Actualité théâtrale

Théâtre le l’Aquarium, jusqu’au 25 avril

"Partage de midi" de Paul Claudel, mise en scène d’Antoine Caubet

Paul Claudel écrivit plusieurs versions du "Partage de midi". La première, qui date de 1905, fut achevée en quelques mois mais, si le texte fut distribué, Claudel refusera pendant longtemps qu’il soit porté sur scène. La création se fit en 1948, après un nouveau travail de la pièce par l’auteur, lorsque Jean-Louis Barrault la monta avec Edwige Feuillère dans le rôle d’Ysé.
Antoine Caubet, metteur en scène en résidence au Théâtre de l’Aquarium à qui on doit, en début de cette saison, un "Roi Lear" talentueusement revisité, nous propose un "Partage de midi" bouillonnant de sensualité, respectueux de l’écriture de Claudel mais empreint d’une grande liberté dont la responsabilité revient sans doute à une distribution remarquable, aussi loin que possible des profils attendus, à une mise en scène minimale et à des costumes astucieusement anodins.
Aucune grandiloquence. Des tables assemblées, des tréteaux et l’escalier du hall du théâtre sont assez d’éléments pour figurer le paquebot du premier acte. Rien de trop pour créer l’atmosphère début vingtième siècle et les costumes, neutres contemporains, peuvent ou non évoquer l’époque coloniale. Là où le texte pousse à épaissir le trait, Antoine Caubet et ses comédiens-complices jouent la légèreté, l’humour et une certaine distance. Et voilà que le texte de Claudel ne s’en porte que mieux.
Lorsque le texte devient déclamatoire et nous entraîne dans le lyrisme claudelien, Antoine Caubet éteint les lumières et ne laisse, pour éclairer les vibrants excès librement exprimés de l’âme humaine, que deux bougies qui veillent sur un décor réduit, au centre du plateau comme un minuscule îlot.
Trois décors, trois lieux. Le spectateur se déplace pour chaque acte, dans un environnement différent, d’une salle à une autre, pour suivre ces histoires d’amour lumineuses et douloureuses et celle d’Ysé, femme divisée en trois amours, chacun lui apportant le meilleur et le pire.
Si, depuis quelques années déjà le théâtre ne sait plus faire l’économie de la vidéo, il faut noter ici, son utilisation discrète et judicieuse.
Le Théâtre de l’Aquarium, au bout de presque une saison de la direction François Rancillac (voir notamment aussi), est devenu "un lieu sûr" qui a su trouver toute sa particularité.
Francis Dubois

photo Ph. Laville

Théâtre de l’Aquarium – La Cartoucherie –
Route du Champ de manœuvre 75 012
Réservations (partenariat Réduc’snes = tarifs réduits sur présentation de la carte Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61
www.theatredelaquarium.com

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