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Un film de Christophe Honoré (France)

"Métamorphoses" Sortie en salles le 3 septembre 2014.

En 2012, Christophe Honoré présentait au Festival d’Avignon " Nouveau Roman" un spectacle mis en scène autour de textes et de situations liés à des écrivains réunis dans le même mouvement et qui ont tenté dans les années 60 d’échapper à la fatalité des "personnages" et des récits narratifs jusque- là incontournables dans la démarche romanesque.

Christophe Honoré qui a travaillé au cinéma (dans des tonalités très personnelles) avec des acteurs connus sur des sujets imposant une certaine linéarité, opère avec " Métamorphoses" au cinéma de la même façon qu’il a opéré au théâtre avec " Nouveau Roman".

A l’origine de ce film, une citation d’Ovide placée en exergue du dernier roman de Russell Banks : "Je me pr opose de dire les métamorphoses des formes en un corps nouveau" .

Prenant cette phrase comme un programme, il a relu " Les métamorphoses" et à la lumière de cette lecture, la phrase d’Ovide lui est apparue comme la définition d’un cinéma possible et une incitation à tenter l’expérience avec la réalisation d’un film qui viendrait en totale rupture avec ses œuvres précédentes.

S’il n’y a pas d’actualité culturelle d’Ovide, les mythes sont connus de tous, du moins dans les grandes lignes : Narcisse, Pan, Orphée, Jupiter ou Europe évoquent pour chacun de nous au moins des réminiscences scolaires, au mieux les matrices originelles de centaines de fables.

Dans son film, Christophe Honoré s’est concentré sur la confrontation des dieux et des mortels selon trois temps : Jupiter en séducteur, en pygmalion et en initiateur ; Bacchus confronté à l’impiété des hommes et enfin Orphée suivi dans son prosélytisme, son enseignement et son prophétisme.

Pour lier ces trois moments de son récit, il a opté pour le point de vue d’une seule personne qui unirait l’ensemble selon un fil rouge : Europe, une très jeune femme initiée par ces trois personnages. Elle les observe, les suit et raconte son expérience, ses rencontres avec les dieux, avec les mythes. L’occasion de rendre à ce personnage son innocence originelle.

" Métamorphoses" de Christophe Honoré n’est pas plus un objet culturel qu’il n’est un livre d’images anciennes. Ce n’est pas une reconstitution savante et c’est peut-être pour contourner ce risque qu’il a tourné, pour l’essentiel de la distribution, avec des non-professionnels.

Il n’imaginait pas (peut-être parce qu’il l’imaginait trop bien) Louis Garrel dans le rôle de Jupiter et pour interpréter Europe il a choisi une jeune femme d’origine maghrébine, une jeune française d’aujourd’hui, qui a donc, par ses origines méditerranéennes, une sorte de légitimité pour le rôle., qui échappe à la représentation attendue, partagée entre Orient et Occident.

Le plus difficile pour le spectateur sera de regarder " Métamorphoses" comme une suite de récits très simples, de se laisser porter par les personnages, les paysages, le jeu " naturel" de tous les comédiens, bien loin de la performance d’acteur et à qui Christophe Honoré a demandé de rester au plus près d’eux-mêmes.

Francis Dubois

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