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au Théâtre National de la Colline

Les histrions (détail) texte de Marion Aubert

Le rêve de Marion Aubert, une jeune auteure de 29 ans est d’écrire « une immense saga qui partirait de notre époque pour s’échouer vers 2076 » car elle aimerait voir ses personnages « mûrir, embellir au fil des années, puis se délabrer jusqu’à mourir et rejoindre la lune comme prévu ». Les histrions sont le premier épisode de cette genèse où nous assistons à la naissance des étoiles, du soleil et de la terre. Il s’agit d’un texte surprenant qui met l’humain et la générosité au centre du spectacle, un théâtre contemporain, festif et exigeant, poétique et politique, qui magnifie la performance des acteurs. Ils sont seize, un peu fous, entourés d’un quatuor de musiciens déjantés. Comme le dit Richard Mitou, « ce sont nos histrions contemporains, nos bouffons, nos artistes, nos menteurs ... parce qu’il nous faut bien réinventer le monde pour arriver à y survivre ». Les histrions se présentent à nous en une parade baroque, grave et bouffonne à la fois. Ils ont à réinventer le monde dans un joyeux désordre et nous demandent d’abandonner l’idée de rester raisonnables. La fête théâtrale nous invite du côté de l’imaginaire dans un récit épique, fantastique, guerrier et amoureux où l’on croise le banc et l’arrière banc débaptisés puis renommés, de tout ce qui a composé et compose l’humanité. Tout commence par une image magique. De la vaste jupe de la femme des origines qui contient le monde et le temps naissent la Lune, les étoiles et pour finir la Terre, une jeune fille boulotte et maussade. On revisite une kyrielle de mythes et l’on rencontre l’homme-sécateur, la vieille du premier rang, le jardinier céleste, Bételgeuse, Orion, Syrus, la femme des origines, la femme toute en jambes, l’homme né d’une boule de Noël, le chasseur de Blanche-Neige, le Petit Ministre de l’Intérieur des Jupes à Lunettes, etc. L’écriture éclate de partout, c’est foisonnant et l’on est pris dans le tourbillon. La mise en scène fait appel à tous les codes du spectacle, entre cirque et bateleurs, entre Shakespeare et Molière, entre music-hall et Brecht. Les acteurs sont tous très bons et il y a des moments d’anthologie, comme le monologue de la vieille dame du premier rang qui se plaint du théâtre moderne. Seul bémol, s’il y a dans les personnages un « homme de trop », il y a aussi une demi-heure de trop. On finit par être submergés et l’on s’essouffle un peu à suivre l’auteure. C’est dommage, car on a là une vraie nouveauté dans l’écriture théâtrale et il faut aller voir cette pièce pour cela. Personne ne pourra plus dire que le théâtre est mort si Marion Aubert continue sa saga.
Micheline Rousselet

Les histrions (détail)
Texte Marion Aubert
Mise en scène Richard Mitou
Par la Compagnie Tire pas la Nappe
Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative), renseignements : 01 44 62 52 52

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