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Un film de Zabou Breitman (France)

"No et moi" Sortie en salle le 17 novembre

Lou est une élève surdouée. Elle se retrouve, à treize ans, en profond décalage, mêlée aux grands adolescents d’une classe de seconde. Sa maturité d’esprit l’aide cependant à surmonter les difficultés de contacts avec les autres dont les préoccupations sont éloignées des siennes et lui attirent parfois des sympathies comme celle de Lucas, un garçon extraverti qui vaut mieux que ce qu’il laisse paraître.
Lou aime bien les gares. Elle se rend, chaque fois qu’elle le peut, gare d’Austerlitz où elle observe sans se lasser les allées et venues, les retrouvailles, les adieux, les gens pressés, les flâneurs, les séparations déchirantes. C’est là qu’elle croise par hasard Nora, dite No, une SDF de dix neuf ans dont elle décide qu’elle sera le sujet de l’exposé qu’elle doit présenter devant le professeur et la classe.
No se prête au jeu de l’interview même si elle ne répond pas toujours aux questions posées et si Lou doit lire les réponses à travers les digressions nombreuses, les débordements et les effets spectaculaires dont est coutumière la jeune fille.
Les rencontres entre Lou et Nora se répètent, joyeuses et complices, jusqu’au jour où No disparaît. Lou mesure alors à quel point elle s’est attachée à elle. Ses recherches acharnées restent infructueuses et lorsque No réapparaît, Lou décide ses parents, lui homme de gauche, elle dépressive depuis qu’elle a perdu son deuxième enfant, à accueillir No chez eux.

© Diaphana Films

No est admise dans la famille le temps de retrouver un équilibre perdu. Elle se prend au jeu de la vie familiale, de ses contraintes, se plie aux horaires et envisage même de partir à la recherche d’un travail. Mais peut-on rompre vraiment avec son passé ?
Zabou Breitman a adapté le roman éponyme de Delphine de Vigan avec parfois beaucoup de bonheur mais aussi certaines lourdeurs dues à l’interprétation tellement appuyée et grimaçante de Julie-Marie Parmentier, qu’elle finit par réduire et parfois trahir le personnage de No.
Heureusement, Julie-Marie Parmentier a face à elle, des comédiens au jeu beaucoup plus subtil : Nina Rodrigues qui a la charge difficile de rendre crédible une fillette sensible, décalée, égarée au milieu d’un groupe d’adolescents tapageurs et superficiels, fait merveille. Antonin Chalon qui joue Lucas sait retenir son personnage de garçon extraverti aux limites du débordement. Zabou Breitman et Bernard Campan sont très justes, lui en intello de gauche, elle en mère absente et dépressive.
Une partie du film est très réussie, c’est celle qui tourne autour de la classe, de son fonctionnement, du déroulement des cours, des rapports qui existent entre les élèves, des gestes, des attitudes, des comportements, de tous ces tics liés à l’adolescence qui sont ici si justement saisis. L’appartement, le père devant l’écran de l’ordinateur avec en bruit de fond la télévision que la mère regarde à longueur de temps, les repas, les entrées, les sorties, les gestes du quotidien donnent parfois l’impression de pénétrer une intimité. Cela est aussi très réussi.
Mais tout se gâte dès qu’apparaît le personnage de Nora. Là, on ne croit plus à rien. On a dû commettre l’erreur de trop dire à Julie Marie Parmentier qu’elle était une excellente comédienne -c’est vrai qu’elle est remarquable au Théâtre, chez André Engel- et elle a sans doute cru qu’en forçant, en appuyant son personnage, elle allait réussir une composition qui la mettrait sur les rangs pour quelque récompense prestigieuse.
Il aurait fallu de la retenue là où il y a du débordement, il aurait fallu de l’expressivité là où il y a des grimaces, des attitudes là où il a gesticulation.
Dommage car tous les autres et Zabou Breitman sous ses deux casquettes, ont tellement de qualités, font preuve, dans leur jeu, de tant de nuance.

Ceci dit, certains aimeront la composition de Julie-Marie Parmentier et auront vu un film réussi sur toute la ligne.
Francis Dubois

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