Actualité théâtrale

Jusqu’au 9 mars au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, partenaire Réduc’Snes

« Lucrèce Borgia » En tournée ensuite (Chelles, Amiens, Narbonne, Fos-sur-Mer, Alès, Chartres, Lyon)

Quand Victor Hugo écrit Lucrèce Borgia en 1832, il vient de subir un échec cuisant avec Le Roi s ’amuse . Il aurait mis quatorze jours pour rédiger cette pièce en prose, sans grands morceaux de bravoure, mais qui remporta tout de suite un vif succès et dont il dira : « La paternité sanctifiant la difformité physique, voilà Le Roi s’amuse , la maternité purifiant la difformité morale, voilà Lucrèce Borgia  ».

Lucrèce Borgia, belle, cruelle, incestueuse, scandaleuse, n’hésitant pas à user du poison ou à faire assassiner ceux qui ont le malheur de lui déplaire ou de s’opposer à ses vues, telle est la légende. Mais celle que Hugo nous montre veut changer, ce qui trouble son valet et âme damnée, Gubetta. On passera d’une Lucrèce attendrie qui contemple un jeune soldat endormi, Gennaro, à une Lucrèce insultée, qui va se venger tout en cherchant à protéger ce jeune homme et surtout à préserver le secret qui le lie à elle. Pour cela elle utilisera toutes les armes, le poison, la menace, mais aussi la persuasion et la séduction, sans réussir à changer le cours de l’histoire.

Dans la mise en scène que nous propose Jean-Louis Benoit, c’est le rouge et le noir qui sont à l’honneur : noir des rideaux, noir brillant des murs du Palais Negroni qui deviennent sépulcre, noir des uniformes masculins et du manteau de Lucrèce, rouge du masque de carnaval et de la robe de Lucrèce, rouge du canapé qui invite à la séduction et à la volupté. La pièce débute à Venise, pendant le Carnaval, on est sur une terrasse autour de laquelle brillent les étoiles. En dépit d’une musique lointaine, l’ambiance n’est pas joyeuse. Un groupe de jeunes hommes, comme fixé dans une toile de Rembrandt, s’anime pour évoquer les assassinats ordonnés par les Borgia et qui ont frappé leurs familles respectives. C’est sur une autre fête, un festin, que se clôturera le drame. Lustres de cristal, table dressée, vin de Syracuse, valses et musique de french-cancan alternent permettant aux jeunes gens de se déchaîner, tout invite au plaisir. Seul Gennaro, taciturne, ne boit pas et semble perdu dans ses pensées. Peu à peu les lumières baissent, l’ombre s’installe, les femmes ont disparu, le piège se referme sur les jeunes gens tandis que le chant des moines et le requiem remplacent le bal et les chansons et annoncent l’arrivée d’une Lucrèce, toute de noir vêtue, image de la vengeance et de la mort. C’est très beau.

La distribution est homogène. Il faut particulièrement saluer Thierry Bosc qui apporte au personnage de Gubetta de la complexité : mangeant tranquillement ses pâtes en compagnie des jeunes gens au début, un peu inquiet et presque jaloux de ce que Lucrèce ait pour lui des secrets, cynique et détaché à la fin. Fabien Orcier incarne un Don Alphonse d’Este, encore amoureux de Lucrèce, mais implacable et déterminé. Martin Loizillon est un Gennaro taciturne, solitaire, en proie à ses inquiétudes. Nathalie Richard est une superbe Lucrèce, seule femme sur la scène, la Princesse Negroni (Ninon Brétécher très drôle) et ses invitées ne faisant que passer. Elle passe de la colère, de la volonté de vengeance à la tendresse, elle tente de sauver Gennaro en usant de toutes ses armes, la raison, la supplication, la menace ou la séduction. Elle cherche à préserver son secret à tout prix et devient une femme qui souffre et qui aime.

Micheline Rousselet

Mercredi, jeudi et vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 16h

Théâtre de la Commune

2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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