US Magazine 724 du 20 octobre 2012

Lycées : les maux de la réforme

La rentrée 2012 voit la mise en place de la « nouvelle » classe de
Terminale des voies générale et technologique, parachevant ainsi la
réforme du lycée imposée par L. Chatel et poursuivie sans remise
en cause fondamentale par le nouveau ministre. Ce refus de voir les dégâts
entraînés par la réforme du lycée est grave, car le bilan n’est pas glorieux.
La désorganisation est une des conséquences les plus frappantes de
la réforme. Le renvoi au local de la gestion d’une part importante
de l’horaire-élève, l’accompagnement personnalisé (AP) émietté
entre de nombreux enseignants, la dissolution du groupe-classe via
les groupes à géométrie variable (AP, langues vivantes, enseignements
d’exploration), désorganisent les établissements, mais aussi
l’offre de formation, en renforçant les inégalités et la concurrence
entre les lycées.

Caporalisation et dissolution des règles

La forte déréglementation qui en découle est renforcée d’une part
par la montée en puissance du « management local » (pressions croissantes
des chefs d’établissement devenus « leaders locaux », et jouant
le clientélisme pour gérer la pénurie, instauration de hiérarchies entre
disciplines et entre collègues quand il s’agit de négocier la part locale
des horaires), et d’autre part par les attaques tous azimuts contre les services (remise en cause de l’heure de première chaire, imposition de
majorations de services pour « effectifs faibles », cours réguliers
payés en HSE, etc.). La réforme du lycée a ainsi produit un mélange
de caporalisation et de dissolution des règles.

C’est de ce fait la souffrance ressentie par les personnels qui achève
de caractériser la réforme du lycée. Souffrance parce que les conditions
de travail se dégradent (classes surchargées, emplois du temps baroques
et épuisants, majoration des services, épreuves du bac renvoyées au local
en langues vivantes, etc.). Souffrance parce que le métier est attaqué
au coeur, pour les enseignants dont la discipline est malmenée, voire
profondément dénaturée, ou pour ceux qui passent un temps croissant
à faire autre chose qu’enseigner leur discipline ou qui n’ont plus le
temps de bien faire leur travail (horaires amputés, programmes
absurdes, redéfinition du champ disciplinaire, disparition d’options telles
que les enseignements artistiques, etc.).

Le précédent ministre a refusé de voir le bilan négatif d’une réforme
qui à ce jour ne semble aucunement améliorer la scolarité des élèves.
Vincent Peillon ne semble pas pressé de lancer la réflexion sur une autre
réforme. Pire, le ministère semble continuer à voir dans le lycée un gisement
d’économies budgétaires supplémentaires. Il y a urgence à changer
de cap !

Romain Geny et Valérie Sipahimalani

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