Actualité théâtrale

Au théâtre du Temps, en mars et avril

« Phèdre » de Sénèque

La « Phèdre » de Sénèque, à la différence de celle de Racine, n’est presque jamais mise en scène. Phèdre, née sous le signe du Soleil, son ancêtre, et du taureau sacré, offert à Minos son père, et avec qui sa mère s’accoupla pour donner naissance au Minotaure, a été offerte en mariage à Thésée par son frère. Elle tombe amoureuse d’Hippolyte, le fils de Thésée et de la Reine des Amazones. Phèdre est menée par un désir qu’elle ne peut maîtriser et qui la rend prête à braver l’ordre social et familial tandis qu’Hippolyte est un pur qui craint les femmes et la ville, source de corruption, et qui fuit avec horreur le désir de Phèdre.

La mort et la douleur ne peuvent être que la sanction du dérèglement des comportements humains, désir interdit, volonté de possession et jalousie. On est au cœur des mythes qui tournent autour du courage des hommes, de leur pouvoir sur les femmes mais aussi de leur inquiétude face au désir féminin et de l’incapacité des êtres humains à réguler leurs désirs. On ne peut qu’être séduit par la richesse des thèmes abordés servis par la qualité de la traduction de Florence Dupont qui a su donner au texte force et poésie.
« Tourment, violence sensuelle, combat des générations et des dieux habitent la pièce. La parole de Phèdre, son aveu, vient déchirer la loi sociale, la structure familiale et l’ordre cosmique » dit Sylvie Dadoun. Pour sa mise en scène, elle a choisi une scène nue où c’est le jeu de l’ombre et de la lumière qui, en découpant le corps des acteurs, accentue le tragique et renvoie au mystère d’une tragédie hors du temps, dont les propos pourtant résonnent avec une certaine actualité. Les costumes oniriques et symboliques laissent nue une partie du corps ou évoquent des sculptures et participent à l’étrangeté nécessaire de personnages mythiques.
La musique électro-acoustique, présente tout au long de la pièce contribue au mystère et à la démesure des personnages comme dans un opéra.
Sur un texte écrit sans ponctuation et qui laisse donc beaucoup de liberté à l’interprétation des acteurs, ceux-ci ont travaillé souffle, rythme et gestes. Jean-Marie Burucoa donne à Thésée une rigidité qui masque sa faiblesse face aux passions humaines et à la volonté des dieux.
A l’inverse, Sylvie Moussier est une Phèdre pleine de passion et de fureur. Sylvie Dadoun est une nourrice toute de compassion et de douleur face au drame à venir.
Le chœur est une sorte d’animal mouvant à la voix ancienne. On sent dans cette mise en scène une volonté de garder le côté sacré de la tragédie grecque où les personnages sont « possédés ». On est devant un théâtre organique et poétique dont le souffle résonne douloureusement en nous.
Micheline Rousselet

En mars du 11 au 14, du 18 au 21, du 25 au 28.
En avril du 7 au 11 et du 14 au 18.
Spectacle à 20h et le dimanche à 18h

Théâtre du Temps
9 rue du Morvan, 75011 Paris
Réservations : 01 43 55 10 88
(se recommander du Snes – sollicitation Réduc’Snes en cours)

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