La réforme Robien de 2006

Les mandats de congrès du SNES

Education prioritaire - Clermont 2007

MANDATS DU SNES – EDUCATION PRIORITAIRE

Clermont 2007

III. Éducation prioritaire : les mesures nécessaires pour lutter résolument contre les inégalités

III.1.
- Le Snes condamne, dans sa philosophie, ses objectifs et ses modalités, la réforme de l’éducation prioritaire lancée après les événements de l’automne 2005, et en demande l’abandon. Le SNES propose que soient organisés des Etats Généraux des établissements difficiles qui permettent d’analyser les expériences menées depuis 20 ans et les difficultés auxquelles ils sont confrontés afin de définir une politique propre à assurer leur réussite. Les 17 propositions élaborées par le SNES en décembre 2005 pour une vraie relance des ZEP constituent un cadre qu’il faut approfondir.

III.1.1.
- Dans un contexte où le concept d’égalité des chances irrigue tous les discours du gouvernement, cette réforme rend explicite tout ce que la loi Fillon n’osait avouer : un véritable renoncement à l’ambition pour tous. A une politique qui s’attachait à développer les territoires, définis sur des critères socio-économiques, le ministère substitue une politique qui vise des individus sur la base d’un prétendu mérite. Ceux qui ne réussissent pas sont, dans un tel cadre conceptuel, rendus responsables de leur échec. Marquée par le déni de la réalité sociale à l’œuvre dans l’échec scolaire, cette réforme ne cherche pas à assurer la réussite de tous les élèves, mais à viser seulement une « mixité des élites » en distinguant et promouvant une minorité d’individus jugés méritants tout en sacrifiant la majorité des élèves, déjà défavorisés, voués au seul socle commun, au PPRE, voire à l’éviction dès 14 ans et confinés dans des quartiers de plus en plus ghettoïsés. Elle dénature ainsi le principe fondateur de la compensation des inégalités sociales et territoriales.

III.1.2.
- De plus, la distinction entre « territoires prioritaires » et établissements à « publics prioritaires », ces derniers devant revenir dans le droit commun, conduit à restreindre le champ de l’éducation prioritaire aux seuls EP1 et en exclure progressivement tous les autres (près de 800 collèges et lycées). Les récentes déclarations concernant 40 lycées dits ambition réussite, sélectionnés en toute opacité, ne répondent pas aux besoins réels et font davantage figure d’effet d’affichage. Le SNES ne peut accepter une telle politique, qui vise à restreindre les moyens déjà insuffisants accordés à des centaines d’établissements qui accueillent les enfants les plus en difficulté.

III.1.3
- Financés par redéploiement au détriment de tous les collèges, les moyens attribués aux réseaux EP1 faussement dénommés « ambition réussite » ne répondent pas à leurs besoins. Le plus souvent, les comités exécutifs, où les personnels ne sont pas représentés, ont élaboré des projets de réseau et les profils des enseignants référents dans la plus grande opacité. Le service de ces enseignants comporte rarement la prise en charge de classes et se limite le plus souvent à un enseignement devant des groupes restreints, dans le cadre de PPRE, et de tâches de coordination. De ce fait, ils ne permettent pas d’améliorer les conditions d’enseignement de l’ensemble des équipes ni de libérer du temps de concertation. La mise en place des EP1 s’est au contraire traduite le plus souvent par un surcroît de travail et de temps passé en réunions souvent ressenties comme inutiles par l’ensemble des professeurs. Les équipes éprouvent souvent un sentiment de gâchis. Les référents constituent bien plutôt une hiérarchie intermédiaire, avec lettres de mission et recrutés localement, chargée de cadrer la mise en place de mesures dérogatoires imposées par les comités exécutifs. Pour toutes ces raisons, le SNES demande l’abandon du dispositif « ambition réussite » et de la généralisation de son fonctionnement.

III.1.4
- Sous couvert d’expérimentation et de contractualisation, l’éducation prioritaire est transformée en territoires de toutes les déréglementations, affranchis de toutes les rigidités supposées. Avec les enseignants référents, aux missions et aux carrières individualisées, le ministère cherche à remettre en cause les statuts des personnels. Le socle commun y devient « l’objectif cible » pour la grande majorité des élèves qui ne bénéficiera plus de l’ensemble des enseignements. Les groupes de compétences et la possibilité de déroger à la carte scolaire pour l’entrée au lycée marquent le renoncement à l’ambition pour tous.

III.2.
- Pour le SNES, il faut une véritable relance de l’éducation prioritaire qui permette d’assurer, au collège comme au lycée, une réelle ambition pour tous les élèves en améliorant leurs conditions d’études et les conditions de travail des personnels. Le SNES porte l’idée que l’excellence peut irriguer tous les territoires de la république, et que la réussite scolaire ne passe pas par la fuite de son quartier !

III.2.1.
- Dans un contexte où se renforcent les inégalités territoriales et sociales, tous les établissements en difficulté doivent recevoir, dans le cadre d’un classement unique refondé sur la base de critères sociaux et scolaires nationaux objectifs et transparents, les moyens correspondant à leurs besoins, qu’il s’agisse de collèges ou de lycées, qu’ils soient ruraux ou urbains, situés sur le territoire métropolitain ou outre-mer. S’il convient de les renforcer là où se concentrent toutes les difficultés, notamment dans certaines académies notoirement sous-dotées, il est inacceptable d’abandonner les autres établissements.

III.2.2.
- Les moyens alloués actuellement aux ZEP ne permettent qu’une augmentation marginale du taux d’encadrement et sont très insuffisants pour faire reculer sensiblement l’inégalité scolaire. Il est impératif que les moyens de l’éducation prioritaire soient augmentés et que le budget de l’EN soit abondé en ce sens pour éviter tout redéploiement. L’amélioration des conditions d’enseignement doit prendre appui sur l’expertise collective des enseignants et rompre avec la logique "des bonnes pratiques". A l’inverse de la logique des enseignants référents, et de la mise en opposition des personnels, il est essentiel de favoriser l’innovation pédagogique et la mise en œuvre de pratiques pédagogiques diversifiées pour permettre à tous les élèves d’entrer dans les apprentissages et dans la culture écrite. Centrer les projets pédagogiques sur les apprentissages en maintenant un haut niveau d’exigence dans le cadre des programmes nationaux suppose des moyens permettant, dans des établissements à taille humaine :
• de réduire significativement les effectifs par classe (au plus 20 en collège, 30 en lycée) : les études de T.Piketty et M. Valdenaire ont démontré qu’une forte réduction des effectifs diminuerait de 40% l’écart des résultats avec les élèves hors ZEP ;
• de développer les dédoublements et le travail en petits groupes et de renforcer les dispositifs de soutien ;
• de mettre du temps à la disposition des équipes pour la coordination pédagogique et les rencontres avec les parents ;
• de favoriser l’accès à la culture, grâce notamment à des CDI dignes de ce nom encadrés par des enseignants documentalistes recrutés en nombre suffisant ;
• de favoriser la stabilité des personnels.
Les personnels doivent rester maîtres d’œuvre de l’organisation pédagogique des établissements dans le respect du cadre national.

III.2.3.
- La réussite des élèves suppose aussi une carte des options et des formations sans discontinuité territoriale qui permette une plus grande mixité sociale. L’enjeu est de créer les conditions du développement d’une véritable ambition et de la certitude que la réussite est possible partout. A ce titre, pour permettre aux jeunes de s’appuyer sur de multiples possibilités de réussite, les collèges qui concentrent les difficultés doivent pouvoir offrir une palette d’options au moins aussi riche qu’ailleurs ; les lycées des quartiers populaires doivent avoir une large gamme de sections et d’options, même si elles sont peu fréquentées. Ces quartiers sont en effet souvent enclavés et les élèves qui les fréquentent sont souvent très réticents à s’éloigner de leur lieu d’habitation pour suivre la filière de leur choix.

Augmenter l’accès et la réussite dans les formations supérieures des jeunes de toutes origines sociales est une priorité. Le renforcement des formations supérieures de proximité implantées dans les lycées (BTS, CPGE, comptables) doit y contribuer au sein d’une carte équilibrée et cohérente.

Des partenariats associant des lycées, des universités, des grandes écoles, mettant en contact lycéens et étudiants et enseignants et universitaires, ne doivent pas viser seulement un nombre très restreint de bons élèves, jugés "méritants", en se dédouanant de l’échec du plus grand nombre, mais déboucher sur des actions durables au-delà des effets d’annonce.

III.2.4.
- Pour rendre les postes plus attractifs et favoriser la stabilité, les enseignants doivent d’abord bénéficier de décharges de service afin de pouvoir travailler en équipe (concertation, coordination) et en complémentarité avec les autres personnels (CPE, CO-Psy, AS, etc.) qui doivent être présents en nombre suffisant et assurer un meilleur suivi des élèves et un dialogue plus étroit avec leurs parents. Les conseillers d’orientation psychologues ont, par exemple, un rôle important à jouer pour la compréhension des situations et des processus en jeu et la mise en place d’actions favorisant la réussite des élèves et l’élévation de leurs niveaux d’aspiration.

Une véritable politique de formation continue doit permettre un accès facilité et généralisé à une formation qui prenne en compte les besoins spécifiques des personnels travaillant en ZEP.

Il convient par ailleurs de reconnaître la pénibilité des conditions d’exercice en accordant une bonification de mutation, mais qui ne déséquilibre pas le barème du mouvement, d’accorder aux personnels un avantage financier sous forme de NBI et un avantage spécifique d’ancienneté.

III.3.
- La politique d’éducation prioritaire ne saurait à elle seule permettre une réelle mixité sociale dans les territoires les plus en difficulté. Elle doit s’accompagner de politiques de la ville et de l’aménagement du territoire ambitieuses qui visent à ne pas concentrer les logements sociaux et à répartir de manière équilibrée les équipements publics (transports, centres sociaux…). Une autre politique sociale et économique est nécessaire pour lutter contre la pauvreté grandissante des quartiers défavorisés. Une lutte résolue doit être engagée contre toutes les discriminations.

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