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Suite à la "Lettre académique" des IPR de Paris en décembre 2008

Louis XVI défraie la chronique dans l’académie de Paris… La réaction du groupe Histoire-Géographie du SNES

La « Lettre académique d’Histoire et de Géographie » n°7 envoyée par les Inspecteurs pédagogiques régionaux (IPR) de Paris (1) est lapidaire - 1 page - mais elle n’en suscite pas moins des interrogations légitimes voire de fortes réactions comme en témoigne une "lettre ouverte" rédigée par un groupe d’universitaires et de chercheurs sur la Révolution française(2).

Quel est l’objet ?

En fait, après quelques mots circonstanciés des IPR à la veille de Noël, l’objet de cette "lettre" est clairement affiché : "recherche de classes pour une projection". Il s’agit d’une "invitation" de France 2 qui cherche 4 à 5 classes pour assister à la projection d’un "docu-fiction" avec échanges et goûter à la clé. Rien de bien méchant ? Quoiqu’on puisse s’étonner que les IPR se fassent les relais d’une opération de remplissage de salle à des fins promotionnelles. C’est surement cela la "démarche partenariale" qui est à la mode...

Où est le problème ?

Le "docu-fiction" fait partie de la collection "Ce jour tout a changé" comme celui diffusé le 13 janvier dernier sur "l’assassinat d’Henri IV". Autant dire, qu’il s’agit de faire de l’audience : "24 heures qui ont fait notre Histoire, heure par heure, comme si vous y étiez"... Le nouveau "docu-fiction" porte sur "L’évasion de Louis XVI". Outre le choix de cet événement, c’est surtout le synopsis qui pose problème. Le voici tel qu’écrit (enfin copié/collé) par les IPR de Paris :

- PARIS - 21 JUIN 1791 - 00H30 - LOUIS XVI S’ENFUIT POUR ECHAPPER À LA REVOLUTION. Pour sauver ses enfants de la terreur, et sa femme Marie-Antoinette de la vindicte populaire, le roi Louis XVI, déguisé en bon bourgeois, s’enfuit incognito du palais des Tuileries où il est prisonnier. Mais rien ne va se passer comme prévu. L’échec de sa fuite se soldera un an plus tard par la décapitation du roi et de la reine de France.

Que reprocher ?

Le résumé est approximatif, confus voire tendancieux : la "terreur" (certes sans majuscule) en 1791 ; la décapitation du roi "un an plus tard" (en fait, en janvier 1793)... On s’attendrait à un argumentaire un peu plus solide - au moins exact - à destination d’un "public" enseignant et scolaire. Pourtant France 2 avait un "conseiller historique" (Jean-Christian Petitfils) qui n’a peut-être pas relu le synopsis... Mais les IPR ont du le relire, non ? Ou bien tout ceci n’est que l’œuvre de conseillers en communication à France 2 et au rectorat de Paris ?

Sans entrer dans le débat historiographique (entre Michel Vovelle et François Furet) ou partisan (Jean-Christian Petitfils cristallise une bonne partie des réactions universitaires), on peut regretter que des IPR d’histoire-géographie se contentent de relayer des informations à la profession sans prendre un peu de temps pour les lire et/ou faire preuve du plus élémentaire recul critique voire d’une certaine conscience politique. En effet, le "bon bourgeois" face à la "vindicte populaire", ça devrait faire bondir n’importe quel républicain, même ignorant des débats entre historiens… A fortiori des IPR… d’histoire-géographie !

En outre, est-ce bien notre rôle de jouer avec les approximations et les bons sentiments ("pour sauver ses enfants...") pour enseigner l’histoire à nos élèves ?


Groupe national Histoire-Géographie du SNES-FSU - Janvier 2009

Notes
- (1) Lettre académique sur http://clioweb.free.fr/debats/1791evasion.pdf

- (2) A propos de la lettre aux IPR d’histoire-géo de Paris. Serge Sebban précise qu’il n’est pas l’un des signataires, contrairement à ce qui avait été indiqué.

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