Actualité théâtrale

Théâtre de le Commune, CDN d’Aubervilliers -Partenaire Réduc’Snes- jusqu’au 21 décembre

" Que la noce commence" d’après le film "Au diable Staline, vive les mariés !" de Horatiu Malaele. Adaptation et mise en scène Didier Bezace.

Pour sa dernière mise en scène avant de quitter ses fonctions au Théâtre de la Commune qu’il dirige depuis treize ans, Didier Bezace a fait le choix d’adapter pour la scène le film satirique du réalisateur roumain Horatiu Malaele, "Au diable, Staline, vive les mariés !"

Était-ce une bonne idée que de porter sur le plateau d’un théâtre cette fresque villageoise où se trouvent regroupés des personnages hauts en couleur autour d’un sujet qui rejoint le politique avec la vie au quotidien de gens simples sous le régime stalinien.

Pour mettre un terme au libertinage affiché de deux jeunes gens dont les ébats font beaucoup trop de bruit dans les granges et au milieu des champs de blé, il n’y a plus qu’à convaincre Lancu, le fils de Vrabie et de Suzanna d’épouser la pimpante Mara, la fille d’Aschie et de Fira.

Au moment où les deux jeunes gens acceptent de se marier, alors que la fête se prépare, que les victuailles abondent sur les tréteaux du banquet, des représentants du pouvoir viennent annoncer qu’avec la mort toute récente de Staline, toute réjouissance est suspendue et qu’en conséquence le mariage tant attendu est annulé.

Pensant que la fête peut avoir lieu à condition que les convives respectent le silence, le village s’engage dans une célébration muette des épousailles.

Gare aux éternuements, aux gargouillis, aux éructations ou aux flatulences qui pourraient alerter les autorités !

La bonne humeur s’accommodera du silence mais un terme sera mis à la fête avec l’arrivée d’un tank meurtrier.

L’impression mitigée que laisse le spectacle donne à penser que l’idée de cette adaptation n’était pas bonne, que le mélange de comédie truculente et de drame qui fonctionnait à l’écran passe mal la rampe au théâtre.

Même si le plateau foisonne de personnages, de musiciens, même si le premier souci du metteur en scène semble avoir été de "tenir" le rythme de bout en bout avec beaucoup de mouvements, une agitation constante, des dialogues qui se superposent, des voix qui en couvrent d’autres, la sauce ne prend pas et l’on s’ennuie un peu face à l’inutilité d’un tel déploiement, à son inefficacité à nous garder attentifs et intéressés.

Lorsque survient le silence, dans la dernière partie du spectacle, et que les convives attablés ont comme consigne de n’émettre aucun bruit, la rupture de ton fait illusion pendant une ou deux dizaines de minutes.

Mais là encore, malgré un jeu de rideaux qui aide à la présentation des différentes moments, malgré quelques trouvailles, on a tôt fait d’épuiser son plaisir.

Les comédiens ne sont pas en cause. Ils sont dans le burlesque, dans un excès mesuré et tirent le meilleur parti de ce qu’on leur demande de faire, à ce défaut près qu’ils sont interchangeables, caricaturaux ou répétitifs.

Didier Bezace s’est sans doute montré trop confiant vis-à-vis d’un projet original épaulé par une troupe de comédiens savoureux.

Mais peut-être suffirait-il pour que sa mise en scène soit convaincante, de raccourcir le spectacle, d’apaiser les moments trop bruyants et de "sacrifier" quelques scènes inutiles.

Francis Dubois

Théâtre de la Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers. 2 rue Edouard Poisson

93 304 Aubervilliers.

www.theatredelacommune.com

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) au 01 48 33 16 16

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « We love arabs »
    Hillel Kogan est un artiste engagé. Il est à la fois danseur, chorégraphe, interprète, acteur, concepteur et dramaturge mais cette accumulation de titres qui lui ont valu de nombreuses récompenses... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « La nostalgie des blattes »
    Sur un plateau nu, une estrade, et sur cette estrade, assises sur deux simples chaises, deux femmes plus très jeunes. La plus ancienne dans son poste voit arriver la remplaçante avec une belle dose... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Trahisons » de Harold Pinter
    Jerry et Emma se retrouvent devant un verre deux ans après leur rupture. Leur embarras n’a d’égal que l’émotion de se revoir. Pendant des années, alors qu’une amitié sincère et de très longue date liait... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Les deux frères et les lions »
    Une ambiance très british avec chansons traditionnelles, thé et scones, nous accueille pour ce conte inspiré d’une histoire vraie, dont les héros sont encore vivants. Deux jumeaux habillés de la même... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Novecento »
    Novecento est un conte qui nous entraîne sur un paquebot transatlantique, à la rencontre de Novecento, né et abandonné sur le piano de la salle de bal du bateau, devenu un musicien de génie et qui... Lire la suite (Septembre 2017)