Actualité théâtrale

Jusqu’au 30 janvier 2016 au Lucernaire

« On s’en fout qu’ça soit beau »

Deux commissaires d’exposition ou galeristes visitent à leur manière, enthousiaste et burlesque, l’art contemporain, ce qui les conduit parfois à quelques retours en arrière dans le temps. On va donc rencontrer des artistes que l’on s’amusera à reconnaître, Warhol, Klein, Pollock, Soulages, César ou Lichtenstein, mais aussi d’autres tout à fait imaginaires, tout comme les courants cataclystique et Yoplaboumiste ! Les deux personnages parlent de l’art contemporain, en montrent, s’enthousiasment, épousent l’air du temps, s’interrogent ou répondent aux critiques. Des questions surgissent sur le beau, la valeur des œuvres, la légitimité de ces productions. Les sentiments qu’elles suscitent, émotion ou rejet véhément, regret de l’ancien et exaspération face à ces créations s’affichent clairement.

Théâtre : On s'en fout qu'ça soit beau

La mise en scène astucieuse donne à voir. La construction délirante de chaises accumulées, que le public va être appelé à déconstruire, comme « un artefact fonctionnel transcendé par la volonté de l’artiste » (!) laisse place à une sorte de grande boîte où sont posés des objets renvoyant aux natures mortes de Cézanne et où vont se faire les œuvres, les boîtes de soupe de Warhol ou l’étalage de peinture noire à la Soulages, par exemple. Sandrine Baumajs et Rafaël Batonnet sont les deux commissaires d’exposition, avec le ton snob des vernissages, les phrases laissées en suspens pour en révéler une pseudo-profondeur, le langage ésotérique et d’autant plus creux qu’il est abscons. Ils sont très bons dans ce numéro. Jean-François Maurier, qui les a mis en scène, s’est attribué le rôle de l’assistant qui installe, mais qui n’en pense pas moins et glisse quelques lieux communs du bon sens populaire. C’est bien observé et l’on rit beaucoup à les écouter et à les voir « créer les œuvres ». La limite de l’exercice est que la distance amusée qui est la tonalité de la pièce débouche sur un point de vue plutôt conservateur sur l’art contemporain présenté un peu comme une imposture. Il n’empêche que si cela manque un peu de finesse, des souvenirs de visites de galeries ou de vernissages affluent, on rit beaucoup et le public participe avec joie.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « We love arabs »
    Hillel Kogan est un artiste engagé. Il est à la fois danseur, chorégraphe, interprète, acteur, concepteur et dramaturge mais cette accumulation de titres qui lui ont valu de nombreuses récompenses... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « La nostalgie des blattes »
    Sur un plateau nu, une estrade, et sur cette estrade, assises sur deux simples chaises, deux femmes plus très jeunes. La plus ancienne dans son poste voit arriver la remplaçante avec une belle dose... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Trahisons » de Harold Pinter
    Jerry et Emma se retrouvent devant un verre deux ans après leur rupture. Leur embarras n’a d’égal que l’émotion de se revoir. Pendant des années, alors qu’une amitié sincère et de très longue date liait... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Les deux frères et les lions »
    Une ambiance très british avec chansons traditionnelles, thé et scones, nous accueille pour ce conte inspiré d’une histoire vraie, dont les héros sont encore vivants. Deux jumeaux habillés de la même... Lire la suite (Septembre 2017)
  • « Novecento »
    Novecento est un conte qui nous entraîne sur un paquebot transatlantique, à la rencontre de Novecento, né et abandonné sur le piano de la salle de bal du bateau, devenu un musicien de génie et qui... Lire la suite (Septembre 2017)