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Note sur le rapport d’étape de la commission Hetzel

Note sur le rapport d’étape de la commission
Université emploi

Remarques générales :

Le rapport fait état de la forte participation aux débats académiques. On ne peut qu’être très circonspect sur la nature des organisations invitées à s’exprimer. En effet, il faut noter que dans beaucoup d’endroits le SNES n’a pas été sollicité pour intervenir ou bien les positions des organisations représentatives des étudiants et des personnels se sont trouvées noyées dans une myriade d’associations, de nombreux élus, représentants des collectivités régionales, Medef locaux, CCI, Chambres professionnelles..

Le rapport s’appuie sur un certain nombre de présupposés contestables à partir desquels il fonde ses préconisations.

On peut en dégager plusieurs :

1) La question de l’insertion des diplômés n’est pas resitué dans le contexte global de l’accès des jeunes à l’emploi.

Du coup, les difficultés d’insertion, qu’il ne faut évidemment pas minorer sont grossies et l’université apparaît comme responsable du chômage de 20% des jeunes entrés dans l’enseignement supérieur. Ceci justifie tous les discours sur le rapprochement avec les entreprises et sur l’évaluation de la qualité des formations sous l’angle unique du taux d’insertion des sortants.

2) Rien n’est dit sur les conditions d’études et la nécessité de les améliorer ni du point de vue des conditions matérielles d’enseignement, des ressources financières des étudiants, ni des possibilités d’accès au logement pour les étudiants. On aménage aux marges mais on ne change rien au fond.

3) L’échec dans le premier cycle universitaire est systématiquement expliqué par une erreur d’orientation qui elle-même est réduite à l’information. Tour de passe-passe pour justifier l’absence de mesures pédagogiques pour lutter contre l’échec ; seuls sont évoqués des entretiens bilans à la fin du premier semestre pour les élèves en échec afin de leur proposer une réorientation. Les co-psy ne sont jamais cités et manifestement l’accompagnement des jeunes pour leur orientation n’est pas un métier nécessitant une qualification. Tout le monde peut le faire !

4) Le plus grand flou est entretenu concernant le périmètre du service public d’orientation. Les mesures déclinées concernent bien l’enseignement supérieur mais la nomination du délégué interministériel n’est pas assortie d’une limitation de son champ de compétence, pas plus que la recommandation de création d’un guichet unique. La technique du pied dans la porte en somme !
5) Les rapporteurs pointent sans prendre franchement position un certain nombre de questions sensibles qui sont apparues dans les débats.

· La sélection qui se ferait de manière implicite par l’accès à l’information et que certains préfèreraient rendre explicite

· L’orientation qui demanderait à être repensée totalement non seulement dans le supérieur mais en amont, au collège et au lycée.

· La nécessité pour l’institution universitaire de se préoccuper du sort de ses diplômés débouchant sur des interrogations par rapport au statut des enseignants chercheurs

· La question de la rentabilité des moyens investis et de la possibilité d’utiliser des critères de performances des formations liés à l’insertion professionnelle

Remarques concernant les préconisations

A° Lutte contre l’échec

Mesure A1 : Mettre en place un accompagnement individualisé des jeunes sortis sans diplôme de l’université depuis 3 ans.
Il est utile que les universités se préoccupent du devenir des étudiants mais l’organisation d’un entretien du même type que les « entretiens de situation » qui se font dans le secondaire pour tous les élèves sortis sans solution de formation, nécessite des moyens : Quels personnels qualifiés vont pouvoir réaliser ces entretiens ? Les différents organismes cités ont des statuts différents. Les établissements consulaires auront tendance à proposer des formations dans leurs établissements qui sont payants ; les chambres des métiers orienteront vers l’apprentissage... Où est l’intérêt personnel de l’étudiant ?
Il est en outre curieux qu’on mentionne le savoir-faire des missions locales alors que les SUIO ont beaucoup développé d’initiatives dans ce domaine ces dernières années en particulier avec l’appui des co-psy qui y travaillent.

Mesure A2 : Proposer 5000 places en filières STS et en IUT à compter du 15 février 2007 afin de limiter les situations d’échec et permettre les réorientations.
Cette mesure avait été évoquée par le SNES lors de l’audience mais il s’agissait d’une réorientation, sous des formes aménagées, dans les sections de STS de lycée. Bien entendu ceci nécessiterait de prévoir des places supplémentaires et n’a donc pas été retenu. Il est prévu de prévoir des places en apprentissage. Seul problème : l’université ne peut obliger les employeurs à prendre l’étudiant ; l’inscription au CFA tombera donc d’elle-même.

Une nouvelle disposition d’entretien individuel d’évaluation est proposée aux étudiants en échec ou volontaires. Rien n’est dit sur les personnels qualifiés qui pourraient sans charger ( on apprend dans a mesure 6 qu’il s’agirait de recourir à des étudiants moniteurs...( peut être en psycho ?)

Mesure A3 : arrêter pour la fin de l’année 2006 un dispositif réglementaire privilégiant l’accès des départements tertiaires d’IUT aux bacheliers technologiques tertiaires.
Il est à craindre qu’il s’agisse d’un quotas sur les places existantes et non de places en plus.

Mesure A 4 : Mettre en place des parcours spécifiques de soutien pour les bacheliers de l’enseignement professionnel.

On peut s’interroger sur la méthode. Pourquoi procéder par appel d’offres ? Quel sera le cadrage national de tels dispositifs ? S’agit il d’une expérimentation ?

Mesure A 5 : Obligation légale pour les universités d’informer les étudiants des taux de succès dans la formation choisie (taux sur 3 ans)
Cette recommandation ressemble fort aux mentions écrites en tout petit sur les contrats d’assurance « Si vous échouez, vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus ! ». Que fait on si les étudiants paniqués par les taux catastrophiques demandent à s’engager dans une autre section ou à changer d’université sachant que les inscriptions sont aujourd’hui sectorisées, informatisées dans touts les grandes villes et se déroulent en avril ? Ne serait il pas judicieux de prévoir cette information au moment de la première connexion de recensement informatisée des vœux ce qui autorise d’éventuels changements. Mais plus essentiel, que fait on pour améliorer la réussite des étudiants ?

Mesure A 6 : Mettre en place dans chaque université une direction des stages, des emplois et des carrières grâce à des étudiants moniteurs.
Il s’agit de conseiller les étudiants dans leur démarche d’insertion professionnelle progressive. Si la coordination avec les services de l’emploi est nécessaire il ne peut y avoir confusion entre les professionnels (qui souvent ne connaissent que leur champ ) et les personnels qualifiés dans le domaine de l’aide à l’élaboration des projets de formation et d’insertion. En outre la tâche demandée aux étudiants moniteurs est difficile car quelle sera la pertinence de leurs conseils sans aucune formation ni connaissance dans ce domaine ? La question n’est pas assimilable à celle du tutorat.

Mesure A 7 :Création d’une commission de l’enseignement professionnel post bac au sein de chaque Académie
Il s’agit de donner encore plus de compétence aux régions sur les formations du supérieur. Il est à craindre que l’harmonisation des formations ne se traduise par des suppressions et on ne voit pas comment une Académie pourrait réguler indépendamment des autres l’accès des bacheliers dans les différentes formations Ceci peut aboutir à la remise en cause de la valeur du Bac comme premier grade universitaire.

B Propositions pour améliorer l’information et l’orientation :

Le préambule précise de manière explicite ce que nous avons dénoncé depuis plusieurs mois : une réduction de l’orientation aux seules visées de l’insertion professionnelle. S’il peut apparaître légitime d’associer davantage les structures en charge de l’insertion professionnelle et de l’emploi pour des jeunes qui vont sortir de l’appareil éducatif, ceci est tout à fait inapproprié pour les élèves de collège et même de lycée qui sont dans une logique de formation et non d’insertion. En fait il s’agit de commencer par l’université en créant le fameux « guichet unique » que nous n’avons cessé de repousser en 2003 et de le généraliser ensuite ! Rappelons de plus qu’une coordination existe déjà entre les CIO, les Missions locales, les Paio, les ALE et autres dans le cadre du RPIJ. Pourquoi inventer quelque chose de différent encore une fois ?

On ne voit pas comment peut se mettre en place cette mission « à l’échelle d’un territoire (lequel ?) sous l’égide d’une université (laquelle ?) et sous une forme qui sera précisée après une large concertation l’ensemble des parties prenantes ». Il y a actuellement plusieurs universités dans un même département. Est il légitime au moment où la question de la mobilité est dans tous les discours de vouloir restreindre les possibilités de formation des jeunes à un bassin ?
En outre, comme en 2003 on retrouve la même confusion sur la compétence des partenaires. Seul le SUIO devrait avoir la responsabilité de la coordination de l’intervention des différentes structures et les co-psy devraient y être largement associés.

Mesure B1 :Création dans chaque université d’un observatoire des parcours étudiants et de leur insertion professionnelle.
L’exemple qui est donné est celui de Marne la Vallée. Les rapporteurs auraient du avoir l’honnêteté de préciser que l’université emploie deux sociologues à plein temps pour cette étude. Il y aurait donc une discrimination entre les universités riches et les pauvres. Dans le contexte de concurrence entre les universités on peut craindre que les études ne soient pas poussées à fond.
Un observatoire national s’appuyant sur le CEREQ est indispensable.

Mesure B2 : Accompagner vers l’insertion professionnelle les diplômés 2006, par un dispositif d’accompagnement personnalisé.
Là encore toute latitude est laissée aux présidents d’université pour l’organiser sans moyens. La tentation peut être grande de recourir au privé ou à des associations.

Mesure B3 : Rendre les dénominations des diplômes plus compréhensibles
C’est effectivement un progrès mais ce qui importe surtout c’est de créer des passerelles entre voies et rendre les formations moins tubulaires.

Mesure B4 : Nommer un délégué interministériel à l’orientation et à l’insertion professionnelle
Ce délégué placé sous la double tutelle de l’EN et du ministre chargé de l’insertion des jeunes devra mettre en cohérence et en synergie les différents dispositifs existants en matière d’information, d’orientation et d’insertion. La définition de la mission semble dépasser largement le supérieur On voit mal comment un président d’université pourrait être au fait de ce qui se joue au collège en matière d’orientation ! Par contre on voit très bien qu’il s’agit de faire passer « par le haut » le guichet unique.

Mesure B5 : Créer au niveau académique des comités régionaux de l’information, de l’orientation et de l’insertion, mettant en relation les ministères de l’éducation nationale et du travail, les collectivités territoriales, les représentants des associations professionnelles et des associations étudiantes.
Cette mesure apparaît particulièrement dangereuse car il s’agit de créer un niveau de coordination où tout le monde serait représenté sauf les organisations représentatives des enseignants et des co-psy et où on peut parier que le SNES ne serait pas convié.

C) Améliorer la professionnalisation :

La commission part sur l’idée de professionnaliser toutes les filières générales et professionnelles.

Mesure C1 : Rendre obligatoire dans toutes les licences un module de projet professionnel personnalisé pour l’année 2007-208 et faire acquérir des compétences de base dans trois domaines : la maîtrise d’une langue vivante étrangère, l’informatique et les outils bureautique, la recherche d’un emploi.
On aimerait avoir plus de précisions sur le module de projet. S’il s’agit comme c’est déjà le cas dans certaines universités de mettre les étudiants devant des logiciels pour connaître leurs profils ou de leur faire faire des séances d’éducation aux choix organisées par certaines associations que nous avons réussi avec peine à sortir des collèges et des lycées, on en connaît déjà le résultat : Tendance pour les jeunes de milieu modeste à en rabattre sur leurs ambitions. Le module sur le projet doit s’effectuer sous la responsabilité des SUIO et les co-psy doivent y être étroitement associés.

Mesure C2 : Proposer un parcours professionnalisé dès L3
Il peut être intéressant effectivement pour les étudiants de L3 de connaître un peu mieux les métiers qui peuvent s’offrir à eux et les voies pour y accéder. Ceci devrait être fait dès L2 sous la responsabilité des SUIO avec possibilité de stages éventuels.

Mesure C3 Créer un nouveau rôle de professeur associé pour remplir des missions précises liées à la professionnalisation des cursus universitaires.
Il s’agit de permettre à des professionnels issus du monde économique de remplir ce rôle à mi-temps ou à temps complet, en créant un nouveau statut de professeur associé. Leur rôle consisterait à dispenser des informations sur le monde économique, à intervenir dans la professionnalisation des cursus et dans les dispositifs d’accompagnement individualisés.
Il peut paraître intéressant qu’un professionnel ayant une grande expérience dans un secteur professionnel précis puisse apporter des informations aux étudiants sur ce secteur et faciliter l’élaboration des cursus professionnalisants, mais s’il est détaché à temps complet on peut s’interroger sur la pertinence de son rôle. Il sera en effet vite dépassé par les évolutions très rapides dans le milieu professionnel et du coup ne deviendra qu’un professionnel de l’information parmi d’autres.Son intervention dans le cadre des dispositifs d’accompagnement va encore moins de soi. Elle peut se concevoir de manière ponctuelle à la demande en fonction des questions des étudiants mais on ne s’improvise pas conseiller !

Mesure C4 : créer des dispositifs pour les étudiants salariés et les auditeurs en formation continue.
La mesure prévoit pour les étudiants salariés un crédit d’ECTS pour un exercice professionnel de 6 mois. On peut s’interroger sur les liens entre activité salariée et diplôme. Est ce le fait d’être salarié qui permet d’obtenir un crédit ou l’exercice d’une activité professionnelle en rapport avec la formation ? Les modalités sont encore une fois laissées à l’initiative des universités sans cadrage national.

Mesure C5 :Indiquer précisément toutes les compétences correspondant à chaque diplôme.
L’établissement des compétences devrait être faite par le MEN à partir de la maquette nationale du diplôme sinon on risque d’avancer encore un peu plus vers une déclinaison locale et vers des diplômes à géométrie variable

Mesure C6 : Lancer dès septembre 2006 un programme de « traçabilité des étudiants » sous l’égide de la DGES.
Le projet est ambitieux mais où sont les moyens ? Il est fait référence aux SUIO en rappelant que c’est leur mission. Mais elles ne disposent actuellement que de très peu de postes (d’enseignants, d’ITARF , de co-psy et de documentalistes ). Ce suivi nécessite des postes à plein temps.

Mesure C7 : Faciliter l’élaboration d’annuaire d’anciens étudiants de l’université disponibles sur internet ainsi que des banques de CV.
Qui gère ?

Mesure C8 : Valoriser et encadrer les stages :
La volonté de cadrage des stages est plutôt positive mais il peut être dangereux de rendre les stages obligatoires dans les filières généralistes alors que les entreprises se font déjà prier pour prendre les étudiants en filières professionnelles.

Mesure C9 : Fusionner les masters professionnels et les masters recherche/
Cette mesure peut être extrêmement dangereuse. Le problème de lisibilité ne porte pas sur la différence entre master pro et master recherche. C’est un prétexte pour renforcer la sélection à ce niveau. Les master Pro sont déjà contingentés car l’université doit ’avancer des débouchés potentiels pour être habilitée. Il y aura donc le double d’étudiants pour les mêmes débouchés possibles. Donc une sélection accrue.

Mesure C10 : Publier bien en amont le nombre de postes aux concours
Le problème n’est pas l’affichage mais le nombre insuffisant de postes !!

D Développer l’apprentissage et l’alternance :

Dans le préambule la justification de l’alternance reposerait sur le besoin d’une insertion professionnelle progressive. Notons que l’enseignement technologique et professionnel du secondaire permettent actuellement ces contacts progressifs et accompagnés avec le milieu professionnel mais ce n’est pas l’apprentissage.

Mesure D1 : Augmenter de 10000 places le nombre d’apprentis à l’université en ciblant sur L3 et M2 ;
Il s’agirait pour toutes les filières de définir une Co-formation entre l’entreprise et l’université. Ceci risque de conduire à construire les cursus et les diplômes en fonction des besoins des entreprises locales. Rien n’est dit non plus sur les conditions d’accompagnement des apprentis. Aucune contrainte pour les entreprises ;

Mesure D2 : Encourager les universités à se doter de CFA après négociations avec l’ARF et les branches professionnelles.
Les STS en formation initiale risquent d’être les perdants de ce dispositif

Mesure D3 : Inciter les universités à développer des actions dans le cadre de la FTLV
On voit poindre dans les recommandations le mélange des publics formation initiale et formation continue.

Mesure D4 Inciter les entreprises à développer un pacte de confiance avec le jeunesse
Il était une fois......

Mesure D5 : Favoriser les étudiants qui travaillent en excluant leurs revenus du calcul des bourses
Il serait plus judicieux de prévoir des aides sociales pour les étudiants afin de ne plus les contraindre à travailler pour vivre. En fait on aménage pour ne pas lâcher un centime et on laisse perdurer la discrimination sociale sous les beaux discours.

q Mesure D6 Développer des dispositifs qui permettent de combiner études et travail
Idem

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