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jusqu’au 21 Décembre 2005

PLATONOV précédé du CHANT DU CYGNE au Théâtre National de la Colline

Alain Françon dit qu’à dix huit ans, lorsqu’il a vu « Oncle Vania », il s’est posé la question de savoir pourquoi on éprouvait le besoin de montrer un théâtre où les personnages s’ennuient et ennuient le spectateur.
Depuis, il est revenu sur cette première impression, a découvert la grandeur du théâtre de Tchekhov à tel point qu’il a monté avec bonheur quatre pièces du dramaturge russe, cinq si l’on compte « Le chant du cygne » œuvre courte, rarement jouée dans un théâtre et qui ouvre la soirée jusqu’au 21 décembre au Théâtre de la Colline.

Lorsqu’il écrit « Platonov » en 1878 Tchekhov a dix huit ans. Un manuscrit resté inachevé, retrouvé quarante ans plus tard dans le coffre d’une banque à Moscou et qui, s’il était monté sous sa forme initiale donnerait une représentation de huit heures.
Au centre de l’œuvre, le personnage de Platonov reste une énigme. Ce n’est pas le traitement d’Alain Françon ni l’interprétation magnifique de Eric Elmosnino qui lèveront le mystère et c’est tant mieux. Un personnage paradoxal à la fois brillant, provocateur, fascinant, déroutant, irritant et qui utilise jusqu’à sa médiocrité pour séduire. Car promis au plus bel avenir Platonov s’est retrouvé au bout du compte, simple maître d’école marié à une jeune femme anodine et bigote.

La pièce débute chez Anna Petrovna (Dominique Valadié, une de nos plus grandes actrices). C’est la première journée chaude après un hiver où tout le monde est resté cloîtré chez soi et il y a chez la maîtresse de maison le désir impatient de relancer le jeu auquel ont l’habitude de se livrer, à la belle saison, les représentants de cette petite société provinciale, liés par des mariages, des regrets, des frustrations, des dettes...
Assommés par le premier soleil, il sont distribués dans le décor comme les figures d’un tableau et il faut l’arrivée de Platonov et de sa jeune femme pour que le jeu s’affole, se complique.
Il est ironique, sarcastique, tranchant. Il semble que d’un seul regard, il sache évaluer un auditoire et à partir de là frapper juste, atteindre chacun dans ce qu’il a de plus vulnérable... Un jeu souvent cruel mais qui, lorsqu’il cesse, provoque un vide. Et toute la pièce qui donne sa part à la vingtaine d’autres personnages nous ramène à Platonov dont on ne saura jamais si c’est un imposteur, un humaniste ou comme disait Glagoliev « Le héros d’un roman qui ne serait pas écrit. »
Le décor de Jean Gabel et les lumières de Joël Hourbeigt donnent de la fluidité aux mouvements et aux déplacements.
Ils sont simples, efficaces, parfois somptueux, avec quelques points d’orgue comme ce feu d’artifice à la fois proche et lointain qui donnerait à lui seul, à la mise en scène toute sa profondeur. Francis Dubois

« Platonov » précédé du « Chant du cygne » d’Anton Tchekhov
Mise en scène d’Alain Françon.
THEATRE de LA COLLINE
15 rue Malte Brun Paris 20 ème
Tél : 01 44 62 52 52 www.colline.fr
Tarif réduit sur présentation de la carte Snes après réservation obligatoire (voir détails)

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