Comité stratégique des langues vivantes

Note sur le rapport du comité

Le comité stratégique des langues vivantes a rendu son rapport au Ministre.

En voici une note de synthèse.

Le rapport débute par un rappel que l’apprentissage strict de la langue et les acquisitions culturelles ne sont pas dissociés par les rapporteurs, ce qui correspond à la vision du SNES mais par ailleurs il fait un état des lieux tout à fait contestable : des "progrès" ont été réalisés grâce aux outils numériques (ex : balado-diffusion), aux groupes de compétences et aux stages intensifs d’anglais pendant les vacances. Autrement dit, le rapport affiche une profonde méconnaissance de la réalité complexe du terrain, ce qui nous craignions dès le départ. De plus, cette introduction donne des exemples de "bonnes pratiques", comme le financement par les régions ou les entreprises des séjours linguistiques des élèves, ce que nous ne pouvons que contester.

La deuxième partie de l’état des lieux est plus réaliste quand elle pointe quelques difficultés :

- le manque d’appropriation du CECRL par certains enseignants (ce qui est normal puisqu’ ils n’ont pas reçu de formation sérieuse)

- la difficulté à mettre en place les groupes de compétences, souvent groupes de niveaux, pour lesquels le temps de concertation est du bénévolat

- les sections européennes et les classes binationales qui ne sont réservées qu’à quelques élèves

- le manque de choix des langues en primaire et les difficultés de continuer une langue autre que l’anglais au collège

- le manque de motivation et l’inhibition des élèves

- les modalités de l’obtention du niveau A2 au collège, pas toujours atteint en fin de 5ème.

Dans une seconde partie sur la "stratégie", le rapport aborde cinq points.

1. S’ouvrir au monde du XXI siècle : affirmer l’importance des langues

Faisant référence aux traités de Lisbonne (2000) et de Barcelone (2002), le rapport rappelle que l’éducation nationale doit offrir deux langues vivantes et que l’apprentissage doit se faire par l’imprégnation et la pratique. Il précise aussi l’importance de la diversité linguistique mais ajoute que les LV doivent être tournées vers "l’employabilité", afin de répondre aux attentes des chefs d’entreprises, notamment les langues frontalières et des langues comme le chinois, l’arabe, le russe et le portugais car, à terme, c’est ce qui fera la différence sur le marché de l’emploi. Pour cela, il faut développer l’exposition aux langues par les médias numériques et télévisuels et faire une campagne de sensibilisation du grand public.

Commentaire du SNES-FSU :

L’apprentissage des LV en France se heurte au manque d’imprégnation à cause d’horaires réduits et des effectifs importants. Il est clair qu’un gros effort pédagogique doit être fait pour que les parents ne voient pas que par l’anglais. Il est fondamental que la diversification des LV reprenne vie pour des raisons culturelles et d’ouverture vers l’autre.

De plus,les langues vivantes, comme les autres disciplines, n’ont pas vocation à être au service des entreprises mais à former des citoyens éclairés.

2. Tracer un parcours cohérent de la maternelle au supérieur

En Europe, l’enseignement des LV commence de plus en plus tôt (à 3 ans en Espagne), notamment depuis que les recherches scientifiques ont montré les aptitudes linguistiques des enfants avant 7 ans. Ainsi, le rapport recommande un enseignement dès la maternelle, tourné vers "le ludique", avec l’appui de locuteurs natifs.

Le rapport pointe les difficultés à faire face à l’hétérogénéité des niveaux à l’entrée en 6ème, d’où la préconisation de valider conjointement (professeurs des écoles / professeurs de collège) le A1 en fin de CM2 et à l’entrée de 6ème. Le comité propose aussi un enseignement de deux langues, dès la Sixième, pour tous les élèves et, afin de faire face au coût, de globaliser les horaires LV1/LV2.

Au lycée, les préconisations portent sur la généralisation de l’enseignement d’une DNL (afin de conforter "l’emploi de la langue comme outil de communication") et sur les périodes intensives (c’est-à-dire ne pas être dans un "continuum identique année après année" et permettre des "pauses" ou "mises au repos" d’une langue à un moment donné).

Pour l’Université, le rapport propose que les bilangues et les européennes permettent d’entrer en LEA et que les bi-licences (ex droit/anglais) conduisent à l’obtention de la capacité à enseigner en DNL. Le rapport exprime aussi le regret de ne pas voir plus d’enseignements de langues dans les cursus universitaires, alors que "l’employabilité, dans toutes les carrières [...] tient aussi à la maîtrise des langues".

Commentaire du SNES-FSU :

L’objectivité du rapport est ici questionnée. La solution au coût de mesures qui peuvent être intéressantes (même si elles supposeraient un débat et un cadrage national) est la déréglementation des statuts que suppose la globalisation des horaires avec une annualisation des temps de service des personnels, ce qui est inacceptable.

3. Parvenir à la mobilité pour tous

Selon le rapport, "la mobilité est au coeur de la politique linguistique de l’UE". Pour cela, il préconise de développer les échanges numériques (ex : e-Twinning, jumelages des villes...) et réels des élèves et des enseignants, avec un financement des collectivités locales et l’appui des assistants de langues.

Sur la mobilité physique, le comité semble faire preuve de lucidité, en pointant la lourdeur d’organisation de séjours et le manque de reconnaissance du travail qui en découle. Il propose donc de mettre en place un "guichet unique" destiné à mieux promouvoir la mobilité et une aide logistique aux professeurs organisateurs de séjours. Il recommande aussi une "formation croisée" des enseignants (stages à l’étranger) mais celle-ci se heurte aux restrictions budgétaires.

Commentaire du SNES-FSU :

Tous les beaux projets présentés dans ce chapitre se heurtent évidemment à la réalité de la politique menée par le gouvernement : absence de moyens budgétaires et absence de volonté de démocratisation scolaire, offrant à tous les mêmes possibilités d’échanges et de mobilité.

4. Former et valoriser les enseignants

Les rapporteurs semblent plus réalistes dans cette partie qui pointe toutes les carences de la formation des enseignants, pourtant "clé de voûte de l’édifice éducatif" :

- absence de formation au CLES2 pour les professeurs des écoles ;

- enseignants du secondaire "démunis sur le plan pédagogique", par une carence de formation initiale et trop peu de formation continue.

5. Travailler ensemble

Ayant rencontré tous les acteurs de terrain, le comité pointe des difficultés liées à deux point principaux :

- "un manque de visibilité globale de l’ensemble des initiatives" ;

- "l’insuffisance de communication entre les différents acteurs".

Commentaire du SNES-FSU :

Nous ne pouvons que regretter que le comité s’arrête ici aux constats et ne propose pas des pistes concrètes, comme inclure du temps de concertation dans les emplois du temps ou modifier les rapports entre les enseignants et les IPR. En effet, le comité préfère renforcer le pouvoir des commissions académiques des langues vivantes qui n’ont qu’un rôle consultatif à l’heure actuelle et où les représentants syndicaux sont en minorité et préfère insister sur la "mutualisation des moyens" par bassin, les cours à distance par le CNED, bref autant de dispositifs qui ne font que montrer l’absences des moyens. Or, une véritable relance de l’enseignement des langues ne peut pas se résumer à une gestion de la pénurie !

La fin du rapport comporte un résumé des préconisations, ainsi que des documents annexes et la liste des organisations rencontrées.

D’une manière générale, nous pouvons dire que c’est un rapport mi-figue mi-raisin dans la mesure où il porte parfois des ambitions, en terme de démocratisation scolaire, qui, malheureusement se heurtent à des recommandations qui portent en elles des dérives concernant nos statuts et nos missions, sans compter le danger d’ouvrir trop grand la porte aux collectivités locales et aux entreprises, dès lors que l’angle qui est pris est l’employabilité. Au SNES-FSU, nous pensons que si les langues sont évidemment un outil de communication, elles doivent toujours, dans le cadre scolaire, former des citoyens cultivés et critiques ; vision qui semble peu reprise dans le rapport.

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