisation
des apprentissages », la « prescription » est
encore aggravée par rapport au projet Fillon.
Communiquer c’est « bien mettre en forme sa
pensée » (sous-entendu sous forme socialement
acceptable), travailler en équipe c’est comprendre
(et se résigner, en renonçant à toute agressivité)
« les codes de conduite et usages généralement
acceptés et promus dans différentes sociétés »,
se forger « un esprit critique » dans l’utilisation
des TICE c’est sans apprentissage (critique) de ces
techniques et de ces outils, savoir se repérer dans
l’espace et le temps c’est pour « former des
citoyens adaptés à leur temps », etc. Il s’agit bien
d’une éducation à la normalisation et à la docilité.
Il s’agit de « savoir accepter sa complexité ». Il faut
apprendre aux gens à respecter les institutions
mais on n’évoque jamais l’idée selon laquelle les
futurs citoyens pourraient participer activement à
leur fonctionnement. Le rapport consacre une
place hypertrophiée à la problématique de l’évaluation,
voire de l’auto-évaluation.

Au final, ce rapport, peu rigoureux et contestable
sur le fond, ne nous semble pas pouvoir servir de
base sérieuse au travail du Haut conseil de l’école
sur la définition d’un socle commun.

Gisèle Jean, Sandrine Charrier, Sylvie Nony

Autres articles de la rubrique Année 2005

  • APPRENTISSAGE ET ZEP : NOUVELLES REGRESSIONS
    TOUJOURS MOINS A CEUX QUI EN ONT LE MOINS En réponse à la crise sociale mise en évidence par la crise dans les banlieues, le Premier ministre a annoncé de multiples mesures. Loin de résoudre les... Lire la suite (Décembre 2005)
  • MESURES POUR LES BANLIEUES : Pas à la hauteur des enjeux
    A côté de la déclaration de l’état d’urgence pour tenter de ramener au calme les quartiers sensibles, le gouvernement de Villepin a annoncé à partir du 7 novembre une batterie de mesures en faveur des... Lire la suite (Novembre 2005)
  • TECHNO EN COLLEGE
    Où va-t-on ? Après le retrait des projets de programmes de technologie au collège des classes de 5e et de 4e, programmes définis par l’inspecteur Daniel Secrétan, les inspections générales de... Lire la suite (Novembre 2005)
  • TPE : LE MINISTERE S’ENFONCE
    Après le dispositif injuste de « valorisation des TPE » pour les élèves cette année en Terminale qui conduit à des dérives prévisibles dans le choix de l’épreuve support (voir L’US 627), le ministère... Lire la suite (Novembre 2005)
  • APPRENTISSAGE DES 14 ANS : OU EST L’AMBITION POUR LA JEUNESSE ?
    Parallèlement à la déclaration de l’état d’urgence, le Premier ministre a annoncé une batterie de mesures en faveur des zones urbaines sensibles : Certaines mesures s’imposaient (augmentation du... Lire la suite (Novembre 2005)