US 734 du 14 septembre 2013

Marseille : Mort pour l’amour de son métier

Le suicide de Pierre Jacque est symptomatique de la pression sans cesse accrue
qui pèse sur notre métier. Solidaire, le SNES a interpellé le ministre de l’Éducation.

Pierre Jacque, professeur
d’électronique au lycée
Artaud de Marseille, s’est donné la
mort la veille de la prérentrée. La
lettre(1) qu’il a adressée à ses collègues
est sans équivoque. C’est
bien l’évolution du système éducatif,
la réforme du lycée et des
séries technologiques industrielles
en particulier, le management
inspiré du privé, broyant la
personne et empêchant l’expression
du collectif, qui sont à l’origine de son acte.
Son geste irrémédiable suscite l’émoi dans nos
professions et interpelle violemment l’institution
scolaire qui ne peut pas, ne doit pas, rester
sourde.

En accord avec la famille, le SNES académique
d’Aix-Marseille a tout mis en oeuvre pour donner
un large écho aux motifs qui ont conduit à ce
drame. Il a ouvert sur son site (www.aix.snes.edu)
un espace pour réunir messages de sympathie
et témoignages qui seront transmis à la famille,
à laquelle le SNES-FSU présente toutes ses
condoléances. Il l’assure de son soutien.

DES SIGNAUX D’ALERTE NON PRIS EN COMPTE

Lors du CHSCTA extraordinaire réuni suite à ce
drame à la demande du SNES-FSU, nos représentants
ont démontré que la violence symbolique
de l’institution, le défaut d’écoute de la
parole des personnels, les carences de l’accompagnement
et de la formation, la pression aux
résultats et à la mise en oeuvre coûte que coûte
d’une réforme brutale, entravent le travail au point de générer de la souffrance,
une souffrance parfois extrême.
L’Institution n’a que trop tardé à
faire un bilan sincère de la
réforme des séries STI2D portée
par une grande partie des corps
d’inspection en exerçant de fortes
pressions sur les personnels. Le
SNES-FSU s’est adressé au
ministre Vincent Peillon en
demandant que des mesures
immédiates soient prises.

Les raisons invoquées par le collègue pour
expliquer son geste font largement écho à ce
qu’expriment majoritairement les enseignants
et aux analyses syndicales du SNES-FSU sur
les difficultés d’ex
ercice et la perte d’identité
professionnelle.
Ce drame fait suite à d’autres gestes de désespérance
qui sont autant de traductions extrêmes
de l’existence croissante de situations de souffrance
professionnelle en collège comme en
lycée. Malgré tous les signaux d’alerte qui lui
ont été envoyés, l’administration n’en a pas pris
réellement la mesure. L’ensemble des personnels
attend une véritable rupture sur les conditions
d’emploi, les méthodes de gestion et les
formes de pression auxquelles ils sont soumis de
la part de leur hiérarchie. Le SNES-FSU portera
aussi ces problématiques dans les discussions
qui devraient s’ouvrir prochainement sur l’évolution
de nos métiers et de nos carrières.

Roland Hubert

(1) La lettre est téléchargeable sur le site du SNES :
https://www.snes.edu/-Rentree-2013,5425-.html

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