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Rencontre avec l’Inspection générale d’Histoire-Géographie (3 déc. 2008)

Quelle refonte des programmes d’Histoire-Géographie en seconde ? Compte-rendu

Voici le compte-rendu de la rencontre du groupe national Histoire-Géographie du SNES avec les Inspecteurs généraux pilotant le groupe d’experts chargé de la réécriture des programmes de seconde dans le cadre de la réforme du lycée. Nous avons formulé un certain nombre d’observations, de critiques et de propositions de modifications.

Tout d’abord, le SNES a souligné les conditions inadmissibles dans lesquelles se déroulent le réforme des lycée, en terme de calendrier et d’absence de concertation.
Les programmes de seconde sont réécrits voire refondus en quelques semaines sans concertation ni connaissance des horaires précis de la discipline... C’est un comble ! Nous avons conscience que ce rythme est imposé à tous par le Ministère.
Et pourtant, la consultation sur les nouveaux programmes du collège a déjà laissé un goût amer à de nombreux collègues contraints de se réunir en dehors du temps de service, sans information préalable voire sans les textes des programmes !

Remarques liminaires sur le collège

La mise en œuvre des programmes.
L’Inspection générale (IG) accompagne la mise en œuvre des programmes et organise, pour les IA-IPR et formateurs, quatre réunions inter-académiques sur 2 jours, entre janvier et début mars.
Des « ressources pour la classe », qui vont remplacer les anciens documents d’accompagnement, seront mises en ligne. Il s’agit de commencer à produire progressivement des ressources d’ici à mars ; essentiellement en 6e.
Il s’agit aussi de distinguer les grandes orientations nationales et des mises en œuvre académiques.

L’évaluation du socle.
La Degesco pense à un nouveau brevet pour la session 2010.
Le livret de compétences expérimental élargi n’est pas encore diffusé parce qu’il doit être mis en cohérence avec le brevet en fonction des choix retenus pour l’organisation des épreuves.
En fait, il n’y a pas de pallier intermédiaire dans la loi. Certes, l’IG avait pensé qu’il fallait une évaluation intermédiaire. Mais actuellement, le ministère adopte une vision plus « opératoire »…
Obs : faut-il comprendre que l’évaluation entre les paliers est suspendue ?
Pour la Degesco : les deux premiers paliers sont réglés.
Obs : voir le récent BO sur les « livrets scolaires » pour le primaire qui intègrent effectivement l’évaluation du socle.
Pas de nouveau sur les piliers 5 et 6 concernant l’histoire, la géographie et l’éducation civique.

Les programmes de seconde au lycée

Il s’agit bien d’une refonte partielle des programmes par un groupe d’expert très réduit (6 personnes) :
- les 2 IG : Michel Hagnerelle/Alain Bergougnioux
- 2 universitaires : Gilles Pécout (Histoire contemporaine/ENS et directeur d’études à l’EPHE IVe section), Nacima Baron-Yelles (Géographie/Univ. Marne la Vallée, enseigne la géo. urbaine, a publié sur tourisme et littoral)
- un IPR de Caen : Jacky Desquennes (nom à vérifier…)
- une enseignante de l’académie de Créteil.

La commande ministérielle :
- les 3 éléments du « tronc commun » : histoire, éducation civique, géographie
- le « module d’exploration » en histoire et géographie (pour 3h hebdomadaires sur 1 semestre).
Le 15 décembre (délai commun à toutes les disciplines ) : le groupe d’expert rend sa copie.

Le bloc horaire disciplinaire :
3h ou 3h30 ? Avec une inconnue : la demi-heure (en balance avec Maths à 3h30 ou 4h)….
- Le module ancien (en groupe) disparaît
- Adaptation des programmes anciens + « rénovation » de l’éd. civ. + création d’un module
- Dédoublements ? à voir, pour l’instant, on n’en sait rien.
- Le bloc histoire-géographie-éducation civique va être affecté forcément aux professeurs d’histoire-géo.

Quel bilan de l’ECJS ?
Selon l’IG, cet enseignement fonctionnait de plus en plus mal en terminale, très peu fait !
- En 1ère : 75 % fait par des professeurs d’histoire géographie
- En 2nde : c’est là que c’était le moins mal.
- Pour l’ECJS : absence de pilotage. Aucune discipline n’était affectée au pilotage.
- Obs : il ne s’agit pas là d’un bilan officiel… qui ne sembler d’ailleurs pas exister. Mais comme on supprime l’ECJS, autant dire que ce n’était pas efficace…

Les contraintes politiques.
Choix politique fait par la Degesco de faire un bloc histoire/géographie/éducation civique
- L’IG a toujours plaidé pour un « parcours civique » du primaire au lycée. C’est le choix retenu par le Cabinet.
- Pallier ce « délitement » de l’ECJS…
- Répondre à la demande d’un parcours civique … (!?) sur les 3 ans.

Mais il y a aussi une consigne forte de prendre en compte dans cet enseignement « l’esprit de l’ECJS », c’est-à-dire les méthodes actives, la recherche documentaire, etc.
- Avec l’idée d’1/2 heure par semaine donc 16 heures/année. L’IG négocie pour l’avoir en demi-groupes.
- Donc il resterait 3h ou 2h30 pour l’histoire et la géographie, sans articulation entre le module d’approfondissement les enseignements généraux, car selon l’IG, l’esprit n’est par le même, puisque c’est en option facultative.

Autre problème des modules d’exploration : il est évident que les chefs d’établissement ne peuvent pas tout offrir. Il y aura une carte des modules qui va s’établir, sous contrôle du recteur.
- Yves Poncelet et Jean-Yves Morin travaillent sur le module histoire des arts. Notre discipline sera présente dans ce module avec les disciplines artistiques et les lettres.

Quelles grandes orientations pour les contenus ?
Selon l’IG, il s’agit seulement d’une adaptation seulement car le programme de seconde n’est pas mal. Le groupe d’experts a essayé de le « rationaliser » (sic !), de le mettre en cohérence et de recentrer sur la notion de « moment »…

En Histoire

1er semestre : Les grands héritages du monde contemporains

1) Athènes au Ve siècle avant JC : la citoyenneté

2) Les 3 civilisations autour de la Méditerranée aux XIIe-XIIIe siècles : avec l’origine de ces trois civilisations (= dimension religieuse), leurs caractéristiques, leurs échanges et conflits + la dimension artistique (Histoire des arts oblige).

Observation : si l’articulation XIIe-XIIIe s. est pertinente pour le thème (croisades) et au Moyen Age (siècle des cathédrales, de saint louis, etc.), la véritable raison est sans doute de renforcer l’étude du Moyen Age chrétien face à celle de l’islam, non ? En outre, cela alourdit le programme... Les historiens ne savent décidemment pas faire de choix !

3) La nouvelle représentation de l’homme et du Monde : Humanisme, Réformes et Grandes Découvertes (XVe-XVIe siècles)
Obs : il faudrait offrir davantage de choix à l’intérieur des thèmes afin d’espérer pouvoir le traiter convenablement (surtout avec un horaire réduit…)

2e semestre : La modernité (ou modernisation ?) et ses contradictions

1) La révolution politique : la Révolution française et l’Empire

2) La révolution économique : centrée sur l’Angleterre, avec la révolution industrielle, le capitalisme et la 1ère mondialisation.

3) Autour de 1848, les contradictions : les nationalités/les idéologies (libéralisme, socialisme…).

Obs : il s’agirait d’étudier les modernisations mais aussi les conflits qu’elles induisent… Donc une certaine volonté de réintroduire de l’histoire économique et sociale… Mais cela sera-t-il possible avec des horaires réduits !!!

En Géographie

Même esprit que le programme existant qu’il s’agit d’adapter tout en conservant l’entrée majoritaire par étude de cas. Mais en essayant de corriger 2 défauts du programme actuel : un fil conducteur pas si évident (les hommes occupent et aménagent l’espace) et une tendance à ne pas assez relier les différents thèmes à un fil conducteur.
- Le groupe a donc fait le choix de recentrer sur le « développement durable » qui reprend et approfondit ainsi le programme de Cinquième sur « l’humanité en quête développement durable ».
- L’argument de l’IG c’est qu’en travaillant cette question, on se rend compte que la géographie a une responsabilité toute particulière, tandis que les autres disciplines auraient un point de vue partiel.
- Il s’agit aussi de recentrer les questions de « développement », un peu oubliées actuellement.
- Organisation en 2 semestres avec 2 thèmes à chaque fois.

1er thème d’approche générale : Les enjeux du développement durable.

Autour de 3 entrées :
- Une humanisation croissante de la planète et des besoins croissants pour les 9 à 10 Md d’h. prévus
- Le développement reste inégal à toutes échelles
- Du développement aux développements durables : penser autrement les modes de développement

Obs : c’est mieux que l’ancienne formulation c’est mieux de réintroduire plus nettement les questions de développement.

2e thème : Gérer les ressources terrestres

Deux questions au choix sur les quatre proposées :
- L’eau, une ressource essentielle
- Nourrir les hommes
- L’enjeu énergétique
- Mers et océans : gérer et partager les richesses.

Il s’agirait de parvenir à des approches systémiques à partir des études de cas. Pour ce thème : approche par étude de cas puis contextualisation.

3e thème : Villes et développements durables

Avec 2 études de cas obligatoires (mais au choix des profs) :
- une 1 ville des pays développés ;
- une ville d’un pays émergent.

4e thème : gérer les espaces terrestres

Deux questions au choix sur les quatre proposées :
- les littoraux, espaces convoités
- les espaces soumis aux risques majeurs
- le monde arctique : une nouvelle « frontière » sur la planète
- les espaces forestiers : suscite une approche géographique et pas seulement naturaliste.

Obs : il y a un risque de survol et de redondance (entre mers-océans et littoraux par ex.) ?

L’IG insiste sur la nécessité de réduire le temps consacré aux études de cas qui sont parfois traitées trop longuement : 2 à 3 heures suffisent. L’IG pointe le risque que des profs s’éternisent sur le 1er thème, alors qu’il s’agit surtout de poser les grandes problématiques.

Obs : on retrouve souvent le même problème dans les programmes de géo. (comme dans celui de 5e) : une grande intro générale puis la succession des études de cas, alors qu’une démarche plus souple de « va et vient » entre étude de cas et approches générales serait moins artificielle. L’ensemble est quand même très calqué sur nouveaux programmes 5e…

Les enseignements scientifiques auront des thèmes communs : nourrir les hommes ; les enjeux « énergétiques ». Au cours de l’année, les profs pourront choisir de traiter ensemble ces sujets.

En éducation civique

Il s’agit de conserver les méthodes et ce qu’il y a de précieux dans l’ECJS, notamment le débat argumenté mais ce n’est pas une forme exclusive.
- L’esprit d’une spécialisation des niveaux reste bon : aspects politiques positifs en 1ère.
- Le groupe d’experts propose un recentrage, un fil directeur : « comment éclaircir les règles de vie en société » autour de 3 notions : le droit / la loi / la justice.

1er semestre : Vivre en société

En quoi le droit est une donnée fondamentale et utile : le droit du travail, le droit de la famille, etc.
En prenant des exemples d’actualité, dans les grands débats législatifs (par exemple le téléchargement).
Il s’agit de privilégier la réflexion, de comprendre les points de vue opposés et de travailler l’argumentation.

2e semestre : du conflit au droit

En revenant sur la justice avec les notions clés : le témoignage, la preuve, les arguments contradictoires, le recours, etc.
On peut aller assez loin dans des formes de pédagogie active (quand tout est bien préparé).
Il faut enraciner les études dans la vie quotidienne, voir les lois qui permettent la vie en société, varier les pédagogies …

A la sortie de cet enseignement, il s’agit d’avoir compris quel est le rôle du droit, son importance dans la société, ce qui permet la vie en société. Comment se construit l’intérêt général, cela n’est pas inutile dans la formation des lycéens.

Obs : la refonte du programme d’EC passe à côté d’une occasion de rendre nos disciplines mieux connectées entre elles et aux enjeux actuels et donc d’être plus attractives (c’est aussi valable pour le module d’approfondissement).

Le module d’exploration et de découverte

Il n’est pas lié au programme de la classe de seconde. Il ne doit pas être un module de méthode mais utiliser les outils spécifiques de l’historien et du géographe, assez branché sur les TICE. Il devra mettre en œuvre une « pédagogie souple et diversifiée ».

Le module d’exploration (conçu donc sur un semestre, soit 50h de cours car 3h par semaine), fait partie du choix élève, dans l’ensemble « sciences des sociétés »

Thème : « Innovation et progrès dans les sociétés humaines »

Avec 4 thèmes obligatoires :
- innovation politique
- innovation dans le domaine économique et social
- innovation culturelle
- innovation scientifique

Mais à chaque fois on aurait le choix entre :
- un acteur (ex. Pasteur ou Darwin !)
- un espace (comment une ville se transforme, ex. Naples)
- une évolution profonde : la conquête du droit de vote par les femmes (!)

Obs : discussion sur la notion de progrès qui est gênante car elle enferme dans une vision européanocentriste déjà présente dans les programmes classiques d’histoire, et car elle exclue par avance des thèmes possibles… Les IG sont près à revenir dessus.
- En fait, c’est sur ce programme du module d’exploration que l’on peut faire le plus de propositions et sûrement innover vraiment dans les approches.
- Ne faudrait-il pas proposer un élargissement avec l’intégration de thèmes autour de l’échange, de la circulation, des relations entre sociétés pour enrichir ce champ sur le plan géographique et historique ?
- Ne pourrait-on pas recentrer le module autour des notions simples – mais essentielles – d’espace et de temps afin de laisser toute liberté aux enseignants de traiter, entre autres, des « représentations » aussi bien en histoire qu’en géographie (par exemple des représentations de la terre depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours).


Groupe national Histoire-Géographie du SNES-FSU - décembre 2008


Pour info : les actes du colloque SNES-CVUH de mars 2008 sur L’enseignement des questions vives en histoire géographie sont publiés chez ADAPT Editions.
- Voir sur http://www.snes.edu/spip.php?article15687.
- Voir aussi sur le site d’ADAPT : http://www.adapt.snes.edu/spip.php?article557.

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