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Micha Lescot, comédien au Théâtre du Rond-Point

Complémentairement à ce que nous avons publié en page 41 de l’Us-Magazine n° 645 de décembre 2006, chacun pourra lire ici l’intégralité de l’entretien avec Micha Lescot, jeune comédien à l’affiche cette saison de deux pièces au programme du Théâtre du Rond-Point, Jusqu’à ce que la mort nous sépare de Rémi De Vos, dans une mise en scène d’Eric Vigner, et Le mental de l’équipe d’Emmanuel Bourdieu et Frédéric Bélier-Garcia, mise en scène de Denis Podalydès. Formé au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, Micha Lescot a obtenu le Molière du meilleur espoir 2005 pour Musée Haut, Musée bas de Jean-Michel Ribes.
Depuis plusieurs années, son nom est associé à des spectacles qui ont fait date dans la programmation théâtrale, notamment au Rond-Point.

Us : Comment est né le projet de Jusqu’à ce que la mort nous sépare  ?
Micha Lescot : J’avais travaillé sur Où boivent les vaches de Roland Dubillard avec Eric Vigner et, tous les deux, on était à la recherche d’une pièce pour retravailler ensemble. Eric avait en tête Pleine lune une pièce de Rémi de Vos. Je l’ai lue. Mais dans le même recueil, il y avait Jusqu’à ce que la mort nous sépare et dès la première lecture, ça a été un vrai coup de cœur J’ai tout de suite eu envie de jouer cette pièce et le projet s’est monté très vite. C’est une pièce en apparence très simple, une pièce familiale avec trois personnages, une mère, un fils qui revient après une longue absence et la jeune femme qui a été son amour de jeunesse. Ils sont réunis autour de l’urne de la grand’mère que l’on vient d’incinérer.
Le début de la pièce n’est pas drôle, plutôt réaliste et quand survient le quiproquo on est presque dans une forme de "boulevard". Et c’est ce quiproquo qui lance la pièce sur sa vraie piste, une réflexion sur la vieillesse, sur la mort, sur la difficulté de communiquer, la difficulté de s’engager. L’association de Rémi De Vos et d’Eric Vigner est une chose précieuse. Peut-être parce qu’ils se connaissent bien. Ils sont parfaitement complémentaires et la mise en scène décalée d’Eric donne tout son relief, toute sa dimension au texte de Rémi. Au bout du compte ça donne une comédie grinçante, dérangeante et qui, l’air de ne pas y toucher, est d’une grande violence retenue. C’est une pièce intimiste mais la mise en scène d’Eric fait qu’on peut la jouer dans des grandes salles, devant huit cents spectateurs.

Us : Quel est votre personnage ?
Micha Lescot : C’est un jeune homme d’aujourd’hui très ancré dans le milieu parisien. Il a un poste important dans une agence. C’est un personnage d’aujourd’hui qui a du mal à s’engager, du mal à se placer dès qu’il est hors de son élément, du mal à se décider au mariage, du mal avec sa mère. Mais il ne s’agissait pas de le jouer de façon réaliste. Il fallait à la fois décaler le personnage tout en le gardant tel quel, quitter la dimension intimiste mais en préserver le contour.

Us : Et cette autre pièce que vous allez jouer au Rond-Point en mars-avril ?
Micha Lescot : C’est un texte d’Emmanuel Bourdieu et de Frédéric Bélier-Garcia que va mettre en scène Denis Podalydès. Cette pièce, on en avait fait tous ensemble une maquette il y a huit ans aux Rencontres de la Cartoucherie à la Tempête. Ca durait quarante minutes et on avait pris beaucoup de plaisir à le faire. C’était pendant la Coupe du Monde et ça parlait de football. Depuis Emmanuel Bourdieu et Frédéric Bélier-Garcia en ont fait une version longue. Il s’agit d’un événement de match, le coup franc. C’est le coup franc qui s’étire dans le temps avec des sortes d’arrêts sur image. Le temps s’arrête au moment de l’action et on voit ce que les personnages pensent. Ca touche à tous les acteurs d’un match, du sophrologue à l’entraîneur, des défenseurs au goal.
Contrairement à celle de Rémi De Vos, c’est une pièce chorale. On doit être une quinzaine sur scène. Autant le travail sur Jusqu’à ce que la mort nous sépare nécessitait une concentration intense, autant je vois le travail sur Le mental de l’équipe comme une récréation, quelque chose de beaucoup plus léger au niveau de l’interprétation.

Us : Comment choisissez-vous les pièces ?
Micha Lescot : Je n’ai pas du tout de plan de carrière. Les pièces que je joue, ce sont des rencontres ou des coups de cœur. Le hasard fait que ces dernières années, j’ai souvent joué sur la scène du Rond-Point. Le hasard et aussi parce que ce théâtre ne monte que des auteurs contemporains. Or, depuis un certain temps, je joue surtout des textes d’auteurs vivants. Mais comme je travaille avec des metteurs en scène différents, ça ne m’enferme pas. C’est une chance de jouer sous la direction de Roger Planchon, d’Eric Vigner, de Jean-Miche Ribes.
Ce qui ne veut pas dire que j’ai renoncé à jouer les textes classiques. Je viens de jouer non pas pour le théâtre mais pour la télévision L’avare avec Michel Serrault sous la direction de Christian de Chalonges. Je fais Valère. C’était un grand plaisir pour moi de jouer Molière et un autre plaisir de donner la réplique à l’immense comédien qu’est Michel Serrault.
Us : Qu’est-ce qui change quand on a obtenu un Molière ?
Micha Lescot : Tout de suite après, on m’a proposé beaucoup de choses mais la plupart des propositions ne présentaient pas grand intérêt. Un an et demi après, je me rends compte que ça a marqué les gens et qu’on s’en souvient encore. C’est très agréable de se sentir reconnu par les gens du métier. Mais les pièces que je joue aujourd’hui, si je n’avais pas eu le Molière, je pense que je les ferais quand même.
Tout de suite après, au lieu d’aller où on m’attendait, j’ai travaillé avec Mathilde Monnier dans la Cour d’honneur à Avignon. Ca n’était pas dans l’ordre des choses, à ce moment là, de jouer dans un spectacle de danse contemporaine...

Us  : d’après vous, comment se porte le théâtre aujourd’hui ?
Micha Lescot : J’ai l’impression qu’on arrive à une période de transition. Je ne suis pas certain qu’on soit dans une période foisonnante de création mais en même temps il y a des lieux où il se passe beaucoup de choses, de jeunes auteurs dont on joue toutes les pièces. Je ne crois pas que le théâtre soit en difficulté ou menacé. Le public est chaque fois au rendez-vous. J’ai l’impression que beaucoup de gens ont besoin du théâtre, qu’ils lui sont très attachés.

Us : Le meilleur souvenir de votre jeune carrière.
Micha Lescot : Il y en deux. Victor ou les enfants au pouvoir qui m’a beaucoup marqué et qui a marqué les gens par rapport à moi. J’avais proposé à Philippe Adrien de jouer une scène de la pièce de Vitrac. Il m’a dit, on monte la pièce. Plus tard j’ai su qu’il attendait de trouver son interprète depuis des années...
Et puis il y a eu la pièce de Dubillard, Où boivent les vaches, qui a changé beaucoup de choses. Pour moi, il y a eu un avant et un après. Je me suis tout de suite dit que c’était vers cette façon de travailler que j’avais envie d’aller.
Propos recueillis par Francis Dubois

Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin Roosevelt 75 008 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21 ou 08 92 70 16 03 www.theatredurondpoint.fr
> Jusqu’à ce que la mort nous sépare
jusqu’au 18 février 2007.
> Le mental de l’équipe du 7 mars au 14 avril 2007

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