Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Vincent Dieutre (France)

"Orlando Ferito" Sortie en salles le 2 décembre 2015.

Après " Mon voyage d’hiver " (une déambulation berlinoise) et " Leçons de ténèbres "(la Rome des années quatre-vingt) Vincent Dieutre avait le projet d’un troisième "film d’Europe".

L’ère berlusconienne et son "château de mensonges" avaient terni pour le cinéaste la complicité qu’il avait toujours eue avec l’Italie.

Lorsqu’au cours d’un séjour en Sicile, il découvre Palerme, dès la vision de la ville à travers les vitres de l’avion, il sait déjà qu’il va renouer avec une Italie perdue.

Il avait, à cette occasion, emporté dans ses bagages le livre de Georges Didi-Huberman "Survivance des lucioles " et la lecture de l’ouvrage allait l’accompagner pendant tout son séjour.

Cette lecture allait l’amener à la vision pessimiste qu’avait Pasolini de l’avenir du monde et de l’avènement d’un nouveau fascisme que personne ne verrait venir.

Le symbole d’un basculement redoutable était la disparition effective des lucioles dont l’absence des lueurs éphémères porteuses d’espoir annonçait l’arrivée de temps obscurs.

Palerme découverte conduit Vincent Dieutre au désir immédiat de transmettre en images-cinéma un enchantement retrouvé aidé par le "pessimisme organisé" de Didi-Huberman qui propose de refaire place à la beauté et à la joie.

Ce projet l’amène à des rencontres : celle du philosophe Pierandrea Ammato, de militants de Lampedusa ou des théâtres occupés ou celle qu’il a avec des êtres qu’il a aimés comme Gigi Malaroda, un amant universitaire qui s’exilait d’Italie pour fuir la catastrophe annoncée.

La grande révélation a été pour Vincent Dieutre, la beauté des marionnettes siciliennes, véritables œuvres d’art qu’on peut admirer dans les musées de Palerme et d’Aci Reale.

Ayant eu l’occasion de voir plusieurs représentation de pupi en Sicile et à Paris, il avait été frappé par les qualités déclamatoires des marionnettistes, les pupari, leur inventivité de bruiteurs et leur art du sous-entendu mordant.

Les pupi dont la figure héroïque est celle d’Orlando, deviennent alors dans le film de Vincent Dieutre, les témoins de la catastrophe et par le mouvement narratif du récit associé à la pensée de Didi-Huberman, de petits êtres lumineux, gueux ou chevaliers qui renvoient aux lucioles qui n’ont peut-être pas complètement disparu…

Cinema : Orlando ferito

Vincent Dieutre est un magicien de l’image et son film constitué de séquences en apparence disparates, fonctionne à la façon d’un puzzle dont les pièces associées avec poésie et intelligence, débouchent sur un "objet cinématographique" fascinant de beauté.

Si Vincent Dieutre n’a pas son pareil pour photographier les villes, il sait ici donner aux visages qu’il filme, aux postures, aux personnages éphémères comme aux personnages récurrents une profondeur magique.

Il filme ici, avec infiniment de sensibilité et de force, les pupi en action, sous des lumières qui leur donnent vie.

On dira du cinéma de Vincent Dieutre, pour faire court, que c’est un cinéma personnel mais chacun de la dizaine de films qu’il a réalisés en vingt ans avec la même rigueur, le même talent, la même sensibilité est unique, une pièce de toute beauté de plus, à ajouter au puzzle d’une œuvre globale pure, profondément sincère et flamboyante.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « A Ciambra »
    A quatorze ans, Pio est un garçon qui n’a pas froid aux yeux et il est déjà très au fait des choses de la vie. Prenant modèle sur ses aînés et pressé de grandir, il se comporte en adulte, fume, boit et... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Kiss and cry »
    A quinze ans, Sarah reprend un entraînement intensif de patinage sur glace au Club de Colmar où sa mère a emménagé pensant que sa fille y atteindrait un niveau tel qu’il lui ouvrirait les portes de... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Les hommes d’argile »
    Sulayman est un jeune homme heureux. Il se contente de peu, vit en parfaite harmonie avec la faune et la flore de sa région. Il aime pétrir l’argile et faire naître de ses mains des objets et des... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Gauguin, voyage de Tahiti »
    En 1891, Gauguin décide de quitter sa famille aimée, ses compagnons peintres et de partir pour Tahiti où il imagine, selon une image idéalisée des îles, qu’une vie facile lui permettra de se consacrer... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Home »
    A sa sortie de prison, Kevin dix-sept ans, est recueilli par sa tante et son oncle. Ce placement en famille et un stage en plomberie devraient permettre un nouveau départ à cet adolescent bien... Lire la suite (Septembre 2017)