Articles US 2011-2012

Manuels : loi ou ordre moral ? (US 712 du 24 septembre 2011)

Après les députés, 113 sénateurs dénoncent l’entrée de la « théorie du genre » dans les manuels de SVT de Première générale.

Ils demandent au ministre Chatel « d’instituer un label “Éducation nationale” pour les manuels respectant strictement les directives du programme données par le ministère » et « de faire participer des parlementaires à la validation des manuels au sein de la direction générale de l’enseignement scolaire ».

On pourrait se féliciter que les élus s’intéressent aux contenus d’enseignement qui déclinent ce que la Nation considère comme le patrimoine culturel commun. Mais la confusion entre législatif, exécutif et judiciaire est préoccupante.

Censure ?

La représentation nationale n’a pas à juger de l’élaboration des manuels scolaires. Vérifier la conformité d’un manuel, d’une part, avec l’esprit des programmes est l’affaire de l’Éducation nationale et, d’autre part, avec la loi est celle du juge. La notion de label ministériel ou parlementaire relève plus de la censure ou d’une démarche d’ordre moral que de la démocratie.

Les manuels sont affaire de spécialistes, tant dans leur élaboration que dans leur usage. Le ministère est responsable de l’élaboration et de la validation des programmes en conformité avec les orientations définies par les lois (donc par la représentation nationale), les éditeurs les déclinent en manuels, que les enseignants choisissent collectivement avant d’en faire usage avec leurs élèves. Un manuel hors sujet a peu de chance d’être un succès commercial, un manuel présentant des choix éditoriaux contestables peut tomber sous le coup de la loi. Jusqu’à présent, si certains manuels d’histoire-géographie, de sciences économiques et sociales ou bien de SVT ont subi les critiques de divers groupes d’intérêts, ils n’ont jamais fait l’objet de poursuites judiciaires : le problème soulevé par les parlementaires n’est pas d’actualité.

Pour le SNES-FSU, la priorité est à une élaboration plus démocratique des programmes, prenant en compte l’expertise des professionnels de terrain que sont les enseignants, et à un véritable accompagnement de leur mise en œuvre en terme de documents et de formation des enseignants, permettant l’exercice de la liberté pédagogique. Et non pas au retour du manuel officiel, unique !

Valérie Sipahimalani, Sandrine Charrier

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