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Premières analyses concernant le projet de texte ministériel

Premières analyses concernant le projet de texte ministériel relatif aux missions des conseillers d’orientation-psychologues

L’exposé des motifs :

Les éléments de justification concernant la nécessité d’évolution des missions sont très largement extérieures à l’EN :

La loi sur l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie qui étend les dispositions prévues pour les salariés en matière d’orientation au public en formation initiale (portail d’information unique, service dématérialisé de réponse téléphonique ou en ligne, labellisation d’organismes assurant des prestations d’information et d’orientation et la résolution européenne de novembre 2008 qui fait de l’orientation tout au long de la vie une politique à part entière pour les états.
Les choix du MEN

Le MEN a fait le choix de proposer un texte qui s’oppose frontalement aux conceptions du SNES mais plus largement aux positions de plus de 70% de la profession. Il va au-delà de ce que la direction interministérielle pour l’orientation (DIO) a proposé dans son rapport En effet, celle-ci ne préconise nullement de faire disparaître les CIO dans des structures multi services, et n’envisage l’engagement des co-psy dans le service dématérialisé que dans le cadre de la plate forme Onisep ou par renvoi sur les CIO. C’est déjà beaucoup mais sans commune mesure avec ce que propose le MEN

Le MEN choisit manifestement l’affrontement avec le Snes en misant sur le flou des formulations retenues et une stratégie à triple détente : d’abord les missions des copsy, puis celle des CIO, enfin la refonte du statut et de la formation

La déclinaison des activités

1) A aucun moment les activités énoncés ne sont référées au texte statutaire

(décret du 20 Mars 91) ni en ce qui concerne la nomination des co-psy dans un CIO, ni en ce qui concerne l’article définissant leur missions

2) Tout ce qui fonde historiquement le métier de co-psy, « l’aide à l’adaptation, l’observation continue, la contribution à la réussite scolaire » est supprimé

au profit d’une limitation au « conseil en orientation »stricto sensu. Celui-ci peut se satisfaire d’interventions ponctuelles, portant sur une situation à un instant T, nécessairement très limitative du point de vue de l’éventail des possibles, étant donné le public des élèves en grande difficulté que le MEN destine aux conseillers dans ce texte.

M. Reuchlin déclarait devant la société française de psychologie en Mai 1968 que « l’activité du conseiller-psychologue ne peut être qu’une activité prolongée. C’est seulement en intervenant dès le début de la scolarité que le conseiller-psychologue peut espérer pallier les difficultés d’adaptation de chaque enfant, notamment ses handicaps culturels. Cette intervention suivie ne concerne pas seulement les cas extrêmes (…) mais des cas infiniment plus discrets d’élèves moyens ou médiocres en apparence qui achèvent de façon terne des études courtes alors qu’ils auraient été capables s’ils étaient nés dans un autre milieu de mener à bien des études longues qui auraient donné à leur vie un tout autre contenu. »

N’est ce pas ce que, très récemment ,l es études du CEREQ de 2008 ont mis en évidence, en soulignant le rôle particulièrement important des co-psy auprès des élèves de l’enseignement technologique et professionnel et en particulier des jeunes filles ? N’est ce pas ce que recouvre l’objectif d’élévation du nombre de bacheliers et de diplômés de l’enseignement supérieur ?

Or, manifestement ici, l’objectif n’est plus d’installer en amont les conditions psychologiques et éducatives pour une orientation ambitieuse et réussie mais de déployer une vision utilitariste de gestion et de placement des élèves en difficulté. La question n’est pas d’utiliser les compétences des copsy pour favoriser la réussite de tous et l’élévation du niveau de qualification, mais pour« caser » les « rejetés du système »

3) Le travail du psychologue qu’est le copsy n’est pas détaillé.

La qualification de psychologue est remplacée par une « compétence » et l’étendue de cette compétence est restreinte à la psychologie de l’orientation ce qui ne correspond pas au programme actuel de formation De plus, ce paragraphe ne fait nullement apparaître le travail tel qu’il est décrit dans les circulaires relatives à ces publics Il est pour le moins significatif que les termes de « bilans psychologiques, entretiens, suivis » n’apparaissent jamais !

4) L’expertise auprès des établissements apparaît comme réduite à une ingénierie de l’orientation qui vise essentiellement à faire acquérir la prétendue « compétence à s’orienter tout au long de la vie ».

Le rôle des copsy serait d’aider les chefs d’établissement à piloter la mise en œuvre de tous les dispositifs prévus dans la réforme du lycée et du PDMF. Tout autre travail avec les équipes enseignantes sur le suivi des élèves, l’analyse de leurs difficultés, la question du sens des apprentissages et les dispositifs élaborés au niveau des établissements sont délibérément ignorés. Le travail au sein des équipes pluri professionnelles en prévention du décrochage n’est pas davantage pris en compte .Le travail de suivi inscrit dans la durée serait ainsi définitivement enterré puisqu’il ne serait plus considéré comme une activité attendue .

5) Les conseillers d’orientation-psychologues ne travaillent plus auprès des élèves sauf s’ils sont handicapés, nouvellement arrivés en France, décrocheurs ou appartenant à un dispositif relais.

Par contre apparaît dans le texte la fonction de professeur référent Il n’est pas non plus question des parents qui représentent pourtant des interlocuteurs essentiels dans le travail des co-psy.

6) La nomination des co-psy dans les CIO n’est pas rappelée Du coup les co-psy apparaissent comme « sans positionnement institutionnel »

assujettis d’un côté, aux demandes sans limites des chefs d’établissements pour « l’ingénierie de l’orientation » et de l’autre côté, aux demandes non moins chronophages et illégitimes des « centres de ressources » réseaux locaux de la formation de l’emploi et de l’insertion, qui deviendraient ainsi le nouveau lieu de travail si ce n’est d’affectation des copsy

7) Le rôle des directeurs et des équipes de CIO n’est jamais mentionné

Or, l’intervention du conseiller d’orientation-psychologue s’appuie fondamentalement sur le travail de l’équipe du CIO , formalisé dans les projets d’activités sous la responsabilité des directeurs.

8) Le temps dégagé sur les missions du conseiller d’orientation-psychologue est destiné à être réinvesti dans de la réponse téléphonique et du conseil approfondi auprès des adultes.

Conséquences pour les élèves et les établissements si le texte reste en l’état :

1) Les élèves et les établissements

- Les élèves qui ne sont ni handicapés, ni décrocheurs, ni relevant de classes relais n’auront aucune chance de rencontrer les co-psy. Leurs interlocuteurs seront les professeurs référents,, le professeur principal, le professeur chargé de l’accompagnement individualisé, le personnel chargé du tutorat, et les « répondeurs » des différentes plateformes en ligne. Remplacer l’intervention de psychologues qualifiés et formés pour appréhender dans leur globalité, les problématiques des adolescents en lien avec leur avenir ( ce qui ne se réduit pas à leur orientation) par une multiplicité d’intervenants non formés dans le domaine et sans coordination entre eux, ne va certainement pas se traduire par une amélioration du service rendu pour les élèves.

- Il faudra expliquer comment le MEN espère atteindre les 80% d’une classe d’âge au BAC par le PDMF et en rendant encore plus ponctuelle l’intervention des co-psy dont pourtant les études du CEREQ reconnaissent le rôle positif, dans le soutien des aspirations des élèves de la voie professionnelle et surtout technologique

- Les co-psy seront de fait utilisés pour organiser concrètement le PDMF, évalué dans le socle et validant l’acquisition de la compétence à s’orienter que les professeurs devront mettre en place dans le cadre de leur discipline. Les co-psy risquent de se trouver pris dans une double injonction : celle du conseil pédagogique, non expert mais qui fixera les activités attendues dans le cadre du PDMF et des nouveaux dispositifs du lycée et celles de leurs nouvelles missions prioritaires qui leur imposeraient d’organiser un programme pour des enseignants pas nécessairement volontaires pour les appliquer

- Les co-psy seront de moins en moins présents dans les établissements du fait des demandes du service dématérialisé. Leur intervention ponctuelle risque donc rapidement de se réduire à celle de « brigade volante »

2) Du Coté des conseillers d’orientation-psychologues et des directeurs de CIO

- Il s’agit d’une refonte complète des missions et d’une remise en cause du statut comme suite logique de ce texte Pourtant lors de l’ouverture du GT par JL Nembrini , l’engagement avait été pris par le directeur de la DEGESCO de rester dans le cadre statutaire. Cet engagement manifestement ne sera pas respecté.

- La disparition des CIO en tant que structure spécifique de l’EN paraît bien à l’ordre du jour. Le MEN a tout à gagner ,dans le contexte de désengagement des conseils généraux sur le financement des CIO départementaux, à se saisir de cette aubaine pour faire financer par les régions, le regroupement et le relogement dans ces « centres de ressources pour la formation, l’insertion professionnelle et l’emploi ».(Quid de la fonction des DCIO ? ) D’autant que les décisions seront prises académie par académie ce qui rendra la riposte plus compliquée.

- Les conséquences sur les conditions de travail des personnels dans ces structures multi services sont à prévoir (Horaires, congés, imposition de permanences en aout, par exemple)

- La qualification de psychologue apparaît très fragilisée car n’apparaissant pas clairement dans les compétences retenues. Le centre du travail se déplacerait des élèves vers les adultes (équipes d’établissement et salariés) Nous ne sommes pas à l’abri d’une refonte totale du recrutement et de la formation car à part la référence au DECOP rien dans les activités citées ne nécessiterait vraiment de qualification de psychologue (c’est évidemment un piège à triple détente)

- Le texte prend le parti de renoncer à une perspective de reprise des recrutements puisqu’il cale les missions sur la situation de pénurie actuelle et à venir

En conclusion, il n’y a rien à gagner, si le texte reste en l’état, ni pour les élèves, ni pour les enseignants, ni pour le service et les personnels. (copsy comme DCIO)

Il faut mettre le MEN en situation de se positionner

- par rapport aux références statutaires qui doivent obligatoirement être dans le texte,

- par rapport à l’article 2 de notre statut actuel qui inscrit nos missions clairement dans l’Ecole et dans la durée, en lien avec l’adaptation et la réussite scolaire,

- par rapport à l’existence des Cio et de l’existence des équipes autour du Directeur.

- Par rapport à l’investissement dans le service dématérialisé L’intervention des copsy dans le service dématérialisé doit être limité à la contribution à la plateforme de l’Onisep et aux réponses faites dans le cadre des mises en relation assurées par les « agents d’accueil » qui ne peuvent pas être des copsy prélevés sur le contingent de postes restants

Pour télécharger ce texte cliquez ci-dessous :

Vous trouverez également ci-dessous le document interne au groupe de travail sur les missions des conseillers d’orientation psychologues

prochaine réunion :le 5 Mai

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