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Nov 2008 Info Rapide n°2 :Réforme de l’orientation : Refusons la vente à la découpe !

Sous couvert de mettre fin à l’éparpillement dans la prise en charge des différents publics concernés par la recherche d’une orientation scolaire et professionnelle, on assiste à une multiplication d’avis et d’initiatives émanant d’organismes traitant habituellement de l’économie et de l’emploi. Chacun y va de ses recommandations, y compris dans le domaine de la formation initiale, puisque sous prétexte d’orientation tout au long de la vie, tout le monde est compétent sur tout.

Le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) a ainsi constitué à la demande des Ministres du travail et de l’économie, un groupe de travail sur l’orientation tout au long de la vie. Cette instance, regroupant des DRH, des économistes, des représentants des collectivités territoriales et de l’emploi et certains représentants des partenaires sociaux vient de lancer « une consultation nationale sur l’orientation scolaire et professionnelle » (communiqué de presse du 29 Octobre). Il s’agit de savoir si les élèves et les parents estiment « bénéficier de conseils pertinents », « être aidés à bien identifier leurs désirs, leurs talents et leurs compétences », « pouvoir choisir une orientation en toute connaissance de cause pour trouver un emploi durable (!) correspondant à leur aspirations et leur capacités ». Initiative étonnante au moment où paraissent trois études du Cereq appuyées sur des enquêtes de terrain, portant justement sur « la parole des élèves », l’étude des parcours et l’intervention des acteurs locaux. Le COE ferait-il le choix du micro-trottoir plutôt que celui de la recherche ? Mais peut-être les réponses apportées par ces enquêtes ne correspondent-elles pas à celles que le ministère voudrait promouvoir ? Seraient-elles encore trop favorables aux Co-Psy et aux CIO ?

Le Conseil économique, social et environnemental quant à lui vient de rendre public un avis à la suite d’un rapport traitant de l’efficacité des politiques d’insertion.

Celui-ci préconise la création d’un service public d’Accueil, d’Information et d’Orientation, placé auprès du MEN et étroitement coordonné avec le service de l’emploi issu de la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC. La déclinaison en serait régionale. Des Co-Psy il n’est pas question, mais on découvre (p. 34) l’existence de « conseillers en insertion et orientation » qui interviendraient dans la diffusion des informations auprès des parents et des enseignants. Serait-ce le nouveau personnel de ce SPAIO ? Le CESE préconise, en outre, de mieux orienter les élèves en fonction de leurs aptitudes, « vers des métiers au plus près de leurs potentiels », de faire effectuer par les professeurs dès la 5ème « un repérage des élèves » et de valider leurs choix d’orientation dans un passeport orientation/formation. Il insiste sur l’importance des efforts à entreprendre pour « susciter l’intérêt des élèves pour les métiers en tension » et propose d’instaurer une sélection à l’entrée dans le supérieur pour plus de justice sociale !
Voilà une vision bien linéaire, bien simpliste, voire manipulatoire de l’élaboration des projets d’avenir ! Dans les deux cas, seuls l’emploi et les débouchés devraient être les moteurs de l’orientation des élèves et des étudiants et constitueraient les indicateurs de l’évaluation des actions dans ce domaine.

Dans le même temps, dans le champ de l’Education nationale c’est en filigrane qu’il faut chercher le sens de la réforme des services d’orientation, car le MEN n’organise officiellement aucune discussion sur ce sujet !

Dans son point d’étape le 21 Octobre, le Ministre a indiqué l’instauration d’un bilan personnalisé entre les deux semestres afin d’aider les élèves à mieux construire leurs parcours. De Co-Psy là non plus, il n’a pas été question ! Mais cela ne surprendra pas ceux qui ont lu attentivement le discours de X Darcos, lors de la conférence européenne à Lyon. Ce sont les enseignants qui selon lui connaissent le mieux les élèves et sont donc les mieux placés pour les conseiller !

L’orientation, en formation initiale, est donc aux prises avec des logiques étrangères à ses finalités éducatives et développementales qui se conjuguent pour mettre en pièces l’originalité de la conception française !

•Aux enseignants l’information et le conseil d’orientation moyennant une petite augmentation de l’ISOE.

•Aux entreprises le soin de faire connaître les métiers, particulièrement ceux qui recrutent (s’il en reste !)

•Aux Co-Psy et/ou à d’autres personnels, (nouveaux conseillers non psychologues ? organismes privés ? associations ?) la charge d’effectuer le suivi de tous ceux qui ont des difficultés d’insertion, jeunes ou adultes, dans le cadre de plateformes pour l’insertion et l’orientation où il faudrait être bien naïfs pour voir un avenir pour les CIO !

Ces préconisations sont aux antipodes de ce que défend le SNES. D’abord parce que c’est une conception rétrograde qui va se traduire par une augmentation du tri social dans l’Ecole et par un assujettissement des finalités de la formation aux contraintes fort contestables d’un marché du travail libéral et non régulé ! D’autre part, parce que ces réformes signifieraient la disparition d’une histoire et d’une professionnalité, celles des conseillers d’orientation-psychologues et des CIO qui contrairement à ce que disent tous ces experts contribuent bien chaque jour sur le terrain à la réussite du plus grand nombre ! C’est ce que nous avons défendu lors de l’audience avec le Délégué interministériel pour l’orientation le 1er Octobre (voir compte rendu joint)

Il faut éclairer les enseignants et les parents sur tous ces enjeux et les inviter à s’exprimer.
Le Snes a écrit au Ministre pour exiger l’ouverture de discussions au sein de l’Education Nationale.
Exprimez vous sur le site du COE www.coe.gouv.fr
Continuez à faire signer l’appel aux élus et aux parents.
Signez et faites signer la pétition pour l’ouverture de discussions sur l’avenir des services avec les organisations représentatives.

Tous ensemble le 20 novembre dans l’action pour protester contre la politique éducative du MEN, les suppressions de postes et les projets de réforme de l’orientation sur lesquels les personnels ne sont pas consultés.

Participons activement aux Assemblées Générales ce jour-là !
Soyons visibles dans les manifestations !

Compte rendu de la rencontre avec
le Délégué interministériel pour l’orientation (1/10/08)

Participaient à l’audience ; F Rolet co-secrétaire générale du Snes, S Boniface,C Remermier

1 Présentation du contexte

Replacer toute discussion sur le service public d’orientation dans le cadre européen de l’orientation tout au long de la vie, n’a de sens que si l’on prend bien en compte la formation initiale et ses spécificités.

La responsabilité de l’Education Nationale est importante dans l’élévation du niveau de formation et de qualification car les objectifs à atteindre sont de 80% d’une classe d’âge au niveau bac et 50% diplômés de l’enseignement supérieur.

Comment s’appuyer sur l’orientation pour atteindre ces objectifs ?

2 Objectifs fixés par le ministre

Nous avons rappelé les axes fixés par le Ministre lors de la conférence européenne, pour le service public de l’orientation :

•Limiter les sorties sans qualification et lutter contre les déterminismes sociaux

•Limiter les échecs dans le supérieur et les orientations par défaut

•Mieux connecter la formation à l’emploi

•Mieux gérer les transitions entre cycles entre niveaux d’enseignement, entre formation et emploi

3. Quelle contribution du service public d’orientation de l’Education nationale pour atteindre ces objectifs ? Quelle spécificité de l’orientation scolaire ?

3.1. Attention aux fausses pistesNous avons alerté sur les risques suivants

- Le risque de ne pas prendre en compte la spécificité du développement psychologique à l’adolescence et ses liens avec le projet d’orientation

Il est nécessaire de prendre en compte la spécificité des problématiques d’orientation selon les âges. L’orientation n’a pas la même signification pour un élève de collège, un élève de seconde pro, ou de terminale et pour un salarié à la recherche d’une reconversion ou d’une promotion. Dans les discours sur l’orientation on a tendance à généraliser en ne tenant pas compte du développement psychologique, de la construction des intérêts, de la crise de l’adolescence et de l’instabilité inhérente à cette période de la vie, de la plus ou moins grande difficulté à se projeter dans l’avenir.

- Le risque d’assimiler orientation et information : L’orientation n’est pas soluble dans l’information

L’information est importante mais elle ne peut suffire. Il faut que les élèves se posent des questions, soient à même d’entendre les réponses, puissent accepter de questionner leurs représentations préalables. L’orientation n’est pas une conduite purement cognitive. Elle met en jeu des aspects affectifs, sociaux qui nécessitent d’être travaillés en amont pour que l’information soit entendue.

- Le risque d’oublier le contexte institutionnel dans lequel se déroule l’orientation scolaire

L’information sur l’orientation doit tenir compte des ressources de l’offre de formation et des procédures.

- Le risque de mettre sur le même plan toutes les structures s’occupant de l’AIO.

L’enquête réalisée par le cabinet OPUS 3 dans la région île de France est instructive puisqu’elle montre qu’en fait les doublons n’existent que pour les structures s’occupant de salariés. Les CIO et les SCUIO sont clairement positionnés comme s’occupant du public scolaire.

3.2. Les propositions du SNES

Les CIO et les Copsy répondent déjà en grande partie aux objectifs définis au service d’orientation .

Le centre de l’action des CIO est bien

•la prévention des sorties sans qualification,

•le suivi des élèves y compris à leur sortie de la formation initiale s’ils n’y ont pas acquis de diplôme,

•l’aide à l’élaboration pour chacun de parcours de réussite débouchant sur des diplômes nationaux reconnus,

• la facilitation des transitions entre cycles,

•l’apport d’une expertise aux équipes et aux chefs d’établissement pour adapter l’action éducative à certains élèves (dispositifs spécifiques , modalités d’aide particulière ..) et pour fournir des informations sur ce qui se joue après l’Ecole en fonction des secteurs professionnels et des régions,

•la mise en œuvre de projets favorisant les démarches éducatives pour l’orientation au sein de l’établissement.

•Les objectifs fixés pour les Cio sont déclinés sur le terrain par l’action des co-psy qui sont les vecteurs de la politique du CIO.

L’activité des co-psy

Les conseillers d’orientation –psychologues sont des psychologues d’un genre particulier puisqu’ils ont une formation pluridisciplinaire qui s’ajoute à leur formation de psychologue. Ceci leur permet d’avoir accès à une palette de ressources variées et cohérentes qui leur permet de comprendre et d’agir. Les attaques répétées contre le titre de psychologue ressemblent plus à une guerre de religion qu’à un argumentaire sérieux. On ne voit toujours pas après 9 rapports en quoi la suppression du titre représenterait une amélioration des conseils, de l’aide et du suivi apportés aux élèves !

Il est toujours possible de faire évoluer la formation mais rien ne justifie selon nous la suppression du titre et de la qualification de psychologue.
Par contre, il serait souhaitable de préciser l’articulation des missions du PP et de celles des copsy..

4 Réponses du Délégué Interministériel à l’Orientation (DIO)

4.1. Accords

Le DIO se déclare en accord avec trois points développés lors de nos remarques préalables.

•L’approche de l’élève ne doit pas être la même selon, l’âge, le contexte, le parcours. Il faut apporter des choses différentes à des élèves qui ont des capacités différentes. C’est l’idée de l’EAO ( nous faisons remarquer qu’il serait contre productif de mettre en place des « cours d’orientation ou de métiers » avec une série d’exercice . Nous citons l’exemple du Québec où le bilan est plutôt mitigé. Selon lui il faut pouvoir évaluer l’efficacité des actions.

•Accord aussi avec les réserves exprimées sur l’information. Le Ministre lui même en est convaincu (sic). Trop d’infos tue l’info. Il faut surtout leur donner des outils pour trier ce qui est pertinent.

•Accord également sur une interaction nécessaire entre le déroulement de l’orientation et les observations de terrain. Ceci pouvant permettre selon le DIO d’inter-agir en fonction du devenir des diplômés

4.2. Points de divergence

B. Saint-Girons fait part de son malaise sur le problème des structures.
Les différents rapports montrent selon lui qu’il y a un vrai déficit d’information exprimé par les élèves. Il faut en améliorer l’accessibilité. Nous avons repris l’exemple de l’enquête du cabinet d’audit pour la région IDF qui montre que les taux de « couverture » du public scolaire sont très importants et que le réseau des CIO est le réseau le plus dense et donc le plus proche des familles.

Le DIO cherche à se conformer à la commande qui vise à mettre en place une organisation affichant une coordination des structures. Il propose le modèle de la cité des métiers en nous indiquant qu’il n’est pas favorable à un guichet unique.

Nous sommes revenus sur les bizarrerie de la cité des métiers dont la charte interdit de s’identifier en tant que professionnel (Co-Psy) ; nous avons souligné le rôle assez limité de ce genre de structures qui pourrait à la rigueur remplir le rôle d’un filet de sécurité pour les personnes qui « errent » à la recherche de renseignements ! Mais nous avons montré que ce n’est pas à la cité des métiers que se mettront en place les actions déterminantes pour atteindre les 80 %, ni que se feront les suivis individualisés et approfondis des élèves à besoins éducatifs particuliers. Il est clair que ceci ne peut se faire à moyens constants. Une quelconque participation à un accueil dans ce type de structures nécessiterait des créations de postes. Mais ce ne sont pas les directions suivies par ce gouvernement. Comme le postule, d’emblée, la contribution du Cereq au pilotage de l’orientation tout au long de la vie , la question qui se pose aujourd’hui aux Etats est bien celle d’une meilleure réponse individualisée mais à moyens constants !
Nous avons également été interrogés sur notre position concernant la mise en place d’un professeur référent qui pourrait coordonner les actions sur l’orientation avec les enseignants et le chef d’établissement et nous en faire part. Cette question signifie implicitement que les copsy ne seraient plus dans les établissements sauf ponctuellement. Paradoxal après nous avoir rebattu les oreilles avec la fonction de conseiller technique des chefs d’établissements !

4.3. Quelle évaluation des actions sur l’orientation et sur quels critères ?

La question de l’évaluation est récurrente dans tous les rapports. Certains n’hésitent pas à proposer qu’on prenne en compte l’entrée dans l’emploi pour mesurer l’efficacité des politiques d’orientation ! Le DIO est à la recherche de critères mais nous avons expliqué combien cette question est complexe car les effets de nos interventions ne sont ni mécaniques, ni immédiates. Elles nécessitent en outre de prendre en compte le contexte dans lequel se déroule l’action du copsy : offre de formation, critères pour l’affectation, évaluation pédagogique, type de population, etc.….

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