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Un film de Lionel Baier (Suisse-France-Portugal)

"Les grandes ondes (à l’ouest)" Sortie en salles le 12 février 2014.

Avril 1974. Deux journalistes de la radio suisse sont envoyés au Portugal pour réaliser un reportage sur l’aide suisse dans ce pays : Julie, une féministe débordante d’énergie et Cauvin, un reporter de guerre bougon.

Bob, un technicien proche de la retraite les accompagne dans son vieux combi Wolswagen.

Une fois sur place rien ne se passe comme prévu et l’équipe se voit contrainte de faire demi-tour sans avoir abouti.

Mais, alors qu’ils s’apprêtent à quitter le Portugal, le combi et ses passagers se retrouvent en pleine révolution des œillets. Les trois pieds nickelés auxquels s’est ajouté entre-temps le traducteur Pelé, un étudiant portugais, sont appelés à prendre part à la folle nuit du 24 avril 1974.

En 2006, Lionel Baier avait réalisé un film intitulé " Comme des voleurs (à l’Est)" qui était le premier volet d’une série. Il compte, après "Les grandes ondes (à l’ouest)" boucler la boucle des quatre point cardinaux européens, réaliser un film qui se passerait au nord (en Écosse) et un autre au sud (en Italie).

Faisant référence aux retombées de la mondialisation, à la crise économique devenue une crise politique pour venir renforcer un discours réactionnaire et nationaliste de plus en plus inquiétant, dans lequel se dessine la remise en cause des acquis issus des années 68, Lionel Baier déclare : " Quand la situation devient vraiment critique, il est temps de faire une comédie".

Parole tenue, et si la réalité de 1974 n’a pas grand-chose à voir avec celle d’aujourd’hui, elle constitue un socle narratif pour une comédie légère en apparence et grinçante à y regarder de plus près.

Avec un recul de presque quarante années, le sentiment de liberté et d’espoir qui régnait dans les années 60 – 70, est d’autant plus palpable.

Les personnages font preuve d’une forme d’insolence passée aujourd’hui à la trappe, se livrent allègrement à la désobéissance civile et se moquent de la hiérarchie.

"Les grandes ondes (à l’ouest)" est une comédie politique irrévérencieuse mais c’est surtout une très bonne surprise.

Voilà un film qui sait être drôle sans jamais aller ni vers la caricature, ni dans la facilité, avec des dialogues particulièrement réussis.

La comédie toujours amusante, quelquefois désopilante, repose sur des situations qui ne forcent jamais les "effets", des personnages bien dessinés et délicatement contrastés allant du reporter baroudeur bougon à la jeune femme espiègle-culottée en passant par le vieux technicien roublard et tendre et un jeune traducteur lunaire.

"Les grandes ondes (à l’ouest)" réunit tous les ingrédients qui font (devraient faire) un succès dans les salles : le rire est garanti, les personnages déclenchent l’empathie, le rythme est vif. Mais le film de Lionel Baier rencontrera un lourd handicap : ses qualités, son appartenance à un genre de cinéma intelligent, la subtilité de son arrière-plan…

Valérie Donzelli est parfaite, Michel Vuillermoz irrésistible, Patrick Lapp savoureux, Francisco Belard et Jean-Stéphane Bron, parfaits, irrésistibles et savoureux.

Comment justifier alors que ce film à tous points de vue réussi, ne bénéficiera d’évidence que d’une sortie discrète dans seulement quelques salles, sans grand support publicitaire…

Et après ça, on reprochera à un "cinéma du milieu" de ne pas être rentable.

Francis Dubois

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