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Un film de Caroline Strubbe (Hongro-néerlando-belge)

"Lost persons Area" Sortie en salles le 25 août

Lost persons Area est un endroit, dans un aéroport ou dans un lieu public, où les personnes perdues peuvent attendre. Les personnages qu’a imaginés Caroline Strubbe sont, non pas perdus, mais dans une situation temporaire. Leur cadre de vie est un chantier de construction de pylônes électriques où se dressent, entre les carcasses métalliques, les mobile-home qui servent d’habitations aux membres de l’équipe. Tous ici sont des célibataires sauf Marcus, l’ingénieur. Celui-ci partage sa caravane avec sa femme Bettina et leur fille Tessa, une gamine de huit ans, rêveuse, inventive et un peu fugueuse.

Le premier personnage du film n’est ni Marcus homme libre à la forte carcasse, ni Bettina, enjouée et amoureuse, ni la gamine au comportement parfois intrigant, ni Szabolcs l’ingénieur hongrois et charismatique, mais le chantier. Cet espace à la fois ouvert et clos, boueux, hérissé de toutes ces carcasses en construction. Un lieu rude qui se prête à l’intime provisoire et, à la moindre occasion, à une chaleureuse convivialité.
A travers la peinture d’un quotidien difficile mais joyeux, se tissent des liens, des ébauches d’amitié et l’inquiétude naît à tout instant de la précarité même de ce lieu de vie, quand la petite fille s’égare dans les environs boueux, quand l’amour de Marcus et de Tessa à la fois triomphant et fragile explose, quand les hommes accrochés à la ferraille défient la terrible bourrasque…
Le film de Caroline Strubbe est un regard tendre et vigilant sur les moments essentiels et les moments seconds de cette existence qui, parce qu’elle n’est que temporaire, s’efforce de donner le change, de jouer entre les uns et les autres avec les complicité, les approches chaleureuses.
Il faut qu’un accident survienne, une chute, pour que tout ce qu’il y avait de précaire dans cette existence, prenne le dessus. On devra amputer Marcus d’une jambe et c’est une silhouette dorénavant chancelante, incertaine, qui hantera un décor devenu hostile, plus boueux.
C’est au jeune ingénieur hongrois secrètement amoureux de Bettina et qui se prend d’affection pour Tessa que revient la totale responsabilité de la fin du chantier. Mais le charme est rompu et qu’en sera-t-il des noces annoncées de Marcus et Bettina ?
Caroline Strubbe joue avec la complexité des personnages et elle pousse souvent les limites de son récit jusqu’à l’esthétisme narratif, jusqu’à l’excès, tirant le meilleur parti d’un décor impressionnant et infiniment photogénique. Jouant à la fois sur ce qu’il comporte d’intime et d’impersonnel. Le visage très étrange de la petite fille et son comportement imprévisible et fantasque, même s’il est parfois trop poussé, en fait, de tous les personnages celui qui colle le plus au décor et l’habite dans sa profonde intimité.
La fin du film, hasardeuse, apporte-t-elle un atout de plus à ce récit bourré de charme ou bien conforte-t-elle les débordements excessifs qui ne nous ferons pour autant pas oublier des moments magnifiques, de vrais moments de grâce cinématographique..
Francis Dubois

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