Orientation

Parcours de découverte des métiers et des formations

Un parcours de découverte des métiers et des formations est mis en place dès la rentrée 2008 dans les établissements volontaires. Il sera généralisé dès la rentrée 2009 et concernera tous les élèves des collèges (à partir de la classe de 5e), et des lycées.
Même s’il est indispensable pour l’élève de donner du sens à son orientation, de s’approprier son avenir avant le second trimestre de l’année de troisième, la mise en œuvre du parcours des métiers se fait dans le vague, sans financement spécifique, sans contenus propres, sans même que le rôle du Conseiller d’Orientation Psychologue soit réellement au centre de ces projets !

Circ. 2008-092 du 11-7-2008 Parcours de découverte des métiers

C’est un programme très lourd en investissement de la part des enseignants, et porteur de dangers. Des idées floues sont avancées dans cette circulaire et l’on a davantage l’impression d’un saupoudrage de ce qui pourrait exister, que de réelles nouveautés pédagogiques parfaitement structurées et applicables pour l’intérêt de l’élève.

Parcours de découverte des métiers et des formations
CIRCULAIRE n° 2008-092 DU 11-7-2008

L’objet de la circulaire :
- Un principe étendu dès la 5e : vers une orientation des élèves via DIMA ?
- Une compilation de dispositifs existants en 4e et en 3e
- Des modalités de découverte des métiers pour tous les niveaux
Des problèmes posés dans son principe et dans son élaboration :
- Une focalisation sur l’insertion professionnelle
- Un problème de financement
- Un rôle accru des entreprises au sein de l’école
- Un rôle accru du Conseil Pédagogique
- La question des ressources mises à disposition
- Les problèmes liés à l’évaluation : lien entre socle commun, livret de compétences et livret personnel

L’objet de la circulaire

Un principe étendu dès la 5e pour une orientation précoce des élèves en 4e via DIMA ?
Le texte de la circulaire fait la compilation des dispositifs existants et, surtout, en étend la logique aux classes de 5e. DIMA est mis en place ; complémentaire aux dispositifs en alternance offerts en collège aux élèves de 4e âgés d’au moins 14 ans, « il doit permettre à des élèves de collège de découvrir un ou plusieurs métiers par une formation en alternance d’une année scolaire, tout en poursuivant l’acquisition du socle commun de connaissances et de compétences » Il ouvre ainsi un risque d’orientation précoce, dans une période où se développe DIMA, notamment en Alsace.

Une compilation de dispositifs existants en 4e et en 3e
Après avoir mis en place un enseignement de découverte professionnelle en 3e, et l’avoir étendu à la classe de 4e dans les établissements de l’éducation prioritaire, après avoir rendu obligatoires les entretiens d’orientation en 3e à la charge des seuls professeurs principaux, le Ministère poursuit donc dans la voie du centrage des missions de l’école sur la seule préparation à l’insertion professionnelle.

Des modalités de découverte des métiers pour tous les niveaux

- Classe de 5e : exploration des secteurs d’activités et des métiers : visites, interviews de professionnels, enquêtes

- Classe de 4e : découverte des voies de formations. À l’occasion de visites de différents établissements, de présentations ou de rencontres avec des élèves ou étudiants, l’élève peut être informé sur les cursus et les poursuites d’études, de façon à comprendre la diversité des parcours possibles dans une perspective de formation tout au long de la vie. Mais comment engager un établissement dans une telle démarche, Sur quelles heures de cours ? Avec quels personnels d’encadrement ? De même les élèves sont invités à « passer une journée dans un lycée, un lycée professionnel ou un CFA. Ce moment fort doit faire l’objet d’une préparation et d’une exploitation minutieuse ». Comment exploiter, préparer, évaluer ?

- Classe de 3e : la séquence d’observation en milieu professionnel (définie par l’article 8 du décret du 24 août 2005) peut être complétée par d’autres activités relatives à la connaissance des structures de formation, la participation à des salons, des forums et toute autre activité pédagogique permettant d’informer sur les métiers et les formations pour faciliter la démarche de choix qui s’opère à ce niveau. Sur la totalité de sa scolarité en collège, un élève aura passé au moins 10 jours dans une entreprise ou en relation avec des acteurs du monde professionnel (dont 5 jours pour la séquence d’observation de troisième). Comment gérer au niveau de l’établissement l’absence de certains élèves dans une classe, voire de tous les élèves d’une même classe ? Est-ce le début d’une annualisation des emplois du temps ? Les programmes d’enseignement seront-ils respectés ? Se pose aussi le problème de la gestion de ces séquences ; tous les élèves de 3e des collèges d’un même secteur risquent de solliciter les mêmes milieux professionnels.
L’entretien personnalisé d’orientation mis en place depuis la rentrée 2006, contribue à la synthèse, pour chaque élève, de ces étapes de découverte. Il est uniquement demandé aux COP de venir en appui aux professeurs principaux !

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Des problèmes posés dans son principe et dans son élaboration

Focalisation sur l’insertion professionnelle : la mission de l’école est de plus en plus centrée sur l’insertion au détriment de tout le reste, dans le cadre du socle commun des compétences et des connaissances. Ce parcours des métiers trouverait un ancrage dans le pôle 6 du socle commun de connaissances et de compétences relatif à l’acquisition des compétences “sociales et civiques” ainsi qu’à celui du pôle 7 relatif à “l’autonomie et l’initiative”. Ce socle présente des ambitions très réduites au niveau des connaissances disciplinaires, d’autant plus réduites que l’on y fait entrer une nouvelle mission de l’école de plus en plus centrée sur l’insertion professionnelle. Non seulement on ne permet plus à tous les élèves d’acquérir un ensemble des compétences disciplinaires au-delà du seul socle, mais en plus, on tente de faire sortir certains d’entre eux plus précocement du système scolaire par la voie de l’apprentissage.

Les stages en entreprises : attention ! Les établissements d’enseignement scolaire (écoles, collèges, lycées) peuvent organiser des visites d’information pour leurs élèves, quels que soient leur âge et leur classe. En revanche seuls les collèges et les lycées, dans le cadre de leur projet d’établissement, peuvent organiser des séquences d’observation pour leurs élèves durant les deux dernières années de la scolarité obligatoire. Les séquences d’observation ne peuvent donc être proposées qu’à des élèves scolarisés au moins dans une classe de quatrième ou de troisième de collège. Les stages (d’initiation, stages d’application) ou les périodes de formation en milieu professionnel ne peuvent s’adresser qu’à des élèves qui suivent un enseignement alterné ou un enseignement professionnel. Les stages ne peuvent être proposés qu’à des élèves âgés de quatorze ans au moins, comme le précise l’article 8 du décret n° 96-465 du 29 mai 1996 relatif à l’organisation de la formation au collège.

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Le problème du financement de ces dispositifs va entraîner un alourdissement de la charge de travail des enseignants vu que les COP sont mis à l’écart, mais aussi un grignotage des horaires disciplinaires puisque, tout comme cela qui se passe pour la DP3, c’est aux établissements de faire des choix pour répartir une DHG réduite. Les enseignants devront intégrer ces mesures dans les horaires actuels. Toutes les disciplines sont concernées par la mise en œuvre de ce parcours, mais rien n’est dit sur les programmes d’enseignement : contiendront-ils des heures spécifiques d’apprentissage de ces compétences sociales, civiques, d’autonomie et d’initiative ? Ou alors les heures matières seront-elles encore diminuées pour permettre la mise en place de cette nouvelle « matière » ?

Des problèmes directement liés au financement des transports des élèves. En effet, sont envisagées des modalités variées de contact avec le monde de l’entreprise et du travail : « visites d’information in situ, rencontres avec des professionnels, carrefours métiers » et on se demande à nouveau sur quels moyens ! Qui financera les transports des élèves ? Qui prendra les contacts avec le monde de l’entreprise ? N’y aura-t-il pas un entrisme de certaines entreprises dans l’école ?

Un problème de formation des enseignants pour assurer l’organisation de ce parcours des métiers.

Un problème de coordination des activités autour de ce parcours des métiers vu que le temps de l’accompagnement éducatif peut également compléter ce dispositif.

Une dénaturation de l’heure de vie de classe car « à tous les niveaux d’enseignement, les heures de vie de classe peuvent être utilisées pour la mise en œuvre des activités encadrées liées à ce parcours. Inscrites à l’emploi du temps des élèves, coordonnées par le professeur principal, elles peuvent éventuellement être annualisées pour plus d’efficacité » ; celles-ci ne sont pourtant pas proposées dans tous les établissements alors qu’elles devraient servir entre autre, à résoudre certains problèmes au sein de l’espace classe, ou être le pivot pour certains projets créés autour de la classe. Si ces heures de vie de classe, là où elles existent ne sont plus utilisées que pour le parcours des métiers, il est à craindre que cela dénature leur existence.

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Un rôle accru du Conseil Pédagogique
Ce parcours de découverte des métiers et des formations est construit par le chef d’établissement et l’équipe éducative en y associant les différents partenaires ; charge, de ce fait, aux établissements de trouver des partenaires et de s’y associer. L’entreprise intègre déjà au niveau du collège le monde de l’Ecole.

Son programme de mise en œuvre s’inscrit dans un cadre de l’autonomie de l’établissement : il s’inscrit dans le projet d’établissement de chaque collège et de chaque lycée selon un plan pluriannuel au collège, de la 5e à la 3e, au lycée de la seconde à la terminale ; il est soumis au conseil d’administration.

C’est l’équipe éducative qui doit élaborer un programme d’activités fixant des objectifs à chaque niveau. La dérive possible est d’autant plus inquiétante que cette circulaire précise même que « la contribution des différentes disciplines peut être coordonnée en tant que de besoin par le conseil pédagogique » ! Ainsi, les interventions des conseillers d’orientation psychologues sont intégrées dans le parcours de découverte des métiers et des formations. Pour chacun des domaines abordés, le conseil pédagogique doit mener une réflexion, évaluer les actions mises en place et formuler des propositions. Il est également demandé aux établissements de veiller à associer les parents des élèves aux différentes étapes.

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Un rôle accru des entreprises au sein de l’école
Le parcours prend appui sur les partenariats établis avec les grandes fédérations professionnelles, les représentants des grandes entreprises ainsi qu’avec les chambres consulaires. La déclinaison régionale de ces accords de partenariat devrait « favoriser les contacts entre les représentants locaux du monde professionnel et les autorités académiques ». Un nouveau corps de chargés de mission école-entreprise sera créé ; ceux-ci devront, en concertation avec les services académiques et les corps d’inspection, animer et coordonner les actions de partenariat entre l’école et les milieux professionnels, travailler en lien avec les services d’orientation et les établissements. Il devra aussi évaluer, mutualiser et valoriser ces actions !

La question des ressources mises à disposition
Le parcours de découverte s’appuie sur l’ensemble des ressources disponibles à l’interne de l’établissement (CDI, Kiosque ONISEP, etc.) comme à l’externe (CIO, SCUIO-IP, missions locales, services publics de l’emploi, points d’accueil des chambres consulaires, etc.). Un portail électronique national, unique et gratuit donnera, à cet effet, des informations sur les métiers, les formations et leurs débouchés en termes d’insertion professionnelle. Une association des anciens élèves de l’établissement (jeunes actifs, étudiants) peut compléter les ressources en contribuant à illustrer la réussite dans tel ou tel métier.

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Les problèmes liés à l’évaluation : lien entre socle commun, livret de compétences et livret personnel
Comment ces compétences pourront-elles être évaluées et par qui ? Ces micro-compétences pourraient à terme être retenues pour l’évaluation du brevet des collèges, qui risque de ne concerner que les compétences et micro compétences issues du seul socle. Chaque élève devrait disposer d’un livret personnel de suivi (webclasseur, etc.), distinct du livret de connaissances et de compétence. Celui-ci comprend l’historique de ses activités, des expériences, des compétences et connaissances acquises tout au long de sa scolarité au regard de son parcours et de son projet, ainsi que des étapes-métiers qui lui ont été proposées. Quel lien avec le livret de compétences ? Par ailleurs, les Espace Numériques de travail pourraient aussi être utilisés pour une centralisation des travaux réalisés, des parcours personnels, voire un suivi très rigoureux des activités engagées par les uns et les autres.

On a l’impression d’assister à la naissance d’un gigantesque chantier, sans architecte qui structurerait les différentes constructions, sans financement… un chantier qui malgré l’implication forcée de la main d’œuvre risque d’être abandonné, alors que les élèves ont besoin de trouver une construction donnant un sens à leurs études et à leurs parcours.

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