Compétences, capacités, grilles d’évaluation en SVT

Paroles de profs Paroles de profs

Les « paroles de profs » qui suivent proviennent d’un échange début octobre 2004 sur la liste de diffusion SVT du SNES.
Une rubrique "paroles de profs" complète ce débat.
Les messages ont été anonymés. Ils n’engagent évidemment pas le SNES. Ils sont présentés dans l’ordre chronologique.

Professeur 1
Bonjour à tous, je fais partie de l’académie de Poitiers et nous avons travaillé l’année dernière sur l’évaluation au collège. Par bassin, une grille d’évaluation a été proposée, elle permet d’évaluer les collégiens de la 6ème à la 3ème sur les différentes capacités (réaliser, raisonner, s’informer, communiquer, savoir et savoir être), chacune de ces capacités étant détaillées sur notre grille.
On nous demande de mettre en place cette évaluation le plus rapidement possible (c’est un des critères d’évaluation de l’inspecteur pour les prochaines inspections), pour cela on doit choisir quelques critères par niveau chaque année et remplir notre grille. Le problème est : comment boucler le programme et évaluer chacun de nos élèves, même sur quelques critères ? Cela nous paraît mission impossible avec des classes à 28 et des séquences de 50 min.
Est ce que certains ont déjà expérimenté ces grilles d’évaluations ? Comment faites vous pour que ça ne prenne pas trop de votre temps ?

Professeur 2
J’ai aussi utilisé ces grilles, en seconde. A chaque évaluation, je décomposais chaque question pour la faire correspondre à la grille (pas toujours facile !) puis je reportais sur des grilles élèves individuelles.
En fin de trimestre on faisait le point. Toutes les matières faisaient ainsi, et le bulletin des secondes avait été modifié.
C’est un système très lourd, et je n’ose imaginer ce que ça pourrait donner en collège avec des centaines d’élèves à gérer.
De manière plus fondamentale, ce système de grilles ne me paraît pas une bonne chose.
Dans mon lycée, nous n’avions pas noté de progrès pour les secondes en difficulté, classes pour lesquelles ce système avait été mis en place au départ. Nous avons même remarqué qu’une même compétence pouvait être acquise dans une matière et pas dans une autre (certains ont alors proposé de rajouter une compétence intitulée "capacité à transférer les capacités acquises d’une matière à une autre" !!!). Pire encore, une compétence qui semblait acquise au 1er trimestre était perdue au 2e. Bref, d’après moi ce n’est pas une solution.
Le pire est que ce réductionnisme pédagogique n’est pas seulement inefficace. Je pense qu’il est nuisible. Cela rend l’apprentissage complètement bureaucratique. Et cela transforme aussi notre vision de nos élèves (des cases à cocher). Il me semble que c’est en SVT que ce système de grilles fait le plus de ravages. De manière inégale selon les académies, d’ailleurs. Il serait bon que les enseignants en fassent un bilan sérieux, et proposent d’abandonner cette usine à gaz. L’origine des difficultés des élèves se situe ailleurs, ces grilles ne sont qu’un artifice qui ne les résout pas.
J’aimerais savoir ce que vous en pensez

Professeur 3
Tout à fait d’accord, pour avoir expérimenté ce système de grilles d’évaluations, je constate qu’il est lourd à gérer en collège, d’une efficacité discutable, un bel effet de mode en somme qui prend beaucoup de temps pour pas grand chose et le temps c’est justement ce qui nous manque...

Professeur 4
Evaluation sommative, évaluation diagnostique et la petite dernière l’évaluation formatrice. Difficile de s’y retrouver et de vouloir tout faire avec ses élèves dans des classes à plus de 30 voire 35 en lycée.
J’ai testé un temps les grilles d’évaluation avec les élèves mais je n’ai pas su rendre ce travail simple, efficace et pourvoyeur de progrès chez les élèves. Ces grilles sont je vous l’accorde un supplément de travail colossal pour le professeur et un ’’truc’’ à faire en plus pour les élèves. Par contre il me parait indispensable de "perdre du temps" pour former les élèves sur les compétences Ra, Re, I et C et ce au détriment de certaines notions du programme qu’il faudra envisager de manière plus rapide (le temps n’étant pas extensible). En effet on "reproche" souvent aux élèves de ne pas savoir s’y prendre alors se serait un comble de ne pas prendre le temps de leur apprendre à : comment
faire pour ....
Sur l’efficacité de la "méthode" il me parait normal qu’un élève oublie d’une année sur l’autre voire d’un trimestre sur l’autre ; c’est un travail sur le long terme, année après année, qui nécessite une collaboration de l’ensemble des enseignants et qui mérite d’être tenté. Il faut veiller à ne pas surcharger le travail des collègues mais comment faire ? Je suis intéressé par les collègues qui ont monté ce projet à l’échelle d’un même niveau pour toutes les disciplines. Comment avez vous
fait pour vous entendre sur les compétences à évaluer ? Avez vous maintenant des solutions pour éviter les surcharges de travail de concertation. Etc.......jeune promu IUFM

Professeur 5

Étant enseignant dans le Nord, j’ai eu la primeur, je crois, des grilles impulsées par l’ex IPR de SVT de l’académie. Les ayant côtoyées, je les ai vues évoluer de 4 à 20 critères, voire plus. Certains collègues avaient des carnets de notes plus épais que la banquise en janvier.
Nombreux sont les stagiaires qui basent leurs cours et TP non pas sur une démarche mais sur : quels critères vais-je évaluer dans cette séance ? Ils font leurs cours en fonction des objectifs d’évaluation par la grille.
Ayant eu des élèves qui ont utilisé précédemment les grilles, je pense qu’elle leur est inutile (tous me l’ont dit). Par contre, faire des grilles est très intéressant pour nous, car cela nous interpelle sur notre façon d’évaluer (une question posée doit avoir un objectif, voir si l’élève a acquis ce qu’on lui demande, etc.)
Faire une grille quand on prépare une séance me semble indispensable, l’utiliser dans l’évaluation ..?
Je remarque également que les dossiers de BAC ne peuvent pas être renseignés avec nos grilles, c’est un comble !
Je fais des grilles mais ne les formalise pas auprès des élèves.
Ai-je tort ?

Professeur 6
Je suis d’accord dans le sens où effectivement ce ne sont pas les grilles qui règleront les
problèmes des élèves. Mais cela amène un plus dans le jugement qu’on peut porter. Les élèves y
attachent de l’importance, ils aiment bien avoir des +... Moi je ne trouve pas que ce soit dur à
gérer. Je l’ai fait de nombreuses années en collège (j’avais plus de 300 élèves), mais j’avais un peu
simplifié à ma sauce. Et quand je rends un DS, les différentes catégories sont déjà sur le corrigé
qu’ils ont eu en fin de DS et sur lequel ils se sont auto évalués (après ramassage des copies
toutefois). Du coup, je supprime le problème des corrections en classe où personne n’écoute rien...
Mais il faut prévoir 5 min en fin de DS pour le remplir. Sur le corrigé j’écris directement un + ou
un - en face de la catégorie (je ne prends pas en compte de sous-catégorie, c’est trop lourd à gérer
sinon).
Si on reste assez général, cela apporte un éclairage sur ce qu’ils savent faire et on voit tout de
suite ceux qui comprennent et n’apprennent pas, ou l’inverse...

Professeur 7
J’ai la même analyse que la prof 6 (on est de la même académie) sur l’évaluation.
J’ajouterai que si la grille paraît lourde pour certains, c’est peut être qu’elle n’est pas suffisamment maîtrisée ? Dans tous les cas, c’est un outil idéal pour faire du profiling et cerner les difficultés des élèves. Je ne suis pas adepte des statistiques et des graphiques à outrance mais en faisant une analyse détaillée, on arrive à "repérer" les difficultés des élèves.
Cela étant dit, elle n’est utile que si on implique directement l’élève dans le système. Pour ma part, je réserve parfois 5-10 minutes à l’analyse de la grille pour voir où l’élève a un défaut et comment peut il y remédier. N’est ce pas cela sa fonction primaire ?
Ce n’est pas à mon sens une histoire de grille. La grille est là pour formaliser un objectif : l’évolution dans l’apprentissage des savoirs et des savoirs faire.

Professeur 8
J’ai suivi un stage là-dessus l’an dernier, je suis donc novice. Pour ma part, tout le côté formatif me plait beaucoup et le fait d’expliquer noir sur blanc aux élèves le "comment on fait..." ou le "ce que j’attend de vous..." semble les rassurer et les aiguiller dans le bon sens. Cela m’oblige aussi à toujours être attentive et claire sur les consignes, sur le fait d’avoir ou pas déjà abordé un graphique, un dessin, un tableau, etc...
Ils ont une grille d’auto évaluation en fin de classeur, avec les compétences, et je ne sais pas si je vais tenir jusqu’en juin avec : il m’est déjà arrivé d’oublier de la remplir en fin d’activité et certains sont un peu perdus dans cette liste....Je ne sais pas si c’est indispensable pour eux d’avoir cet "envers du décor", c’est notre outil didactique, mais peut-être qu’on peut garder pour nous les grilles indigestes.
Sinon, au niveau des notes, pas facile à gérer, mais on nous a filé en fin de stage un logiciel qui s’occupe de calculer la moyenne d’après toutes les petites notes de chaque compétence (le logiciel compte 6 compétences : restituer les connaissances ; appliquer les connaissances ; s’informer ;
raisonner, réaliser et communiquer).

Professeur 9
Absolument pas d’accord pour utiliser ce genre de chose !
C’est simple : pour moi, c’est NON à l’esclavage.
Il est vrai que je n’ai plus 20 ans depuis longtemps mais je pense à nos jeunes collègues, à tout cet investissement temps.... Si encore, j’étais persuadée de l’utilité réelle de ce genre d’instrument....
Mais peut-être ai-je tord quant aux bienfaits ?
Qu’en pensez-vous ?

Professeur 10
Je te rejoins complètement. Sans doute, la plus grande partie de ma carrière est, elle aussi, derrière moi. J’ai vu toutes les classes dédoublées, puis les classes à 24, puis presque plus de groupes. Des programmes établis avec des critères qui ne sont que combats de spécialistes pour faire passer leur préférence et des exigences pédagogiques à croissance exponentielle accompagnées d’une culpabilisation permanente des enseignants. Alors, je me pose beaucoup de questions, quels objectifs, quels activités...je fais apparaître les différentes compétences évaluées à chaque question de contrôle, le précise le plus souvent lors des activités.... mais je pèse le pour et le contre, je prends ce que je trouve positif et je laisse le reste. L’investissement temps/réussite des élèves mais aussi ma vie/ma famille. Alors, non, je ne ferai pas de grille. Je suis également parent alors j’écoute ce que me disent mes enfants... ça permet de relativiser.

Professeur 11
Je n’ai plus 20 ans depuis longtemps ... et j’utilise ce genre de "chose " depuis bien des années (10, 15 ou 20 ans je ne sais plus !) sans que cela ne devienne un esclavage !
Peut être suis-je persuadée de son utilité ?
Les compétences sont codées et répertoriées dans une grille collée à la fin du cahier.
Elles sont simplement évaluées par une croix de couleur verte, rouge, ou bleu (sauf pour les daltoniens !) pour tous les travaux notés (devoir, contrôle de leçon, TP ...). L’élève les reporte dans sa grille.
Les grilles commencent à "parler" vers le milieu de l’année... L’élève peut constater s’il progresse ou non pour chacune des compétences (en oubliant les notes).
En général les élèves apprécient car ils cernent mieux ce qu’ils doivent améliorer (et l’évolution est rarement décevante pour tous les objectifs). Si on veut aboutir à des notes par compétence il suffit des remplacer le code couleur par des valeurs (ex . 0-1-2).
Ce n’est pas lourd à gérer... (ni à digérer) la preuve j’en ai converti plus d’un(e)...
Il faut simplement faire l’effort de noter en face chaque question les codes es compétences évaluées

Professeur 12
Ce débat est passionné et montre à l ’envie combien nos jeunes collègues sont passionnés et s’interrogent, ce qui me conforte dans l’idée que le SNES (nous sommes sur un site syndical) est une force d’avancée pédagogique et non pas un force d’obstruction comme le laissent entendre bon nombre d’institutionnels.
Moi aussi ma carrière est fort longue et j ai enseigné de la sixième à la terminale (je vais bientôt passer la main). J’ ai connu et pratiqué bien des modalités d évaluation : sommative avec note sur 20,- j ai même connu des moyennes générales au centième de point !!!!!- notes A B C D qui avaient le mérite de faire discuter vraiment les profs en conseil mais ça a vite dérivé, évaluation formative, évaluation formatrice, référentiels de compétences... Je n ai encore pas trouvé à l’ heure actuelle quelque chose qui soit parfait et on pourrait dire de l’évaluation que ce n est pas une science exacte et comme disait un IPR "la science est un noyau de doute dans un nuage d incertitude"

En ce qui concerne les compétences, mais il est vrai que si c est une injonction du corps d’inspection c’est difficile pour nos jeunes collègues de s y soustraire ( et n oublions pas que bientôt ils seront évalués par leurs chefs d ’établissements avec entretien d ’évaluation, c’est dans les
cartons et lisez le rapport Thélot !!!!!!), c’est très lourd et le codage ( quelle horreur pour un métier dont une des clés est la communication) voire les couleurs nécessite un décodeur( c’est l ’époque) tout comme pour le jargon des chercheurs en sciences de l ’éduc.
Cela ne présente un intérêt que pour que l’élève( particulièrement en collège) puisse se repérer et s’auto évaluer, et éventuellement donner des pistes pour une remédiation. Mais la dérive est de saucissonner l élève et de ne pas le prendre dans sa globalité d’être humain, n oublions pas qu il y a
une vie après le collège ou le lycée. Cela peut être intéressant dans le cas des compétences transversales (pour le travail en IDD ou en TPE par exemple).

Il faut éviter que nous ne pensions qu’en fonction de l ’évaluation, nous sommes d abord des formateurs et non des évaluateurs, passionnons nos élèves, soyons attentifs à leur non dit pour réagir à chacun.
Il vaut mieux s’interroger sur la clarté et la lisibilité des consignes et sur les stratégies d’apprentissage mises en oeuvre par chacun de nos élèves et en évaluant être justes et équitables et transparents (annoncer les critères de réussite est une bonne chose).
J’ajouterai que les jurys de bac, lorsqu’ils ont en prendre en compte le livret scolaire, regardent les notes de l ’élève et de la classe et les appréciations pas les compétences.

Professeur 13
Je suis tout à fait d’accord, j’ ai peur qu’à trop vouloir saucissonner nos élèves, on en oublie que ce
sont avant tout des adolescents : quand ils aiment une matière, un thème ou un chapitre, ils écoutent, interviennent et apprennent. Mais quand ils n’aiment pas... bonjour les variations de résultats (pour certains bien sur). Donc avec ces grilles (j’ai essayé les premières années) les critères ne peuvent tenir compte de ce coté humain : j’ai aimé, je n’ai pas aimé, je vais bien, je viens d’avoir des problèmes personnels ou familiaux etc...
Les notes ne sont pas tout sinon pas de conseil de classe, on met tout dans un ordinateur et on va se
coucher. Personnellement, j’analyse globalement mes évaluations, bien sur, mais je ne voudrais pas qu’on m’impose ce travail de statistique et d’analyse qui me parait illisible.

Professeur 14
L’évaluation des élèves est toujours difficile à réaliser, il faut qu’elle soit lisible et compréhensible par tous les acteurs : les élèves d’abord, les parents, les collègues et la direction...
J’utilise une grille très simple avec seulement 4 colonnes : s’informer, raisonner, réaliser et
communiquer, toutes les activités sont incluses sauf les contrôles de fin de chapitre.
J’évalue avec des "plus", des "moins" et des "petits zéros" chaque question, tous ces signes sont reportés dans mon tableau de classe et dans le tableau de l’élève. Les élèves et les parents peuvent voir les progrès, les points forts et les points faibles.
Le but étant de favoriser la réflexion des élèves, si la réponse est juste (ou presque juste quand la question était difficile) il a un plus, si l’élève a donné une mauvaise réponse, il a un moins, le petit zéro correspond à l’absence de réponse.
Au bout de 10 signes, on fait une note, 2 points pour un plus, 1 demi-point pour un moins, rien pour un zéro. Même si l’élève n’a que des mauvaises réponses, il n’a pas une note nulle : toute peine mérite salaire !!!
Cela demande un certain travail, mais les élèves apprécient car ils contrôlent un peu mieux leur situation. Ils ciblent mieux leurs points faibles.

Professeur 15
Dans l’académie d’Amiens nous utilisons ce système d’évaluation depuis plus de dix ans maintenant et c’est devenu pour moi un automatisme. Il est vrai que cela prend beaucoup de temps mais présente , à mon sens , plusieurs avantages :
- il permet de cerner assez rapidement et de façon plutôt fiable les difficultés des élèves : problèmes d’apprentissage de leçons , de compréhension de documents ou difficultés de raisonnement se manifestent très clairement
- il impose une réflexion plus poussée lors de l’élaboration des évaluations, une "dissection" des questions capacité par capacité conduisant à une formulation plus rigoureuse : les élèves comprennent mieux ce que l’on attend d’eux ... la notation s’en trouve simplifiée les réponses attendues étant plus ciblées .
- il permet également, je pense, de mieux faire émerger les spécificités de notre matière scientifique, à savoir le raisonnement
Les contraintes qui en découlent me paraissent enrichissantes du point de vue conception des cours et des évaluations mais ennuyeuses par le surcroît de travail en ce qui concerne la notation des copies et le report des notes qu’il faut sans cesse décomposer en ces différentes capacités. Néanmoins je n’imagine plus fonctionner autrement, j’aurai l’impression de perdre énormément de rigueur .C’est finalement essentiellement une question d’habitude de fonctionnement !

N’oubliez pas de regarder l’article de Guy Rumelhard

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