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Un film de Stéphane Brizé (France)

"Mademoiselle Chambon" Sortie en salles le 14 octobre

"Mademoiselle Chambon" commence par une scène savoureuse : à la fin du pique-nique dominical, le jeune Jérémy passe à ses devoirs scolaires du lundi. Voilà le garçon, son père et sa mère confrontés à la complexité du complément d’objet direct. La lecture de l’explication fournie par le manuel étant d’une clarté douteuse, les parents font appel à leur bons sens pour trouver une issue honorable à l’impasse où ils étaient engagés… C’est déjà un peu long mais c’est drôle.
Jean est un homme silencieux. Il est maçon et construit des maisons. Il forme avec Anne-Marie ouvrière en usine, un couple ordinaire qui se destine à une longévité tranquille. Mais le hasard veut qu’un jour la route de Jean croise celle de Véronique Chambon, l’institutrice de Jonathan.
C’est une grande fille toute simple, violoniste à ses heures. Elle invite Jean à venir parler de son métier devant sa classe et dans la foulée, lui demande conseil au sujet d’un défaut d’huisserie dans son appartement… Lorsqu’il se présente chez elle, il remarque une photographie de la jeune femme en violoniste et l’instrument posé sur un meuble. Les éléments du piège amoureux sont en place. Ils lui révèlent l’existence d’un monde auquel sa condition ne lui a jamais donné accès.
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Le prétexte du film inspiré d’une ouvrage d’Eric Holder est simple et pas très neuf. L’attirance réciproque entre le maçon et l’institutrice les amène à une étreinte amoureuse qu’il tenteront de ne pas renouveler. Et à partir de cette trame cousue de fil blanc, Stéphane Brizé a pris le pari de jouer la partition de l’infime, du détail, de l’éloquence et de la portée des regards. Il a trouvé avec ses comédiens, Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain et Aure Atika de talentueux complices.
Mais l’intensité du sentiment d’abandon ou de résistance, passé par le simple regard, ne suffit pas à relever le propos et le film composé de scènes isolées qui pourraient chacune porter un titre et tenir lieu de sous-films, dégage bientôt une impression de langueur, de vacuité. A l’image de la première scène champêtre trop étirée, les séquences dont est constitué le film se succèdent sans donner beaucoup de vie à cette passion dévorante et contenue.
Le récit devait beaucoup compter sur l’anniversaire du vieux père (Jean-Marc Thibault) et le moment venu des sentiments révélés pour prendre de la hauteur et se charger d’émotion mais la distribution de cadeaux et le concert de violon anachronique ne suffisent pas et le film ne fait que frôler son objectif.
La construction exigeante, presque géométrique du récit a sans doute eu raison du bouillonnement contenu des sentiments. Il reste la belle histoire éternelle des amoureux désassortis, de beaux paysages bien photographiés et le talent intact de comédiens magnifiques…
Francis Dubois

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